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Culture

Tony Allen : l’autre pionnier de l’Afrobeat

Le légendaire batteur nigérian dont la métrique a porté la voix de Fela Kuti aux premières heures de ce rythme explosif, s’est éteint le 30 avril dernier à Paris, à 79 ans.

Lagos Will Never Be The Same”. Ce titre, prémonitoire, extrait de l’album “Rejoice” publié le mois dernier par deux maestros nigérian et sud-africain, le batteur Tony Allen et le trompettiste Hugh Masekela, sonne comme une lamentation sur cette ville chaude du Nigeria. C’est vrai, Lagos n’a plus jamais été la même avec la disparition de Fela Kuti, le mythique, en 1997. Mais elle a perdu un peu plus de son âme le 30 avril dernier, quand Tony Oladipo Allen est décédé à l’âge de 79 ans. Le batteur légendaire, dépeint comme l’un des meilleurs au monde, a poussé son dernier souffle à Paris, à l’Hôpital Georges-Pompidou, où il avait été conduit suite à un malaise. 
La musique vue par le duo Fela-Allen, c’est un tsunami qui ravage et bouscule la bienséance. Dans les années 70, le chanteur révolutionnaire et le batteur atypique concoctent l’Afrobeat, potion rythmique faite de highlife, de jazz et de funk. Leur signature : des morceaux de 20, 30 voire 60 minutes, à la prose militante. Et dire qu’au départ Fela s’était persuadé qu’il n’existait aucun batteur de talent dans tout le Nigeria… « Il avait essayé différents répertoires, et travaillait avec beaucoup de batteurs, mais aucun ne le satisfaisait », s’est souvenu Tony Allen dans une récente interview. Le bassiste des Koola Lobitos, l’orchestre de Fela, joue alors l’entremetteur, permettant la rencontre entre les deux hommes. La dizaine d’opus, entre albums et singles, qui va suivre met l’Afrique puis la planète entière à leurs pieds. La batterie de Tony suit, vaillante, les textes d’un Fela résolument engagé contre les systèmes politiques véreux, et toutes ces incongruités qui le foutent en rogne. Contrairement aux musiciens de son époque, Tony Allen préfère l’arrière-scène, assis bien au chaud derrière sa grosse caisse. Son adolescence se passe à l’écoute de l’Américain Gene Krupa, l’un des maîtres mondiaux de cet instrument de prédilection, qu’il suit de près à la radio. Et Allen marchera sur ses traces et sur celles d’autres fils de l’Oncle Sam comme Art Blakey et Max Roach. Cet adepte de la fusion des styles, marie ses essences africaines à celles de ses modèles, embrassant un jeu dynamique, inimitable, bougrement unique. Il était si particulier qu’à son départ des troupes de Fela, il a fallu quatre batteurs pour le remplacer. 
En solo, Tony Allen s’est montré impressionnant. Dans son escarcelle, plusieurs albums comme « The Source » (2017), « Film of Life » (2014), « Secret Agent » (2009), « Homecooking » (2002), etc. et etc. Le gotha de la musique mondiale ne jurait que par les arrangements de ce musicien dont l’ambition était de donner une cure de jouvence à son art, sans modération. « Je ne me cantonne pas à l’Afrobeat pur. Je souhaite que la jeune génération puisse savoir ce que je fais », confiait-il, il y a quelques années à l’occasion de la sortie de « Film of Life ». Rien d’étonnant que la poésie du Britannique Damon Albarn, créateur des groupes Gorillaz et Blur, ait épousé sa soif de se réinventer. Leur amitié artistique a révélé des pans inexplorés du génie de Tony Allen. Le virtuose nigérian a tiré sa révérence.  
 

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