50 ans de carrière : Were Were Liking les voit en peinture

Pour célébrer son cinquantenaire, l’artiste camerounaise pluridimensionnelle basée depuis plus de 40 ans à Abidjan organise une exposition et publie un ouvrage de 350 pages.

Quelque part sur la mer Méditerranée, un bateau plein de clandestins fait naufrage, non loin de la petite île de Lampedusa, située au sud de l’Italie, devenue malgré elle le théâtre de nombreux drames de l’immigration. Dans les eaux glacées, il vomit ses passagers. La toile géante signée de la plasticienne camerounaise Were Were Liking dans le cadre d’une exposition montée à l’occasion de ses 50 ans de carrière, ne fait pas que présenter des corps d’êtres humains sans vie. Elle révèle une noirceur qu’on peine à croire, face à la précarité du contexte et l’exiguïté de l’embarcation : des femmes sont victimes d’abus les plus odieux. Leurs bourreaux, ce sont leurs compagnons de route, les passeurs, et toute autre personne sans foi ni loi inscrite dans cette course à l’eldorado européen. De bout en bout, le tableau reflète une réalité cachée au commun de la société. 
Plusieurs corps dispersés sur les flots agités transmettent un message alarmant : il n’y a pas que le froid et la famine qui condamnent ces voyageurs à une mort quasi certaine. L’exploitation de la moindre parcelle de cette dignité qui leur reste quand ceux-ci ont perdu tout espoir, s’avère fatale. Les survivants de ce cauchemar s’accrochent au premier rocher qu’ils trouvent, appelant au secours d’un côté, de l’autre, suppliant la faucheuse de les délivrer enfin. L’œuvre de Were Were Liking baptisée « Lampedusa », lui est inspirée alors qu’elle regarde un documentaire à la télévision. « On y dénonçait les viols commis sur des femmes, pourtant dans ces conditions de désespoir total que nous pouvons tous soupçonner. Ça m’a révoltée », réagit l’artiste. 
Poussée par ce sentiment, elle se lance dans la composition de cette toile aux mensurations aussi colossales que le projet en lui-même (l’œuvre mesure 5,30 m de longueur sur 2,80 m de largeur). Pas étonnant qu’elle ait demandé deux mois de travail à son auteur. C’est que Were Were Liking, artiste aux multiples facettes (chorégraphe, comédienne, écrivaine, marionnettiste, peintre, poète, passionnée de théâtre, sculpteur…) a bâti sa renommée par la force de ses réalisations hors-norme. L’expression est souvent vendangée, mais il est clair qu’en un demi-siècle, son travail a toujours su se montrer « avant-gardiste », avec un ou plusieurs coups d’avance sur son époque. C’est d’ailleurs ce flaire qui pousse cette fille du Cameroun à s’installer en Côte d’Ivoire en 1978.  Le pays des Eléphants étant à ce moment-là traversé d’une tempête créatrice. « Abidjan était le siège de tous les artistes », se souvient-elle. Dans la capitale ivoirienne, elle monte la compagnie de théâtre Ki-Yi M’Bock
Dans la commune de Cocody, le village Ki-Yi trône sur plusieurs hectares. C’est là que le 1er mai prochain, jour de son anniversaire (elle est née un 1er mai 1960), l’auteure du roman à succès « La mémoire amputée » va célébrer son cinquantenaire, avec un vernissage au cours duquel le public pourra scruter « Lampedusa », mais aussi d’autres peintures de Were Were Liking tirées de sa réflexion sur l’affichage post-événements et sur l’allaitement maternel. Sans oublier la dédicace de son livre de 350 pages intitulé : « 50 ans de lecture et de  poésie ».
 

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