Culture

Interview : « J’écris pour guérir et marquer des vies »

Danielle Eyango, écrivaine.

Il y a huit ans, vous sortiez votre premier livre en prose. Pourquoi vous être tournée cette fois vers les vers ?

En réalité, ce n’est pas une nouvelle exploration. Mon histoire avec l’écriture commence par la poésie. Je me souviens, j’étais à l’école Notre-Dame de Bonadibong ici à Douala. J’étais souvent la dernière à partir, et en attendant qu’on vienne me chercher et pour ne pas avoir peur de la nuit qui tombait, j’écrivais de la poésie. Mais que la poésie fasse partie de mes premières amours ne signifie pas que je suis restée les bras croisés ces huit dernières années et que j’ai recyclé d’anciens poèmes. J’ai cherché à faire évoluer mon écriture. Donc pendant cette période entre mes deux livres, je me suis fait beaucoup coacher et je continue à le faire dans mon écriture. Pour corser son écriture et ouvrir son esprit, il faut beaucoup lire, se rapprocher des plumes aguerries et encaisser les critiques. Il faut avoir l’humilité de s’asseoir et d’apprendre. L’écriture est d’abord une vocation, mais c’est aussi un métier. Et un métier, ça s’apprend.

Quelle part de vous retrouve-t-on dans vos ouvrages ?

Chaque écrivain a toujours quelque chose de lui dans ses livres. Il est important de rester sincère. Quand vous êtes ce que vous êtes, vous touchez les autres. S’il y a un jour moins d’émotion dans mes livres, ce ne sera plus la peine d’écrire. J’écris pour guérir et en guérissant, je veux marquer des vies. Mais on ne guérit pas de tous ses maux dans un seul livre. Sinon on sera éparpillé dans son schéma narratif. Tous mes scenarii tournent autour des trahisons familiales ou des drames familiaux. C’est de ce côté que m’emmène ma muse. Ce sont les drames qui font de nous ce qu’on est. Et dans le recueil, la nuit est très présente. Elle personnifie ce côté sombre que chacun a en lui. Pour ce recueil de poésie notamment, j’ai volontairement choisi l’étape de ma vie où j’étais dans la nuit la plus noire. Mais ce n’est pas seulement ce que la nuit représente pour moi. J’aime la nuit parce qu’il y a le calme, le silence. Il me faut du silence pour entendre la voix de ma voie, la voix de ma muse.

Suffit-il d’entendre la voix de sa muse pour publier une œuvre ?

Bien sûr que non. Vous pouvez avoir tout le don du monde, si vous n’êtes pas discipliné, ça ne sert à rien. Il faut une discipline de travail. Il faut s’entrainer à écouter sa muse, à ne pas s’éloigner d’elle. J’ai voulu que les 17 poèmes de ce recueil soient tous illustrés par des artistes peintres camerounais, afin d’évader véritablement le lecteur et d’exciter son imagination. La lecture est ainsi agréable et fluide.

Quels sont les thèmes que vous abordez dans ce recueil ?

On y retrouve l’inceste, les crimes pédophiles, le tribalisme, la célébration des martyrs de notre indépendance, le souvenir des êtres aimés qui nous ont quittés, etc. Ce sont ainsi plusieurs saisons d’une vie qui y sont écrites et illustrées, et tout le monde peut s’y retrouver.

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