Habi Touré : de l’écran à la production

L’actrice d’origine centrafricaine s’est confiée sur sa présence aux derniers Ecrans Noirs, dans la peau d’une présidente de jury.

Avec le sentiment du devoir accompli, Habi Touré a quitté le palais des Congrès à Yaoundé le 20 juillet dernier. Comme les autres présidents de jury, l’actrice et productrice centrafricaine a dévoilé son verdict. Elle est satisfaite des lauréats désignés par ses collaborateurs et elle, au terme d’une semaine de visionnage et de discussions au sein du jury séries internationales et courts-métrages internationaux des Ecrans Noirs 2019. « Cela avait quelque chose de très exaltant. Aller d’une projection à une autre et découvrir les œuvres de cinéastes africains, mais surtout avoir la lourde responsabilité de juger de leur qualité, m’ont révélé d’autres aspects de ma personnalité », avoue l’actrice. Elle avoue avoir développé des qualités comme la patience et l’écoute des autres. 
Dans un célèbre hôtel de la capitale camerounaise, Habi Touré a accepté de répondre aux questions de CT. Une rencontre à l’improviste qui n’a pas gêné une seule seconde cette passionnée de cinéma. D’ailleurs, elle maîtrise bien son sujet. Gracieuse et bien apprêtée, elle s’est posée dans un des salons de l’hôtel pour parler de son passé de mannequin, son présent de comédienne, et son avenir de productrice. Sans oublier quelques mots sur son séjour camerounais fructueux, et autour de ses projets, comme la deuxième saison de la série « River Hôtel », présentée il y a un an en ouverture du festival.  
 

 


Vous êtes au Cameroun pour les Ecrans Noirs 2019 en tant que présidente du jury séries internationales et courts-métrages internationaux. Comment avez-vous porté cette responsabilité ? 
Je tiens à commencer en remerciant le festival Ecrans Noirs de m’avoir invitée à nouveau et surtout de m’avoir donné cette grande responsabilité d’être présidente du jury séries et courts-métrages internationaux. La tâche a été difficile, mais nous avons accompli notre travail et nous sommes satisfaits du résultat. L’année dernière, j’étais déjà aux Ecrans Noirs pour présenter la série « River Hôtel ». Je peux dire que je suis contente d’avoir eu toutes ces personnalités qui ont participé au projet de cette série qui a fait l’ouverture du festival l’année  dernière. Justement, je prépare la deuxième saison pour le début d’année prochaine. Je suis très fière. J’espère que le public va aimer. On promet de faire mieux pour cette  deuxième saison. 
Comment avez-vous surmonté le défi de cette série qui traverse le continent de par ses acteurs de différentes origines et son équipe de production ?
Ce qui est difficile c’est la crainte de ne pas satisfaire le public. Il y a également cette crainte de savoir s’il va aimer ou ne pas aimer. On est limite perfectionniste. Au lieu de se dire qu’on a fait de notre mieux, on veut toujours faire plus. C’est cela qui est un peu difficile. En plus, il y a cette pression de travailler avec toutes ces personnalités, de les convaincre et ensuite de les gérer sur le tournage. En plus, porter la double casquette d’actrice et de productrice de la série, c’est un peu lourd, mais heureusement à l’époque il y avait notre regrettable Didier Ndenga, le réalisateur, qui était tout et qui faisait tout. Il était d’un très grand soutien afin de porter cette série haut. On croise les doigts afin de faire mieux et bien comme il l’a toujours voulu. 
Comment êtes-vous rentrée dans le cinéma ?
Au départ j’étais mannequin. Je faisais des photos magazines, des publicités… J’ai été repérée par un réalisateur, qui m’a donné un rôle dans son court-métrage. Au départ, c’est ainsi que je suis tombée dans le métier de cinéma et par la suite, le métier m’a plu. Je me suis formée pour être actrice et actuellement, je suis à la tête d’une maison de production. Voilà comment je suis arrivée dans le cinéma que j’adore et qui aujourd’hui, est toute ma vie. Je ne me vois pas faire autre chose que le cinéma. 
Comment s’est effectuée la transition du métier d’actrice à la production ? 
La production est une branche du 7e art qui me plaît beaucoup. Le cinéma c’est vraiment ma passion. J’ai voulu consacrer ma vie au cinéma, ce n’est pas plus difficile à comprendre que ça. Quand on aime ce qu’on fait, ça nous donne de l’énergie et juste être actrice ne me suffisait pas. Il me fallait plus. Quand je ne suis pas actrice, je suis productrice et j’écris aussi des scénarii. J’aime être noyée dans ce que je fais. 
La production des séries et des films en Afrique connaît de nombreuses difficultés notamment en termes de financements. Comment relevez-vous ce défi ?
Il faut se lever tôt tous les jours. Ce n’est pas évident, surtout en Afrique, parce qu’on n’a pas des fonds d’aide pour le cinéma. On est obligé de se battre différemment et en étant des producteurs africains travaillant en Afrique sans aide extérieure, c’est encore plus difficile. On fait avec les fonds propres ou avec l’aide de quelques sponsors. C’est pour cela qu’on crie haut et fort en demandant aux sponsors d’être avec nous pour qu’on puisse relever le cinéma africain. Partout en Europe, ils ont des fonds et c’est pourquoi ils arrivent à faire de grandes choses. Il est certes vrai que certains pays comme le Nigeria sortent du lot parce qu’ils ont de grands sponsors et des gens qui financent vraiment les films, mais il est important de faire comprendre à tous ces Africains qui ont beaucoup d’argent et de financer ce business qu’est le cinéma. Il faut le rentabiliser. Quand les Africains comprendront qu’il s’agit d’un business, ils s’investiront plus, et mettront leur argent dans le cinéma et non ailleurs. 
On a souvent parlé de coproduction entre les pays du continent. Pensez-vous que ce serait véritablement la solution ? 
C’est évident. S’il y avait une certaine collaboration entre les pays africains, on ferait de grandes choses, parce que si des pays comme le Cameroun et la Centrafrique se mettent ensemble, c’est toujours plus de moyens et une meilleure main d’œuvre. De ce type d’associations peuvent naître de grands projets. Malheureusement, pour l’instant, aucune solidarité n’apparaît entre nous. Et je pense à mon humble avis que si on se met ensemble entre réalisateurs, producteurs, acteurs, on va lever ce mur qui nous empêche d’évoluer. 
 

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