La montée en puissance des Lionnes indomptables

Partie de très bas, l’équipe nationale féminine affiche de plus en plus ses ambitions sur le plan mondial. 

   Elles étaient arrivées sur la pointe des pieds, sans bruit ni tapage. Lorsque les Lionnes indomptables se sont qualifiées, pour la première fois de l’histoire, à la phase finale de la Coupe du monde féminine Canada 2015,  bon nombre de pseudo-spécialistes regardaient d’en haut une sélection dont « l’exotisme » (au propre comme au figuré) pouvait tout juste alimenter quelques faits divers de circonstance. Pourtant, lorsque la sélection camerounaise après avoir survolé avec panache le premier tour (6 points en 3 matchs), quitte finalement la compétition le 20 juin 2015 au terme d’un 1/8è de finale âprement disputé face à la Chine,  plusieurs commentateurs sont déjà parvenus à coller plusieurs noms sur des visages jusque-là inconnus : Gaëlle Enganamouit, Christine Manie, Gabrielle Onguéné, Raïssa Feudjio, Annette Ngo Ndom et tant d’autres avaient montré de quoi elles étaient capables en poussant les super-favoris (Japon, Chine) dans leurs derniers retranchements. Même si elles auraient pu aller plus loin avec un peu plus de chance et de réalisme, leur prestation avait fait date et attirer plus de projecteurs sur une sélection méconnue.
   Ce n’était que justice pour une formation partie d’un quasi-anonymat pour atteindre les cimes de la renommée. Dans un pays où les Lions indomptables (équipe masculine de football) ont longtemps fait office d’emblème national, le football féminin a pris beaucoup de temps pour éclore, trouver ses repères et imprimer progressivement ses marques, malgré un environnement parfois hostile. Mais avant la Coupe du monde, le Cameroun avait déjà participé à onze reprises au Championnat d’Afrique de football féminin pour trois finales disputées (1991, 2004, 2014) et deux médailles de bronze (2002, 2012). La médaille d’or remportée aux Jeux africains de Maputo 2011 aura été aussi une étape décisive dans cette progression vers les sommets. Un regard froid sur les résultats enregistrés à ce jour porte à croire que le niveau atteint aujourd’hui n’est pas un épisode ponctuel, mais s’inscrit dans une logique de progression dans la durée. A cet égard, la victoire sur le Nigeria à la CAN 2012, qualificative pour les Jeux olympiques avait déjà été un coup de tonnerre. Même si leur prestation globale aux J.O de Londres était en-deçà des attentes, c’était une grande première qui pouvait préfigurer un passage de témoin. Les Lionnes ont été la deuxième équipe africaine à atteindre les 8ème de finale en Coupe du monde après le Nigeria en 1999. Un signe de temps que ne voient que ceux qui refusent de regarder la réalité en face. 
Solides atouts
   Tout semble dès lors indiquer une progression importante. Le Cameroun peut compter sur de solides atouts dont la solidité défensive, le mental d’acier et le sens de solidarité des joueuses. Le tout sous l’encadrement rigoureux d’Enow Ngachu, un technicien d’expérience dont la stabilité au poste est aussi un atout. La progression régulière du Cameroun explique en partie l’amélioration de sa position au classement mondial FIFA où elle occupe le ,3è rang africain et 47è mondial derrière le Nigeria et le Ghana. Le rang actuel sur l’échiquier international semble décevant pour une équipe qui a été aux portes des quarts de finale de la Coupe du monde. Mais avec un peu de recul, on se rend compte des réels progrès accomplis au cours des 30 dernières années. L’ère où la sélection nationale féminine encaissait des scores fleuves semble révolue. Le Cameroun est parti d’en bas pour se hisser progressivement au sommet de la hiérarchie du football africain. Une progression dont la régularité témoigne de l’ampleur d’un travail de fond qui n’a pas toujours été apprécié à sa juste valeur. Les Lionnes indomptables sont ainsi passées de la 80è place en 2003 à la 72è en 2010, avant d’atteindre le Top 50 mondial en 2012. Depuis lors, la position de la sélection nationale oscille entre le 46 et le 47 rang mondial; place qu’elle occupe du reste en cette veille de la CAN 2016. Historiquement, son  meilleur classement s’est établi en juillet 2015 (43è rang mondial). 
Comme souligné précédemment, au-delà des chiffres bruts qui ne reflètent pas toujours suffisamment la réalité, ce sont les performances de l’équipe sur le terrain de la haute compétition qui plaident pour elle. En Afrique comme sur le plan international. Si elles continuent sur leur lancée, les Lionnes indomptables peuvent consolider leur leadership lors de la CAN 2016 organisée à domicile, contestant de ce fait la suprématie du Ghana et surtout du Nigeria qui a exercé pendant des années une écrasante domination sur le football féminin africain. Toutefois pour progresser davantage, elles devraient continuer à travailler. Dans l’humilité, la solidarité et le respect des potentiels adversaires. Il reste à leur procurer un environnement propice à leur plein épanouissement, à travers un accompagnement à la hauteur des grandes ambitions affichées.
 

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