DJ Arafat : la fin d’une époque

Avec la disparition de la star ivoirienne lundi à 33 ans, la génération 2000 adepte du coupé-décalé est désemparée.

Il n’avait que 33 ans, mais donnait l’impression d’avoir déjà vécu 1000 vies. Le 12 août 2019 restera à jamais ce jour où DJ Arafat s’en est allé dans un accident tragique à Abidjan. Le « roi du coupé-décalé » était un amoureux de la vitesse, mais surtout des grosses motos. Du single « Jonathan » qui lui donne sa notoriété internationale à « Moto-moto », ces bolides sont visibles dans la majorité de ses vidéos. Il connaissait le risque de ce sport extrême et s’y est souvent frotté de très près, comme en octobre 2009, où un incident à moto le conduit à l’hôpital pendant plusieurs jours. Ce goût du danger, la star ivoirienne en a fait son fonds de commerce. Jamais à court d’idées, jamais à court de polémiques. Son ultime album dévoilé en janvier 2019 s’intitule « Renaissance ». Il souhaitait proposer au monde un autre lui, un nouveau lui. Car en plus de 15 ans de carrière, l’artiste n’a fait que se renouveler. D’abord par ses différents surnoms : Daïshikan, Yorobo, Beeru Saama, Zeus… Ensuite par sa créativité en matière de pas de danses: zoropoto, dosabado, kpangor… Par ses collaborations avec divers artistes ivoiriens, africains et étrangers: Debordeaux Leekunfa, Meiway, Josey, Davido, Toofan, Maître Gims, Mokobé… Enfin par sa fréquence de production et la cure de son style musical passé ces dernières années du coupé-décalé traditionnel au trapdécalé, avec en ajout de l’électronique, du rock (parfois du heavy metal), du rap.

Le Yorobo n’avait pas peur d’aller à contre-courant, lui qui n’a caché à personne son admiration pour le rappeur américain Lil Wayne. DJ Arafat, de son vrai nom Ange Didier Houon, digne fils de la sulfureuse chanteuse Tina Glamour, était un anticonformiste à la base. Il coupe et décale alors que Pierre Houon, son père, célèbre guitariste, ingénieur du son, passionné de variété ivoirienne et ennemi juré du coupé décalé, tente de lui faire épouser une toute autre culture. « Pour mon père, Douk Saga et compagnie ne valaient pas grand-chose », confiait récemment DJ Arafat. A 14 ans, après avoir claqué la porte du domicile familial, il commence à mixer dans les maquis. Le talent du petit DJ Ange est si impressionnant que très vite, il migre des maquis de la banlieue de Yopougon à ceux de la capitale. Plus précisément, le célèbre maquis « Shangaï » d’Abidjan.

Les prouesses du chanteur à la voix rauque et aux onomatopées improbables font parler de lui, et voilà qu’en 2005, il sort « Jonathan ». Le titre devenu culte propulse le DJ au sommet, à tel point qu’il s’installe en France. L’expérience sera de courte durée. Il est rapatrié en Côte d’Ivoire seulement deux ans après. Une histoire de papiers… Fier de sa célèbre assertion : « Ne jamais se laisser abattre », le maître de l’attalaku revient plus fort encore, familiarisant l’Europe et l’Amérique au coupé-décalé. Affublé de ce surnom qu’il tire d’une de ses idoles (Araphat l’animateur du groupe congolais Extra Musica), mais surtout d’amis libanais qui le trouvaient un peu trop possessif, il n’a cessé de gravir les échelons de la musique africaine. En 2015, Forbes Afrique et Trace Afrique lui avaient même octroyé le statut de l’artiste africain le plus influent à l’international. Une réputation qu’il forge.

Son aura est large et s’étend chez d’autres jeunes artistes qu’il forme au sein de l’Ecole du Yorogang, son collectif duquel sortiront des musiciens comme Ariel Sheney. Mais la vie de DJ Arafat est parsemée de frasques. Plus grande est sa notoriété, plus grands sont les scandales. Entre violences, querelles et mégalomanie, l’enfant terrible du coupédécalé continue de percer. Sa horde de fans qu’il baptise les « Chinois » du fait de leur grand nombre ne fléchit pas et le suit hits après hits. « Farot Farot », « Lebede», « Oulala », « 202 », « Enfant béni », etc. Il n’y a pas d’espace suffisant pour parler de sa discographie pléthorique... Une chose est certaine, DJ Arafat va manquer à beaucoup de monde, même à ses rivaux que les attaques de la star (parfois crues et acerbes) avaient le don de remettre au-devant de la scène. Avec lui, on ne s’ennuyait jamais. Le roi est mort, vive le roi !

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