Culture

Mémoires d’un saxophone

Près d’une cinquantaine d’albums pour plus de 60 ans de carrière ont tissé le lien entre Manu Dibango et le monde.

Vaste, éclectique, exploratrice, avant-gardiste. Ils iraient bien à l’immense œuvre de Manu Dibango, ces qualificatifs. C’est quand même, en plus de soixante ans de carrière musicale, près de 70 productions, entre albums studios, albums live, bandes originales de films, compilations, singles… Il y a même eu deux livres, tiens ! L’autobiographie « Trois kilos de café », sortie en 1989 et « Balade en saxo » en 2013, ouvrage qui s’accompagnait d’un album du même titre, publiés l’année de la célébration des 80 ans du célèbre saxophoniste décédé le 24 mars 2020 à Paris à l’âge de 86 ans.
Vaste, éclectique, exploratrice, avant-gardiste. Oui, ça irait bien mais à dire vrai, l’œuvre d’Emmanuel N’Djocke Dibango ne saurait se contenter de ces mots. La musique de Manu Dibango, peu importe qu’il ait été surnommé « Papy Groove », n’est simplement pas qualifiable ou classifiable. D’ailleurs, l’Occident, quand le monde découvre l’inimitable « Soul Makossa » (malgré les innombrables reprises et samples de Michael Jackson entre autres, quand même !) en 1972, exprimera sa subjugation par une expression qui va accompagner des générations entières de musiques africaines : « World Music ».
Une expression qu’on accepterait pour « Le Grand Manu » (il l’était autant par la taille que par le talent) si elle va dans le sens des propos de ce fan : « La musique de Manu Dibango, c’est d’abord la qualité, le standard international. Tout individu dans le monde, quelle que soit son origine ethnique ou sociale, peut s’y retrouver. C’est la musique dans sa définition première ».
Et si Manu Dibango est artiste du monde, au-delà de son genre musical de base qui peut être le jazz, c’est parce qu’il a su s’ouvrir à toutes les influences, notamment des Amériques, d’Europe et d’Afrique, particulièrement de sa terre natale, le Cameroun. Un explorateur évoqué par Clément Tayo, ancien guitariste professionnel et collaborateur de Manu au début des années 80. « Manu Dibango, par exemple, quand tu faisais un truc, il s’exclamait : Ah tiens, comment tu fais ça ? Ah ben, c’est génial ton truc-là, recommence ! Ça, c’était lui. Et il partageait aussi son expérience. Il était tout à fait prêt à te dire : là ça ne va pas, recommence, prends-le de cette manière », confie-t-il. 
Un maître-élève de la musique donc, qui aura porté son pays au firmament du monde au fil des albums et des chansons, entre productions originales et reprise de certains classiques locaux, avec le chanter en duala aussi. Pour ne citer qu’une infime partie de son œuvre : « Douala Serenade », « New Bell », « Soir au village », « Mboa’su », « Kamer Feeling », « Oh Koh », « Makossa Man », « Waka Juju », etc. Sur ce dernier morceau, tiré de l’album éponyme, Jérémie M., un autre fan, avouait hier : « Une sœur a partagé l’audio de cette chanson en entier dans notre forum WhatsApp familial et c’est en l’écoutant de bout en bout que j’ai réalisé que c’était Manu Dibango ; j’ai identifié son style. Je n’avais jamais fait le rapprochement quand j’écoutais le générique de Dimanche Midi sur la Crtv. »
Autant Manu Dibango faisait la rencontre des rythmes, autant il appréciait la rencontre avec d’autres artistes d’univers variés. Ses collaborations à travers les générations parlent pour lui. Pour ne citer que quelques exemples : son compatriote Francis Bebey, les Congolais Ray Lema ou encore Werrason, le Français Nino Ferrer, la marocaine Oum…
 

Reactions

Comments

    List is empty.

Lead a Comment

Same category

Download the Cameroon-Tribune app

logo apps