« La BD, un excellent témoin du passé »

Augustin Ndjoa, dit Retin, caricaturiste-dessinateur.

Après toutes ces années dans le dessin et la caricature, qu’est-ce qui vous a finalement décidé à vous lancer seul dans cette oeuvre ?

J’ai voulu raconter l’histoire du pays de manière illustrée, car je la trouve passionnante. Beaucoup de personnes veulent en savoir plus sur l’histoire du Cameroun, seulement, des images ne sont pas toujours disponibles… Alors j’ai dessiné ce que j’ai lu, ce que des historiens m’ont révélé. Je voulais que tout le monde, surtout les plus jeunes, en sachent plus long à ce sujet, car la BD, c’est un excellent témoin du passé. Entouré d’érudits historiens, j’ai pu produire cette bande dessinée, qui bien sûr est spéciale, parce qu’elle vient après plusieurs essais. Et en plus, c’est vraiment ma première bande dessinée en solo. Votre carrière de caricaturiste de presse est l’une des plus anciennes du domaine au Cameroun.

Comment en êtesvous arrivé à exercer ce métier ?

Il y a 24 ans, j’ai été recruté à Cameroon Tribune. Ma première caricature a été publiée le 2 janvier 1996. Dans mes années de lycée, j’étais toujours à la tête des clubs d’arts plastiques. J’ai toujours été sollicité pour mon travail depuis l’époque. J’ai ainsi fait la rencontre d’un ami, le nommé Florent Goawe, dit Go’Away, caricaturiste à Cameroon Tribune. C’est lui qui m’a introduit pour la première fois au quotidien national. Une fois recruté, j’ai suivi ses traces, grâce à ma faculté de m’adapter. J’ai compris que la caricature ce n’est pas que du dessin, c’est en réalité une déformation des traits. Etant dessinateur, j’ai dû m’y faire. Les années ont passé et une vingtaine d’années plus tard, j’espère que j’ai réussi à convaincre les lecteurs de Cameroon Tribune.

Comment appréciez-vous l’évolution du dessin de presse au sein des journaux camerounais, vous qui êtes un des témoins privilégiés de ce métier ?

Il y a quelques années, la caricature avait le vent en poupe au Cameroun. De nombreuses personnes étaient intéressées par le dessin de presse, à tel point qu’il y avait des journaux spécialisés comme le « Popoli ». Certains événements ont bien animé la scène artistique, comme le Festival de la caricature, du rire et de l’humour de Yaoundé (Fescarhy) auquel prenaient part pendant plus d’une dizaine d’années, des caricaturistes nationaux et internationaux. La plupart des caricaturistes disparus dans l’attaque de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 avaient participé à cet événement. J’ai eu à travailler avec eux et d’autres encore. Puis les choses ont commencé à s’essouffler, des journaux abandonnant même l’idée d’illustrations au Cameroun. Je ne sais pas comment expliquer cette baisse de régime, mais il est temps que cette part de la culture camerounaise persiste.

Quelle est la difficulté que vous rencontrez souvent lorsqu’il faut rendre l’information à travers la caricature ?

Il s’agit de connaître la ligne éditoriale du journal dans lequel on travaille. A partir de là, tout est clair. Je peux rendre fidèlement l’information sans devenir un adversaire pour qui que ce soit, sans verser dans la provocation ou l’ironie, car c’est cela que recommande la ligne éditoriale de Cameroon Tribune par exemple. La caricature peut être faite partout si on respecte ce qu’on s’est prescrit au départ au sein du journal ou du magazine.

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