Nécrologie : Charles Lembe, le dernier souffle

L’auteur du titre à succès «Mot’a Benama» s’est éteint vendredi à l’hôpital militaire de Douala.

Il avait eu 81 ans la veille, jeudi 5 décembre 2019. Le lendemain, 6 décembre au matin, à 81 ans et un jour, Charles Lembe a rendu son dernier souffle à l’hôpital de la garnison militaire de Douala. Le monument, artiste pluridimensionnel, musicien surtout, a donc bouclé un cycle et il est parti, précipité par la maladie. Précipité, oui ! Parce que son grand âge ne l’empêchait pas d’avoir de grands projets. Comme celui de faire redécouvrir « Mot’a Benama », son chef-d’oeuvre sorti en 1973, titre-phrase du disque « Voices of Africa », et beaucoup d’autres chansons de son riche répertoire de six albums, lors d’un concert envisagé qu’il voulait mémorable.

Autre projet de Pa’Lembe, comme on l’appelait affectueusement : sortir un long métrage sur lequel il avait même commencé à travailler. Avec pour titre « Machination sous les tropiques ». Minutieux, méthodique, chemisette hawaïenne sans pli, il en parlait avec passion et conviction. Une réalisation qui devait sortir avec un disque des musiques du film. Ce film, auquel l’artiste voulait donner naissance, n’allait pas être sa première expérience. Cinéaste, c’était un autre des talents de celui qui fait à jamais partie des pères de la musique camerounaise.

Sa carrière musicale débute véritablement avec la sortie de son disque « Echo du Cameroun », en 1960 en France, où il résidait depuis 1955. Un père de l’indépendance à sa façon. Ce disque sera écoulé à 5 000 exemplaires auprès des soldats africains stationnés en Algérie. Entre deux albums, Charles Lembe va se produire dans des cabarets, monter des groupes, ouvrir un night-club à Paris, suivre des cours de musique et de cinéma, créer sa propre maison de production, faire des musiques de films, écrire des scénarios, coproduire un film, etc. Entretemps, il reviendra au Cameroun en 1978, où il va s’investir dans la mise en place des droits d’auteur au pays et occuper d’autres postes importants dans le secteur de la culture.

Le cousin de Manu Dibango repart pour la France en 1999, pour un retour au pays natal en août 2017. M. Lembe était venu se reposer auprès de l’une de ses trois filles, après la disparition de sa chère et tendre épouse, Marie Monique. Il avait prévu de retourner en Hexagone régler quelques affaires, avant de revenir encore. La maladie et la mort ne lui en ont pas laissé l’occasion. Deux ans et sept mois après la disparition de sa moitié, il est parti la rejoindre. Rejoindre aussi sa place d’immortel.

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