Les leçons politiques d’un message

Plus les années passent, et plus le message présidentiel à la nation la veille du Nouvel an prend les allures d’un vade-mecum moral et philosophique, un guide de vie, à l’intention des nombreuses générations de Camerounais qui le suivent avec intérêt. Paul Biya promène une fois encore ce 31 décembre, son regard acéré sur l’actualité, avec la tranquille assurance d’un homme d’Etat que n’ébranlent pas les disruptions et les incongruités de la grande scène du monde, parce qu’il cultive l’art de la distanciation avec les événements et avec le temps. De surcroît, il pratique peu la langue de bois, et la durée exceptionnelle de son magistère, ainsi que son aptitude à gérer les multiples crises, politiques, économiques, sociales, avec un flegme inégalable, lui ont conféré une aura de sage, consulté et écouté, à la prise de parole particulièrement attrayante et propice à l’exégèse. Les analystes peuvent ainsi tirer trois leçons politiques-clé, parmi d’autres, de son discours du 31 décembre.


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La première, et la plus importante, nous semble-t-il, parce qu’elle questionne l’idée de nation, est celle-ci : le projet sécessionniste au Cameroun est un leurre, une grosse supercherie. Ses promoteurs s’étaient présentés en sauveurs, ce n’étaient que de vulgaires assassins. Nous devons rester unis pour y faire échec. Le père de la Nation lance ainsi un énième appel aux brebis égarées, pour revenir dans le droit chemin et intégrer les structures mises en place par l’Etat pour leur réinsertion. Il promet à ceux qui continuent de semer la mort le sort le plus cruel, à la fois pour décourager les jeunes qui seraient tentés par cette aventure ambiguë, et rassurer les populations de cette partie du pays. 


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Comme tout le monde en fait le constat, le Cameroun est cerné de crises extérieures dont on se demande à juste titre si la finalité n’était pas de déséquilibrer ce pays jusque-là sans histoire, que les médias internationaux jugeaient « immobile ». Boko Haram dans l’Extrême-Nord, et les bandes armées aux frontières orientales dansaient leur ballet macabre aux portes du Cameroun depuis peu lorsque les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont été prises d’un violent accès de prurit sécessionniste, qui dégénéra soudain en rébellion armée, sous nos yeux ébahis. Puis le pouvoir de Yaoundé fut exposé aux feux de la critique et des pressions internationales, au motif qu’il refusait « le dialogue inclusif ». Lorsque le président de la République convoque le Grand dialogue national, le 30 septembre 2019, en y invitant à la fois les sécessionnistes et leurs bras armés, c’est un véritable coup de tonnerre.


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Sans être ni populiste, ni complotiste, il est logique, dès lors, de s’interroger : Pourquoi au Grand dialogue organisé, et à la libération des « combattants », les sécessionnistes répondent-ils par une escalade dans la violence aveugle et la surenchère ?


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Et pourquoi les « pays amis » où se sont réfugiés ceux-ci, ne les condamnent, ni ne les expulsent-ils pas, afin qu’ils répondent de leurs forfaits devant la Justice camerounaise ?


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Chacun peut se faire sa petite idée… Mais il paraît évident que, préoccupés par des batailles de leadership, les chefs sécessionnistes ont perdu la main depuis longtemps, abandonnant d’autres Camerounais à la fureur aveugle des milices rivales, qui font main basse sur les biens, les libertés individuelles, les vies, le présent et le futur, qu’ils saccagent à coups d’assassinats. Est-ce cela le rêve sécessionniste ? Mais puisque le pouvoir ne peut pas débouler au-dessus de leurs cachettes et les mitrailler, il reste la force légitime de l’Etat de droit, exercée efficacement par les forces armées et de maintien de l’ordre, mais aussi l’union sacrée contre ces prédateurs.


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La deuxième leçon à retenir, tirée de la crise sanitaire, est tout aussi limpide : Covid-19 : ne dormons pas sur nos lauriers ! Tant d’incertitudes planent encore sur ce minuscule virus qu’il vaut mieux observer une extrême prudence. Ne dit-on pas qu’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ? Le président de la République en profite pour saluer le professionnalisme des personnels soignants, qui a permis de limiter les dégâts sanitaires, et invite les Camerounais à rester vigilants, disciplinés et respectueux des mesures-barrières.


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Du haut de sa stature, il questionne également les origines réelles du naufrage collectif que constitue la pandémie. L’homme a-t-il tenté une fois de plus, une fois de trop, des manipulations et des expérimentations, dans le but de créer des armes nouvelles, qui auraient accouché d’un monstre incontrôlable ? Cette question a le mérite d’être posée par une personnalité de son rang, parce que les hommes et femmes ordinaires qui la posent se voient traiter de « complotistes ». Mais le chef de l’Etat n’a pas l’angélisme de croire qu’une réponse quelconque y sera apportée. Son souci premier est de passer le message de la responsabilité, celle qui consiste à exploiter la nature avec de la modération et un sens certain de l’éthique, par respect pour les générations futures. 


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La dernière leçon est une exhortation : Notre démocratie avance, construisons une économie plus forte ! Après des acquis démocratiques indéniables, estime le président, il est temps de remettre l’économie nationale sur les rails. Dans un optimisme mesuré, il anticipe un rebond de l’économie nationale, durement secouée par la baisse de la demande, les restrictions dans tous les domaines, la mise en berne des échanges commerciaux et les flux de transport. Un tel redécollage est toutefois conditionné par la maîtrise du Covid-19 dans la majeure partie du monde, et la minoration de ses effets collatéraux sur l’activité économique.


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Par ailleurs, la Stratégie nationale de développement (SND), conçue comme la nouvelle boussole du développement pour la prochaine décennie, a tiré les leçons des limites du Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE). Mais elle ne sera pas pleinement féconde sans une profonde remise en question de nos méthodes. On peut faire le constat en effet que les objectifs que lui assigne le chef de l’Etat sont autrement plus élevés : 8% de croissance annuelle du PIB suite à la transformation structurelle de l’économie, une nette amélioration de l’efficacité de la dépense publique…


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Ce nouveau cap pourrait être jugé trop ambitieux, s’il ne sous-entendait pas une petite révolution organisationnelle. Il faudra définitivement tourner le dos à l’Etat bureaucratique et tatillon, arc-bouté sur les procédures et insouciant du résultat ! Ces mentalités devraient désormais relever du passé : il faut considérer qu’il est inadmissible de construire la même route pendant 10 ans, en justifiant cette aberration par le respect des procédures. L’Etat fort, stratège soucieux des résultats, doit prendre le pas de manière définitive sur l’administration-cimetière-de-projets, sclérosante, qui paralyse toute initiative et finit par rendre l’Etat impuissant. 


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Au total, en délivrant son message traditionnel à la fin de cette année 2020 si particulière, qui a mis sur les genoux toutes les économies, le premier Camerounais n’a fait montre d’aucun défaitisme. Il a au contraire rassuré les Camerounais sur sa détermination à garder le pays uni et en paix, loin du règne du pire que certains prédisent, à préserver ses compatriotes des ravages du covid-19, et enfin à relancer l’économie avec des objectifs plus ambitieux, susceptibles d’éradiquer la pauvreté, le sous-emploi, et la fracture sociale.


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