Culture

« Nous avons fait le choix de poursuivre le projet »

Roger Samnig et Haïs Zaiter, membres du groupe X-Maleya.

Les X-Maleya reviennent avec un nouveau single « Belle-mère ». Pourquoi avoir choisi d’aborder ce thème particulier pour votre come-back ?

Haïs : C’est un phénomène courant dans la société, et nous avons voulu le relever de la manière que nous connaissons le mieux, en chanson. Nous avons choisi d’aborder ce sujet du point de vue d’un homme, même si en général dans le couple, le conjoint qui rencontre toujours des problèmes avec la belle-mère, c’est la femme. Mais nous avons choisi de mettre en scène un homme, question d’apporter un côté comique. Ce n’est pas exclu qu’il y ait des cas où les beaux-fils souffrent du harcèlement ou de la haine des belles-mères. L’histoire de cette chanson est tirée d’un fait vécu par un proche à nous dans notre entourage.

Roger : Effectivement, il y a des belles-mères envahissantes. Ces comportements peuvent affecter certaines personnes. La chronologie du clip démontre d’ailleurs comment des a priori, des préjugés, peuvent empiéter sur une relation de couple, avant et pendant le mariage. Les hommes en souffrent, mais ils le font en silence. Les femmes, elles, sont plus expressives. C’est aussi pour interpeller nos mères, et leur dire qu’il faut accepter que son fils ou sa fille a grandi et doit écrire sa propre histoire. Nous restons leurs enfants, mais il faut admettre cette réalité.

« Belle-Mère » annonce-t-il un nouvel album des X-Maleya ?

Roger : « Belle-Mère » annonce en fait la nouvelle configuration du projet X-Maleya. Le 6 octobre prochain, date anniversaire du décès d’Eboa Lotin (Ndlr : 6 octobre 1997), nous allons sortir un single en hommage à cette icône. Ce single va introduire notre nouvel album qui s’appelle « Back To The Root » (Retour à la racine). Nous sommes dans un contexte culturel qui tend à devenir de plus en plus léger, où les jeunes oublient d’où ils viennent, et perdent complètement leurs repères. C’est un contexte où une certaine catégorie de personnes veut qu’on oublie tout très vite. Personne ne peut avancer pourtant s’il ne sait pas d’où il vient. Récemment, nous avons fait une reprise de « Mun’ekwa » des Black Styl et beaucoup de gens nous ont écrit pour dire : « On adore votre chanson ». Mais nous de répondre : « Ce n’est pas notre chanson ».

Haïs : C’était des jeunes parfois de 22 ans qui nous faisaient la remarque. Nous voulons leur dire qu’il y a eu des artistes qui faisaient de très belles choses. C’est pourquoi nous sortons « Back To The Root », où nous interprétons des chansons d’artistes comme les Black Styl, Essoh Essomba, Pierre Didy Tchakounte, Ali Baba, bref tous ces artistes des 10 régions qui nous ont réunis. Avec tout le respect qu’on a pour eux, nos modèles de musique ne peuvent pas être que Michael Jackson ou Bob Marley.

Votre come-back permet de constater que du trio, les X-Maleya, sont désormais un duo. Est-ce la nouvelle configuration dont vous parliez ?

Roger : En effet, de nombreux médias nous ont appelés à ce sujet, mais nous n’avons pas voulu en parler, car les gens veulent uniquement connaître les raisons de la séparation. Or ces raisons soulèvent des détails qui de mon point de vue ne regardent personne. Je ne dirais jamais du mal de Haïs ou de Auguste, parce que les plus beaux moments de ma vie, je les ai passés avec eux. Je ne retiens que ça. Seulement, il faut comprendre que la vie est un processus. Personne ne sait comment le soleil se lèvera demain. Un groupe n’est pas un présent, une propriété. Aujourd’hui un membre est là, mais il peut décider de partir. Je comprends que la séparation des X-Maleya peut choquer, mais ce sont des choses qui arrivent. Décimus était le fondateur des Kassav’, mais il est parti pour revenir des années après. Donc il faut comprendre que ça peut arriver. Nous sommes fiers de cette aventure. Nous l’avons commencée à six, puis à quatre, puis à deux, puis à trois, et nous sommes de nouveau deux. Il faut s’adapter. On avait deux choix : soit on demeurait tristes à nous morfondre sur nous-mêmes, en restant nostalgiques, soit on continuait d’avancer et de créer. Nous avons fait le choix d’aimer le projet X-Maleya et de le poursuivre. Il n’y a pas de groupes camerounais qui aient fait aussi bien en termes de durée et d’efficacité. Evoluer en groupe ce n’est pas facile. On ne peut pas s’attarder sur les critiques. Qui sait ? L’avenir et le temps sont réparateurs.

Haïs : On ne peut pas ignorer le fait que nous sommes face à une nouvelle ère, un nouveau processus. Mais le fait est que X-Maleya, ce sont des bosseurs. Nous allons continuer de travailler, de réfléchir, et voir comment est-ce que nous allons assurer la continuité sur le plan de la direction artistique. Nous allons chercher à nous renouveler, tout en nous exprimant d’une autre façon. C’est du X-Maleya new-look en somme. Nous allons expérimenter beaucoup de choses, ne pas arrêter de nous amuser, mais par-dessus tout, partager cet amour que nous avons pour la musique avec les fans.

Ces derniers temps, on vous retrouve en train d’aborder des thèmes très familiaux. Est-ce là également un nouveau recadrage du projet X-Maleya ?

Roger : La famille est sacrée. Particulièrement ici chez nous, en Afrique, elle est l’essence de l’homme. Si une famille est unie, ses membres se sentent épanouis. Les problèmes des enfants abusés, de jeunes mariés qui sont stressés et sous pression à cause d’une belle-mère, ce sont des choses qui nous interpellent. Nous avons commencé dans la musique en tant qu’adolescents, et tout en grandissant, nous avons observé notre environnement. Nous parlons de choses pas forcément qui nous sont arrivées à nous, mais à des personnes qui nous sont proches. Notre métier d’artiste c’est de décrier et d’apporter notre part à l’évolution de la société.

Haïs : Nous avons grandi, pris de l’âge et gagné en expérience, et cela se reflète tout aussi bien sur les thèmes que nous abordons à présent. Nous voulons vraiment que notre public le comprenne, mais surtout, qu’il évolue avec nous.

Dans ce sens, vous avez abordé justement la question de violences faites aux enfants dans « Ta fille n’est pas ta femme ». Qu’avez-vous ressenti face à l’accueil polémique qu’a eu le clip ?

Roger : Avant, j’aimerais dire pourquoi nous avons parlé de ce thème dans notre chanson. Cette situation nous a beaucoup interpellés, parce qu’une jeune fille de notre quartier a vécu ce problème d’abus et s’est malheureusement suicidée. C’est quand le drame arrive qu’on se rend compte que les nombreuses plaintes de la victime étaient réelles. Nous avons rencontré des filles comme des garçons qui ont souffert de cela. Quelle arme avions-nous pour dénoncer ? Une fois de plus notre musique. Il est vrai que le clip a créé beaucoup de polémique, mais ce n’est pas le plus important. D’ailleurs la polémique ne nous a pas vraiment étonnés, car on s’y attendait, le mal veut toujours comprendre le bien. Je trouve quand même regrettable que des sujets qui touchent autant soient effacés sous le poids des critiques non constructives.

Haïs : C’est quelque chose de mal de s’attaquer à un enfant. Ça le détruit toute sa vie. Pour les garçons, ils peuvent prolonger ce concept de violence à d’autres, parce que psychologiquement ils sont détruits, et deviennent mentalement malades. Et s’ils ne se soignent pas, ils poursuivent le cercle vicieux. Nous voulons stopper cela, mais surtout encourager les enfants victimes d’abus sexuels à dénoncer leurs bourreaux, même si beaucoup sont menacés par leurs familles qui craignent la honte. Il faut qu’ils aient le courage de parler pour que la peur change de camp, et passe du côté de ces adultes coupables d’abus. A ce sujet, nous avons réalisé un court-métrage « Ta fille n'est pas ta femme », qui sortira sous le couvert de notre maison de production de cinéma nouvellement créée « XM Films », dans lequel nous revenons sur ce phénomène regrettable du viol incestueux.

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