« Les fédérations, pour une meilleure organisation du secteur culturel »

Élise Mballa Meka, PCA de la Société civile des droits de la littérature et des arts dramatiques (Sociladra).

La Rentrée culturelle et artistique nationale est l’un des événements marquants de cette année 2019. Comment l’avez-vous vécu en tant que responsable du pôle Danse ?
La Rentrée culturelle et artistique nationale 2019 (Recan) a vraiment été innovante cette année. En ce sens qu’elle a concerné les 10 régions du pays, mais plus encore, elle a campé dans les jardins du Musée national pendant plus de trois semaines. Quand on considère l’envergure de l’événement qui a touché tous les secteurs artistiques, on se rend compte qu’on a vécu quelque chose de très important pour notre secteur. De l’intérieur, en tant que responsable du pôle Danse et avec pour adjoint Ayissi Le Duc, nous avons pu mettre en valeur les séniors de notre domaine qui sont encore en activité. Nous avons vécu la Recan de manière positive. Cette Recan a eu l’avantage de donner la visibilité à toutes les œuvres d’art. Elle a permis que les artistes se retrouvent et se rassemblent en un lieu, par secteur, afin de discuter des problèmes desdits secteurs. Il faut réorganiser le secteur pour que les artistes puissent vivre de leur art et puissent produire, tourner, et générer des emplois et des richesses comme par le passé. Maintenant, après la Rentrée, il faut penser l’année prochaine à une saison culturelle, avec tout au long de l’année, des activités qui sont définies selon un chronogramme et selon une répartition géographique bien donnée.
Cette année également, la volonté du ministre des Arts et de la Culture de regrouper les artistes en différentes fédérations s’est véritablement fait ressentir. En quoi cette organisation pourrait-elle développer le secteur culturel au Cameroun ?
Les métiers de la culture touchent plusieurs couches sociales. Quelques fois, il y a de nombreuses difficultés à organiser ces secteurs. La première chose à faire à mon avis, peut-être après la création des fédérations, c’est également la définition du statut de l’artiste. Je sais que le ministre des Arts et de la Culture est dans cette dynamique-là. Les fédérations sont une organisation administrative du secteur. Il en faut une. Les corporations sont là pour gérer le droit d’auteur, les syndicats qui sont là sont de petites initiatives privées qui tiennent tant bien que mal. Car actuellement, un budget comme celui du Minac est consacré à 80% au paiement des fonctionnaires et au fonctionnement. Les fédérations, ce n’est peut-être pas cette forme que les artistes attendent, mais il faut commencer quelque part pour réorganiser le secteur, tout en définissant le statut de l’artiste et en augmentant l’appui de l’Etat pour la culture qui est un secteur économique à part entière. Cela fait des années que nous crions à la précarité des artistes, à l’insuffisance des moyens mis pour la culture. Et si ces fédérations viennent donner de la visibilité, c’est une initiative à encourager et à soutenir.
Le droit d’auteur qui a tant fait parler de lui ces dernières années, a pourtant connu une légère accalmie en 2019. Est-ce le signe annonciateur de jours meilleurs ?
Depuis 2018, le chef de l’Etat a prescrit au Premier ministre, chef du gouvernement, l’assainissement du secteur du droit d’auteur. Tout a commencé par la mise en place d’un comité d’assainissement au Premier ministère, puis nous avons abouti au changement au niveau du ministère des Arts et de la Culture des dénominations pour la Commission de contrôle et de médiation des Organismes de gestion collective (OGC). Cela s’est poursuivi par la réorganisation de ces OGC qui ont tenu des assemblées générales pour renouveler les organes dirigeants. Puis nous avons eu à gérer l’obtention des agréments et des cahiers de charges qui vont avec. Peut-être ce sont toutes ces procédures administratives qui ont apporté cette éventuelle accalmie. Mais il faut dire que les problèmes demeurent. L’assiette de perception est toujours insuffisante. On n’a pas eu de répartitions pendant un an. Mais hier (Ndlr : jeudi 26 décembre 2019), nous avons pu valider une répartition inter sociale qui va permettre de donner un peu d’argent aux artistes d’ici la semaine prochaine. Sous hautes instructions du Minac, et sous l’impulsion du président de la Commission de contrôle des OGC, dès la semaine prochaine, nous allons mettre en place un comité de relecture des textes dont la plupart sont caducs depuis 2004. Ce qui va permettre de revoir l’assiette de perception, afin que l’accalmie observée en 2019 devienne le calme définitif.
Comment entrevoyez-vous l’avenir du droit d’auteur dans votre secteur précis de la Littérature et des arts dramatiques ?
En réalité, chez nous, il y a toujours eu beaucoup de calme, parce que les écrivains n’ont pas le même support de création que les musiciens par exemple. Nous avons perdu une grande partie de notre répertoire, depuis qu’il existe une société dédiée spécifiquement aux droits voisins. Actuellement, nous envisageons véritablement d’augmenter l’assiette de perception, car je vous assure que les mécanismes de transparence sont là, mais nous avons un réel problème de personnels parce que nous n’arrivons pas à payer nos ressources humaines faute d’argent. Pour l’avenir, nous envisageons d’augmenter notre assiette de perception afin de faire des perceptions plus régulières, rassurer nos ayants-droit, et développer la société. Il nous faut construire un siège, parvenir à soutenir les artistes dans notre cahier de charges pour leur création et leur diffusion, et même les œuvres sociales pour les artistes qui sont malades ou démunis, et qui ne peuvent plus créer. Les années de lutte ont empêché les choses d’avancer comme elles le devraient, mais avec la nouvelle équipe à la tête de la Sociladra (Société civile des droits de la littérature et des arts dramatiques), nous envisageons vraiment l’avenir avec beaucoup de lucidité et d’espoir pour assainir notre maison.
L’année 2020 sera marquée par l’accueil du Championnat d’Afrique des nations (CHAN). Comment pensez-vous que la culture puisse s’associer à cette manifestation sportive ?
Des événements comme le CHAN sont de véritables plateformes pour démontrer la richesse culturelle du Cameroun. Nous avons tout au Cameroun : des chorégraphes et des danseurs pour la cérémonie d’ouverture, des arrangeurs et de grands musiciens pour l’hymne de la compétition, entre autres. Ce type de manifestations sportives c’est aussi le moment de faire valoir sa culture. Qui ne se souvient pas de la chanson de la Coupe du monde Italie 1990 ? Il faut se demander ce qu’on retiendra du CHAN. Ce ne seront pas que les buts marqués. C’est l’occasion de promouvoir notre culture, de laisser les artistes penser cet événement, de faire la promotion de notre art culinaire mais aussi de nos artisans auprès des milliers de visiteurs qui vont converger au Cameroun à l’occasion de cette compétition.  
 

Reactions

Comments

    List is empty.

Lead a Comment

Same category