« J’ai beaucoup appris de Jason Statham »

Willy Zogo, acteur.

Quand vous quittiez le Cameroun il y a plus de 12 ans, ce n’était pas pour une carrière d’acteur. Comment expliquez-vous cette reconversion dans le cinéma ?

On ne sait jamais où la vie va nous mener. Dieu connaît nos voies mieux que nous. On a du mal à accepter ce qui nous arrive dans la vie. Quand c’est négatif, on se dit que nous sommes malchanceux. Mais il ne faut jamais désespérer face à une situation, car finalement, on ne sait pas pourquoi elle est arrivée. J’ai quitté le Cameroun dans la perspective d’aller poursuivre une carrière de basketteur, mais là je reviens en tant qu’acteur. J’ai retenu tellement de leçons de la vie. J’ai fait des rencontres extraordinaires. Parmi lesquelles Jason Statham, l’un des acteurs américains les plus célèbres de films d’action. Il m’a expliqué qu’il était un athlète, qu’il pratiquait le plongeon, une épreuve de natation aux Jeux Olympiques. Une blessure plus tard, le voilà à présent une des figures de proue de Hollywood. C’est pour vous dire qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre. Maintenant que j’ai pu faire carrière dans le cinéma, je suis tellement heureux d’être de retour au pays. Il m’a tellement manqué. A vrai dire, tout m’a tellement manqué : la nourriture de chez moi, le matango… Je me sens revivre. Je souhaiterais vraiment rester plus longtemps et revenir plus souvent.

Qu’est-ce qui vous a dirigé vers le 7e art, et précisément le cinéma d’action ?

Je n’allais même pas en Thaïlande au départ. En réalité, j’allais aux Etats- Unis pour une formation, mais je n’ai pas eu mon visa. Un ami m’a signalé qu’aux Philippines, ils avaient également un niveau élevé en matière de basket-ball. J’obtiens une bourse pour aller y fréquenter et jouer, mais je m’arrête pendant trois jours en Thaïlande avant d’y aller parce que mon meilleur ami y était. Puis j’ai finalement décidé de prolonger mon séjour en Thaïlande. Et là un jour, j’accompagne un ami à un casting. Il y a un agent d’acteurs qui me repère. Elle se rapproche de moi, et m’avoue que j’ai un physique adapté pour les films d’action. Elle a pris mes contacts, et deux semaines plus tard, elle m’a rappelé, m’expliquant que mes photos avaient été sélectionnées pour un casting. J’y suis allé et c’est comme ça que j’ai eu le job. C’était pour la publicité d’une compagnie d’ADSL, « Alice ». A l’époque il n’y avait pas encore le wifi comme aujourd’hui, et ladite compagnie était très célèbre. Du coup, on me voit partout dans le monde. C’était mon premier job à l’écran. Au cinéma, c’était en 2008. J’étais dans une équipe de basket, et mon agent me contacte pour aller participer à un casting. Plus de 1000 personnes y participaient. J’ai dû faire preuve de patience, mais surtout un choix, parce que j’ai zappé les entraînements de basket pour ce casting, pourtant c’est lui qui me payait le loyer… Bref j’ai choisi le cinéma. J’ai été retenu parmi cinq personnes sur 1000 candidats. Je reçois mon premier script… Sur le tournage, je rencontre Michael Madsen, un ami à Quentin Tarantino, le réalisateur de « Kill Bill ». Je l’adorais. Je croise également Rutger Hauer et Fedor Emelianenko. Ce dernier était très célèbre parce qu’il était le meilleur fighter de MML de tous les temps. J’étais stupéfait. J’ai beaucoup appris de Michael Madsen et de sa méthode de travail. Il m’a par exemple appris à improviser, à se mettre dans la peau de son caractère. Finalement, votre physique vous prédisposait à jouer des films d’action… Dans les films d’action, il y a beaucoup de stéréotypes vis-à-vis des acteurs et du physique qu’ils doivent afficher. Il y a deux ans, ma musculature était encore plus développée. J’ai décidé de la réduire, parce que je ne voulais pas seulement être cantonné aux films d’action. Je veux faire tout. De la comédie, des films d’horreur, romantiques, dramatiques… Tout. Quel que soit le type de film. Je crois que mon look, mon gabarit, ma barbe (rires) ont fait pencher ma carrière vers l’action. Il est clair que mon profil correspondait. Mais attention, il n’y a pas que ça dans les films d’action. Il faut en connaître un rayon sur les techniques de combat, cultiver l’art de feindre des coups, d’en recevoir, de tomber, etc. J’ai travaillé mon jeu d’acteur, j’ai regardé des films et je me suis inspiré de leur rendu, et ça a payé. Je m’entraîne pour être à l’affiche de tous types de films. En 2015, j’ai participé à un film avec Daniel Auteuil, j’ai joué un arbitre dans un film sous la direction du réalisateur de « Karate Kid ».

Quelle expérience avez-vous tirée de tous ces acteurs célèbres que vous avez rencontrés ?

L’acteur que je suis aujourd’hui, l’est parce que j’ai beaucoup appris de Jason Statham. Jusqu’en 2014, j’allais jouer les films sans véritable préparation. Mais après avoir travaillé avec lui, et après l’avoir observé, j’ai changé d’attitude. Il n’y a pas que le talent pour progresser dans le cinéma. Il faut de la discipline, de la dévotion. Jason Statham est une super star, mais il est le premier à arriver sur un plateau de tournage et le dernier à en repartir. Il est là pour travailler, il reste concentré. Il ne répond pas au téléphone à toutva. Professionnellement, toutes ces célébrités que j’ai rencontrées sont différentes dans leur façon de faire, mais ils ont tous pour points communs la discipline, l’organisation et la concentration. Il y a aussi l’humilité. Le plus humble des acteurs avec qui j’ai travaillé, c’est Eric Roberts, le frère à Julia Roberts. Mais il y en a beaucoup qui sont humbles, et je tiens à suivre leur exemple. Rabaisse-toi et laisse les gens t’élever. C’est ma philosophie.

Que répondez-vous à tous ceux qui disent que les films d’action ne peuvent pas élever l’esprit, car il s’agit purement du divertissement ?

Le cinéma d’action, pour moi, depuis quelques années, ce n’est vraiment pas très crédible. Là je suis d’accord avec cette opinion. Il y a très peu de bons films. Mais il faut que les gens comprennent qu’il faut respecter les acteurs hollywoodiens. Certains meurent pendant le tournage de films d’action. J’ai perdu beaucoup d’amis, par exemple un de mes amis est décédé sur le tournage de « Very Bad Trip 2 », où il devait effectuer une cascade pour Bradley Cooper. Moi personnellement, j’ai failli mourir dans un incendie il y a près d’un mois sur un plateau de tournage. Mon amie, Olivia Jackson qui faisait toutes les doublures de l’actrice Milla Jovovich vue dans « Resident Evil », a aujourd’hui un bras coupé, sa colonne vertébrale déformée, tout ceci après avoir passé un an et demi dans le coma. Il faut respecter les acteurs de films d’action. Les gens disent que c’est du trucage. Mais non, c’est vrai. Nous travaillons beaucoup pour que les chorégraphies nous permettent d’avoir des scènes de combat crédibles, sans compter sur la caméra qui agit énormément. Je viens de terminer un film avec toute l’équipe de « John Wick 3 », avec Woody Harrelson, qui va sortir l’année prochaine. On s’est entraînés deux semaines, de 6h à 18h, avec un soldat de la Navy qui nous a appris comment les militaires américains se déplacent. A Hollywood, on veut que les films se rapprochent le plus possible de la réalité. Et cela demande du sérieux. Le cinéma d’action n’est pas un monde de repos. C’est du travail d’enfer !

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