Forces en présence : trois tenors et des outsiders

Le RHDP, le PDCI et le FPI affichent des ambitions réelles. A côté, il y a toutefois d’autres forces politiques qui rêvent de tout faire basculer.

RHDP : Ouattara ou pas ?

Le décès d’Amadou Gon Coulibaly a désaxé le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), à quelques mois de la prochaine présidentielle. Le mouvement l’avait investi comme candidat. Au sein de l’opinion, l’unanimité était faite autour de ses qualités humaines et professionnelles. Le destin en a décidé autrement pour le dauphin de Alassane Dramane Ouattara. Vu les délais et sans plan B, l’éventualité de la candidature du président sortant alimente les débats dans l’opinion et la presse. La Constitution, révisée en 2016, limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Or Alassane Ouattara cumule deux mandats dont le premier a été exercé en dehors de l’actuelle restriction. C’est pourquoi d’aucuns pensent qu’il peut encore se présenter. Mais les puristes du droit lui recommandent le respect de l’esprit de la loi fondamentale. « Ado » avait d’ailleurs annoncé qu’il ne serait plus candidat à sa propre succession. Face à Henri Konan Bédié déjà investi dans l’opposition, le candidat du Rhdp ne doit pas être un « poids-plume ». C’est pourquoi, dans une déclaration faite à Abidjan le 21 juillet dernier, le groupe parlementaire du parti au pouvoir a sollicité la candidature de son champion. Il évoque le bilan exceptionnel de Ouattara et surtout les enjeux de cette élection. Des jeunes ont également suscité une pétition pour solliciter sa candidature dans « une situation de force majeure ».

PDCI-RDA : le challenger à l’affût

C’est le parti historique, fondé en 1946. A la suite du congrès de Bamako organisé cette année-là par Félix Houphouët Boigny et Modibo Keita, une fédération de partis politiques africains est fondée et baptisée Rassemblement démocratique africain (dont le PDCI) pour faire prévaloir l’intérêt du continent. Le Pdci- Rda est un symbole en Côte d’Ivoire. Il incarne le père de la nation, artisan du développement et encore adulé plusieurs années après sa mort. Henri Konan Bédié, le leader du parti, président de la République de 93 à 99, reste une candidature sérieuse, malgré le poids de l’âge : 86 ans. C’est l’inamovible, l’inoxydable, le sphinx. Après le coup d’Etat qui l’a débarqué, d’aucuns estimaient que l’honneur de Bédié a été blessé, sa dignité bafouée. Il a aidé Alassane Ouattara à accéder au pouvoir, mais les clauses du deal n’auraient pas été respectées. Ses partenaires pensent que sa candidature permettra au peuple ivoirien qui lui avait massivement donné les suffrages, de réparer l’injustice et le déshonneur. En novembre 2019, l’ex-chef d’Etat avait été porté à la présidence de la coalition pour la démocratie, la réconciliation et la paix, une plateforme qui regroupe 17 mouvements et partis politiques. Son champ d’influence et de sympathie reste donc grand. C’est à son domicile, devant des militants triés sur le volet, qu’il a été investi le 20 juin dernier.

FPI : en embuscade

Comme le PDCI, le Front populaire ivoirien secoué par des querelles internes qui ont divisé le parti. Créé par Laurent Gbagbo et son épouse Simone en 1982 sous la forme d’un mouvement clandestin, il se mue en parti politique en 1988 avant d’être officiellement reconnu en 1990. Sous Laurent Gbagbo, ce parti a dirigé la Côte d’Ivoire de 2000 à 2010. Qui sera son candidat ? La réponse sera connue le 1er août prochain, probablement à l’issue d’un congrès extraordinaire d’investiture. C’est ce qu’a déclaré le 11 juillet dernier, Pascal Affi N’Guessan, l’actuel président, à l’issue d’un séminaire organisé par ce parti sur le thème : « Présidentielle d’octobre 2020 : la stratégie électorale ». En principe, le candidat naturel, c’est Laurent Gbagbo. Mais encore sous le coup de la liberté conditionnelle, il réside à Bruxelles, après avoir passé 10 ans de procès à la Cour pénale internationale. La faction du Fpi dirigée par l’ex-Premier ministre Pascal Affi N’Guessan est confiante et affirme même que le parti va à cette élection, en rangs serrés. L’offre politique du Fpi aux Ivoiriens, c’est la « Renaissance ». En l’absence de Gbagbo, il est évident que Pascal Affi N’Guessan est bien préparé. GPS : Soro a-t-il dit son dernier mot ? Dans un tweet publié au début de ce mois de juillet, Guillaume Soro, prési- dent de Générations et Peuples solidaires (mouvement politique créé en octobre 2019 dans la perspective de la présidentielle en vue) réclamait un audit international de la liste électo- rale en Côte d’Ivoire. « Personne ne devrait en avoir peur si l’on n’a rien à cacher », écrivait l’ex-chef de la rébellion ivoirienne qui semble bien focalisé sur la présidentielle d’octobre prochain. Malgré sa condamnation par la justice ivoirienne à 20 ans de prison, assortie de la déchéance de ses droits civiques, l’ex-député et ancien président de l’Assemblée nationale soutient qu’il est bel et bien candidat au scrutin présidentiel. « Je suis Ivoirien et je suis candidat. C’est mon droit », clame-t-il. Or, selon la constitution ivoirienne en son article 55 : « Le candidat à l’élection présidentielle doit jouir de ses droits civils et politiques ». Certains voient juste des mots d’un homme politique ambitieux mais écarté. Guillaume Soro, 47 ans, aurait pu incarner la jeunesse dans l’échéance attendue le 31 octobre. Le rêve lui a été vendu du temps où ses relations étaient au beau fixe avec l’actuel président. Aujourd’hui, il suit l’actualité de son pays à partir de la France, son pays d’accueil. Il existe une pléiade d’autres formations politiques dont le Parti pour l'Intégration africaine (Pia), le Parti du peuple de Côte d'Ivoire (PPCI), le Congrès panafricain pour la Justice et l’Égalité (COJEP), fondé par Charles Blé Goudé, ancien ministre sous Laurent Gbagbo, poursuivi lui aussi par la CPI. Dans une déclaration à France 24 le 4 juin dernier, cet ancien ministre de la Jeunesse espérait rentrer dans son pays pour diriger une coalition de mouvements en faveur de son men- tor, Laurent Gbagbo. D’ici le 31 août, date butoir de dépôt des candidatures à la Commission électorale indépendante, on y verr a plus clair.

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