Arts et culture : de nouvelles perspectives pour le secteur du livre

« Nos éditeurs devraient être en première ligne »

En marge du Salon du livre de Genève où il a conduit une délégation de professionnels de ce secteur, le ministre des Arts et de la Culture (Minac), Bidoung Mkpatt a tenu une séance de travail avec le directeur général de l’Organisation mondiale de la Propriété intellectuelle (Ompi), Francis Gury. Au menu de leurs échanges, des projets communs entre cette organisation du système des Nations unies et le ministère des Arts et de la Culture. De retour de Genève, le ministre Bidoung Mkpatt fait connaître, entre autres, les retombées des engagements entre les parties.

Monsieur le ministre, le Cameroun vient de prendre part au Salon du Livre du Genève. Pourquoi cette participation ?

Après le salon du livre de Paris, celui de Genève est un autre rendez-vous international important dans son format presque exhaustif des activités du secteur du livre programmées et des catégories des participants. En effet, ledit salon a rassemblé les auteurs, les éditeurs, les diffuseurs, les hommes de cultures, les personnalités et professionnels du livre venus de divers pays du monde. Par ailleurs, une place spéciale a été réservée à notre continent par la programmation du Salon africain, qui, cette année encore, a mis en exergue, la richesse de la littérature du continent. D’ailleurs, de nouveaux talents ont été primés à l’occasion du prestigieux prix Ahmadou Kourouma qui a vu le sacre du Sénégalais David Diop, pour son roman Frère d’âme, publié au Seuil. La délégation du Cameroun, conduite par le ministre des Arts et de la Culture, a donc pris part à ce salon du livre de Genève pour découvrir  les innovations apportées dans les diverses activités programmées, observer les modalités d’implication et le niveau de participation des experts,  des professionnels du livre, des catégories des publics-cibles à l’événement, mais aussi suivre, puis participer aux rencontres et échanges avec diverses personnalités et professionnels du livre, nouer des partenariats utiles et confirmer les contacts d’expertise nécessaires immanents à l’univers du livre, en vue de réajuster l’organisation du Salon international du livre de Yaoundé, qui aura lieu en mai 2020.

Des innovations sont donc attendues au Salon International du Livre de Yaoundé, le Silya?

En réalité, l’organisation du Silya ne saurait plus se circonscrire aux activités ordinaires auxquelles nous avons l’habitude. Cette organisation s’arrimera aux standards internationaux en s’enrichissant des opportunités sélectionnées dans les salons auxquels nous prenons part. C’est un ensemble d’atouts que nous collectons et qui vont être capitalisés le moment venu.

Quelles innovations avez-vous observées ou retenues au Salon du Livre de Genève qui pourraient inspirer l’organisation de celui International de Yaoundé ?

Avant de répondre à votre question permettezmoi d’abord d’exprimer au nom des membres de la délégation que j’ai conduite et en mon nom personnel notre gratitude au Monsieur Thierry Apothéloz, Conseiller d’État, Département de la Cohésion Sociale, pour la sollicitude marquée à l’égard de notre délégation. J’exprime également mes remerciements au Comité d’Organisation du Salon du Livre de Genève pour toutes les dispositions prises pour nous permettre de participer à toutes les activités (cérémonie solennelle d’ouverture, visites avec les officiels de pavillons et des stands, participations aux Assises de l’édition, etc.). Le Salon du livre de Genève a été un événement prestigieux dont les innovations multiples ont fait de Genève un carrefour de célébration de la richesse des traditions littéraires de divers pays du monde. Il s’est agi d’une grande fête de brassage des femmes et hommes de Culture, une occasion exceptionnelle d’échanges d’expériences, de dialogue des peuples. Un moment fort d’enrichissement des connaissances et de la célébration du vivre-ensemble. La richesse des créations littéraires, puis les innovations nombreuses et originales ont garanti le succès de ce prestigieux événement. Toutes les innovations et activités observées ne peuvent être rappelées de façon exhaustive dans le cadre cette interview. Je ne peux que très sommairement évoquer quelques-unes qui pourraient inspirer les membres du Comité d’Organisation du Silya s’ils en auront convenance. Mais il ne s’agira pas du tout d’imiter servilement en faisant du « copier-coller ».

Quelques innovations fortes donc, Monsieur le ministre?

De mémoire, je citerai l’initiative originale de la co-présidente de cette 33e édition du salon du Livre de Genève. Ce sont deux auteurs célèbres une femme, Madame Lydie Salvaire et un homme, Monsieur Eric Fottorino, qui l’ont co-présidé. Ils rencontraient à cette occasion différents écrivains tout au long du Salon. Des échanges avec le public et les auteurs étaient programmées dans divers pavillons. Par ailleurs, la Fédération Wallonie-Bruxelles, conduite par Madame Alda Greoli son ministre de la Culture, a été l’hôte d’honneur et a démontré la vitalité et la richesse de sa créativité littéraire (romans, polars, littérature de l’imaginaire, livres de jeunesse, poésie, bande dessinée très développées en Belgique et en Suisse). D’ailleurs la Belgique est connue comme pays leader au plan mondial en bande dessinée, en sciences humaines, en animations destinées aux enfants, ou en expositions ludiques, etc.

Dès lors, qui ou quels seraient les hôtes d’honneur au Salon International du Livre de Yaoundé, si cette innovation est prise en compte par le Comité d’Organisation ?

Les secteurs entiers sont encore en friche dans notre pays, les auteurs en herbe, les auteurs célèbres, les littératures d’auteurs inconnus, les littératures régionales, etc. Je garde aussi à l’esprit ces différentes scènes et espaces de partage, d’échanges et de dialogue des cultures : L’Apostrophe était un cadre de rendez-vous où des plumes vedettes dialoguaient avec d’autres formes artistiques. Le Salon Africain a été la présentation de la vitalité de la créativité littéraire africaine. La Scène du bien-vivre explorait les thèmes liés à la santé. La Scène philo proposait de nombreux débats avec des auteurs, des philosophes et chercheurs contemporains autour des sujets d’actualité. La Scène BD présentait l’intense richesse caractérisant ce genre à travers des rendez-vous variés. Le Pavillon du voyage proposait des conteurs d’aventure, d’éditeurs et d’agences de voyage spécialisées. La Scène des imaginaires présentait les multiples styles littéraires (Young Adults, Sciencefiction, heroic fantasy, horreurs, etc.). La Planque, un pavillon qui développait des transformations au gré des animations, des diffusions des films, des projections de photos, des lectures musicales, etc. Le travail en cours par le Comité d’Organisation du Silya est celui de l’analyse et de la synthèse des programmes et innovations observées. Il s’agit pour ses membres d’ajuster les opportunités relevées, de les enrichir à travers les activités émancipatrices de l’esprit qui vont concourir, avec l’aval de la Hiérarchie, à impliquer davantage toutes les expertises nécessaires et les différentes catégories de populations-cibles de notre pays à l’événement projeté en mai 2020, pour également assurer son succès.

De bonnes nouvelles sont aussi venues de l’Organisation Mondiale de la Propriété In tellectuelle (Ompi)...

Oui, dans le sillage des activités de promotion du Livre et le renforcement des capacités des professionnels en matière de propriété intellectuelle, Monsieur le directeur général de cette grande institution qu’est l’ompi a bien voulu aménager son agenda pour un échange qui a eu lieu le 02 mai 2019. Plusieurs points ont été évoqués dont entre autres, la vie du Livre au Cameroun, l’organisation d’un atelier de haut niveau sur le renforcement des capacités en matière de propriété intellectuelle lors du Salon International du Livre de Yaoundé, l’implication dynamique des professionnels camerounais dans le Cercle des éditeurs. A ce sujet, le directeur général m’a dit combien l’Ompi avait été satisfaite des conditions d’organisation de la « Conférence régionale de haut niveau sur le secteur de l’édition en Afrique et son rôle dans l’éducation et la croissance économique » que le Cameroun avait abrité, sous le Très Haut Patronage du Président de la République, Son Excellence Paul Biya les 22 et 23 novembre 2017 à Yaoundé. Nous nous sommes félicités de ce que cet événement soit des plus réussis d’après l’OMPI qui le cite comme référence et Monsieur Francis GURY a donc souhaité que je veuille bien sensibiliser les éditeurs Camerounais, afin qu’ils saisissent les opportunités issues de cette importante Conférence.

Quelles sont justement ces opportunités ?

La Conférence de Yaoundé de 2017 a abouti à l’élaboration de ce qui est appelé le Plan Stratégique de Yaoundé. En gros, il couvre quatre domaines et onze thèmes-clés pour le secteur de l’édition, ainsi que trois domaines et six thèmes-clés en ce qui concerne l’accès au matériel éducatif. Les domaines identifiés sont la politique en faveur du livre et de la culture de la lecture, la politique de l’édition dans le secteur de l’éducation, le cadre juridique, la chaîne de valeur du livre, les infrastructures et les facteurs de développement. A côté de ce plan, l’Ompi a lancé une initiative importante qui s’appelle le Cercle des Éditeurs dont les membres peuvent bénéficier d’un accompagnement personnalisé, pour le renforcement des capacités et le transfert de technologie.

Concrètement, comment cela se passe ?

Concrètement, les éditeurs qui le souhaitent signent une charte qui indique les engagements des parties prenantes. Par exemple, en ce qui concerne les pouvoirs publics, ceux-ci s’engagent à contribuer à la mise en place d’un cadre juridique équilibré et favorable aux affaires, propre à favoriser la création d’un environnement propice à la production et à la commercialisation des œuvres. Les professionnels, quant à eux s’engagent par exemple à veiller au respect des normes professionnelles les plus élevées afin d’assurer le bon fonctionnement des marchés. Une fois cette charte signée, les professionnels peuvent ensuite prétendre à ce qui est appelé le Projet Pilote de Mentorat.

Monsieur le ministre, c’est quoi le projet pilote de mentorat ?

Il s’agit d’une initiative qui donne la possibilité à nos professionnels de tirer plein profit de l’expérience d’éditeurs bien établis dans les pays plus développés à travers une bourse de formation de perfectionnement d’une semaine environ. Tous les frais sont pris en charge par l’OMPI et des structures d’accueil ont déjà été identifiées en Europe et en Amérique du Nord, pour recevoir les professionnels du Sud. On a simplement observé que les professionnels Camerounais étaient largement absents de cette initiative. Il y a juste un seul éditeur qui a postulé, alors que l’initiative est née de la Conférence de Yaoundé. Donc, en principe, nos éditeurs devraient être en première ligne. En tout état de cause, l’Ompi m’a dit être favorable à ce qu’ils postulent aussi. Evidemment, il y a un dossier à fournir et les éléments peuvent être obtenus aussi bien sur le site de l’Ompi qu’à la direction du Livre et de la Lecture du ministère des Arts et de la Culture.

Monsieur le ministre, revenons au Salon du livre de Genève. Quelles leçons ?

D’abord il faut saluer les organisateurs au rang desquels la Fondation pour l’Ecrit initiée par Pierre Marcel Favre, l’éditeur de l’ouvrage du président de la République, chef de l’État, Son Excellence Paul Biya, que tout le monde connaît bien : Pour le libéralisme communautaire. Avec d’autres partenaires, la Fondation pour l’Écrit a mis en place le salon du livre Africain qui a vu la participation de nombres d’éditeurs et de professionnels venus d’Afrique et qui donnaient de la visibilité à notre littérature. Pour notre pays, j’y ai été aux côtés de quelques grands noms comme Eugène Ebodé, Romuald Fonkoua, Raymond Mbassi, Simon Mbumbo et bien d’autres. Mes collaborateurs ont également pris part aux deuxièmes Assises de l’édition, qui se tenaient en marge de ce salon et dont les résultats vont nous permettre d’améliorer d’abord l’organisation de la filière du livre au Cameroun, ensuite, l’organisation des événements autour du livre et de la lecture.

Monsieur le ministre, comment se porte le livre au Cameroun, aujourd’hui ?

Aujourd’hui, le champ professionnel est assez bien portant en ce qui concerne la formation des principaux acteurs. Les éditeurs travaillent dans des conditions difficiles, c’est vrai, mais qui s’améliorent au fil des années. Deux pans importants qui peuvent relever leurs revenus de manière substantielle sont le développement d’un réseau de lecture publique et celui d’un réseau de diffusion. Ce sont des questions qui seront abordées et tranchées, il me semble, par l’équipe technique nationale chargée de l’élaboration de la politique nationale du livre et du manuel scolaire au Cameroun, que le Premier ministre, chef du Gouvernement a mis en place et qui a tenu sa première session hier (9 mai 2019, Ndlr).

Et la question de la fiscalité, du coût des intrants ?

Toutes ces questions seront abordées dans ce cadre-là. Le Gouvernement dans son ensemble est mobilisé sous la coordination du chef du gouvernement et l’impulsion toujours plus forte du président de la République, pour apporter des solutions aux aspirations légitimes des citoyens. L’une d’entre elles est l’éducation et le livre contribuant de manière forte à la construction d’une éducation de qualité, le gouvernement ne peut faire aucune économie pour adresser au mieux cette problématique.

Quelle est la politique préconisée par le Minac pour le développement et la pérennisation de la production littéraire nationale?

Dans le cadre de l’accomplissement des missions qui lui sont assignées, en l’occurrence la détection des talents et la stimulation de la créativité, le ministère organise depuis 2016 une compétition des Lettres intitulée Concours National Littéraire Jeunes Auteurs. Cette année ce concours est lancé depuis le 25 mars 2019 et court jusqu’au 31 mai 2019, sous le thème « Diversité culturelle et patriotisme au Cameroun », dans les genres poésie et nouvelles. Il concerne les jeunes âgés de 17 à 35 ans, qui écrivent aussi bien en français, qu’en anglais. Il faut préparer les jeunes à assurer la continuité de la qualité et de l’excellence de la littérature camerounaise, qu’elle soit d’expression française ou d’expression anglaise, qui brille partout à travers le monde.

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