Paul Biya tient bel et bien le pouvoir

On connaissait l’hostilité de la presse hexagonale pour le pouvoir de Yaoundé. On ne s’en émeut guère, en règle générale, même lorsque cette hostilité se manifeste par une lecture très partielle, voire partiale de l’actualité de notre pays, ou par des jugements à l’emporte-pièce sur nos dirigeants et leur capacité à manager les défis, les espoirs, les crises, les fractures. Après tout, le Cameroun n’est pas une île. On peut considérer que la presse étrangère a le droit de porter un regard singulier sur les évolutions du pays, un regard nourri de ses propres préjugés et poncifs, tributaire d’une grille de lecture occidentale, qui préférera toujours décrire une Afrique fantasmée plutôt que l’Afrique vécue.

L’Afrique réelle, celle que nous vivons, celle que nous sommes. Ainsi, lorsque l’hebdomadaire Jeune Afrique paraissant à Paris, publie cette semaine son dossier intitulé « Madame la présidente», on ne peut que sortir de sa réserve. Car sous le prétexte d’une enquête banale sur l’affirmation progressive d’une première dame qui évolue « à l’ombre de son mari », nos confrères se targuent en réalité de démontrer une certaine impuissance du président élu devant la captation du pouvoir par son épouse. Une espèce d’usurpation de mandat par le conjoint, qui est telle qu’il existe désormais un « système Chantal Biya ». Ce qui n’est que pure chimère au regard de la réalité. Paul Biya tient fermement les rênes du pouvoir, n’en déplaise aux détracteurs du Cameroun. Il nomme, il révoque parce que c’est sa décision, et non parce qu’il est sous influence.

Le dossier de Jeune Afrique veut pour preuve de cette influence, que des personnalités qui auraient dû sortir du gouvernement ont été maintenues. C’est ignorer la sociologie du pouvoir à la Camerounaise : Paul Biya, le maître des horloges, a une gestion très particulière du temps. Celui de la rétribution, comme celui de la correction. Avec lui, les ministres le savent, tout décodage au premier degré est risqué. Le maintien n’est pas toujours un signal positif, ni le limogeage un désaveu définitif.

Les exemples abondent en 36 ans de pouvoir. Personne ne s’y trompera. Après avoir conspué la candidature de Paul Biya lors de l’élection présidentielle du 7 octobre dernier, après avoir ostensiblement dénigré, mais en vain, son âge, son bilan, son aptitude à incarner le futur, nos confrères tentent désormais de démontrer aux Camerounais qu’ils ont été trahis, parce que le détenteur du pouvoir n’est pas celui qu’ils ont élu. Cette manœuvre insidieuse pourrait également viser à faire douter l’armée camerounaise réputée républicaine et loyale, pour l’amener à faire irruption sur la scène politique afin de sauver un pouvoir « en perdition ».

En réalité, le but n’est pas ici de démentir le ramassis d’affirmations que l’hebdomadaire présente comme des « faits », mais outrageusement grossis et déformés. Il faudrait alors une véritable contre-enquête, que nous n’avons pas le loisir de mener en un laps de temps si court. Le propos est de s’interroger sur les conclusions hâtives qu’ils en tirent. Si Chantal Biya a pu, comme d’autres personnalités politiques, religieuses ou traditionnelles sollicitées par son époux, proposer l’un de ses proches à tel poste de responsabilité, ou obtenir le départ d’un autre, ce n’est pas la preuve absolue qu’elle détienne les rênes du pouvoir.

D’ailleurs la presse hexagonale ne fait pas mystère, de temps en temps, de la nomination à de hautes fonctions en France, de personnes parrainées par les premières dames successives, sans jamais en déduire que le pouvoir soit, de ce fait même, dévolu à la première dame. Pourquoi le Cameroun ferait-il exception? Aux yeux de tout lecteur averti, le caractère malveillant de ce dossier transparaît donc clairement. Tout y est caricaturé à souhait, les rédacteurs ne craignant pas d’abuser de l’hyperbole.

Par exemple, il est archi-faux d’affirmer que les réunions du Cercle des Amis du Cameroun (Cerac) se déroulent au milieu des grandes dames «sirotant du champagne ». De même, contrairement à ce que Jeune Afrique déclare, les épouses des dignitaires condamnés dans le cadre de la lutte contre la corruption ne sont pas chassées comme des malpropres, dans cette association où l’on est membre à vie.

D’ailleurs certaines continuent d’y participer. Comment peut-on affirmer sérieusement que l’association caritative de la première dame est un lieu d’exercice du pouvoir ? Comme ses homologues dans le monde, Chantal Biya est dans son rôle, en enfourchant le cheval de bataille de l’humanitaire, où son action complète celle du gouvernement, sans se substituer à elle.

Partout en Afrique et dans le monde, les premières dames s’y consacrent sans être soupçonnées de vouloir faire main basse sur le pouvoir. Et si les dames ne peuvent pas se rendre à la présidence de la République en pantalon, cela est certes vrai, mais pas pour les raisons avancées ici, c’est-à-dire une exigence de la première dame. Hélas, ce n’est que l’application des règles du protocole d’Etat depuis des décennies, perpétuées sans discernement par les fonctionnaires ! On le voit, le but véritable de cette « enquête » est de montrer, même à l’aide de contre-vérités, que le Cameroun est une République bananière évoluant sous les caprices d’une première dame à qui son époux ne peut rien refuser. Et non pas un Etat de droit dont le chef garantit les libertés publiques et les droits individuels. C’est loufoque.

S’il en était ainsi, les investisseurs ne se bousculeraient pas à nos portes. Il y a une donne que les médias hexagonaux et les officines qui essaient de déstabiliser le Cameroun ne semblent pas se résoudre à prendre en compte. Le Cameroun est un pays souverain, jaloux de son autonomie de pensée et d’action, et son président, un homme politique avisé, ombrageux, peu disert et froid, lucide sur ses objectifs politiques autant que sur les obstacles du parcours, clairvoyant sur ses alliés et sur ses opposants.

L’âge n’y a rien changé. A aucun moment de son long magistère il n’a fait montre de faiblesse. D’ailleurs, aurait-il duré autant s’il n’était pas coriace ? Qu’on ne prenne donc pas le Cameroun pour ce qu’il n’est pas: par exemple comme ce pays d’Afrique australe poussé à la dérive, quand la première dame se découvrit soudain une envie de pouvoir. Avec les conséquences qu’on sait. Le Cameroun est loin d’un tel cas de figure. Le président Biya tient fermement les rênes du pouvoir et n’a pas besoin de le clamer sur les toits. Wole Soyinka, le Nobel de littérature écrivait : « Le tigre ne proclame pas sa tigritude. Il saute sur sa proie. Et la mange ».


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