Art performance : cri de femmes

« Point d’achèvement », spectacle de la comédienne et metteur en scène camerounaise Mendela Bediebe, dénonce les tortures physiques et psychologiques.

Au début était le silence. Puis la révolte a succédé au silence. La rage a pris le pas, et la voix s’est élevée pour crier : « Non, non et non ». Mendela Bediebe, comédienne et metteur en scène camerounaise, se lance dans une bataille contre les violences faites aux femmes. Sa pièce : « Point d’achèvement », comme son intitulé l’indique, franchit le seuil de la rupture. Il n’est pas question que d’abus physiques – aspect le plus visible des maltraitances infligées à ce genre. Le plaidoyer est également psychologique, psychique même. Les mots, quand ils se substituent à une lame tranchante, font mal, rabaissent, anéantissent. « Point d’achèvement, c’est la traversée d’un corps et d’un esprit meurtri, détruit et déstructuré par les assauts verbaux, physiques et sexuels, jusqu’au paroxysme, endroit où la force de tout changer et de vivre ses choix et ses envies surgit », défend Mendela Bediebe. 
Les images de ce spectacle de 40 minutes retentissent et forcent à la remise en question. Comprimée entre quatre murs, la comédienne apparaît le corps recouvert d’un tissu blanc et de bandelettes de ruban adhésif, lui conférant ainsi des allures de momie. Le dispositif limite ses mouvements, les contraint à des gestes machinaux. Le personnage, plus exactement la femme sous ce voile tente de s’exprimer. Alors pas à pas, elle se frappe contre le sol, contre ces mêmes murs qui l’emprisonnent. Au loin, le bruit d’une douche dont l’eau s’échappe sans discontinuer se fait de plus en plus fort. L’espoir viendra-t-il de cette « source » ? Comme cette main tendue aux femmes et filles en détresse, l’eau balaie les bandages, libère le visage jusque-là recouvert, délivre la parole. 
Pour seuls moyens de communication, la femme n’émet que des gémissements et des sons d’abord peu audibles, puis amplifiés grâce aux haut-parleurs de la révolution. Elle entreprend de ce pas sa libération de ces chaînes, de ce scotch. Il faut qu’elle se fasse entendre, elle a atteint son « Point d’achèvement ». Qu’a-t-elle de si solennel à laisser éclater au grand jour ? Il suffit de tendre l’oreille, et de prêter à la victime une écoute attentive. Mendela Bediebe revêt la robe de l’avocate d’une catégorie de femmes opprimées par leurs conjoints et leur entourage. Composé pour la 11e édition du festival international de poésie et des arts « Cri de femme » créé en République dominicaine, l’extrait de cinq minutes de cette représentation qu’elle a rendu public sur sa page YouTube le 3 janvier dernier, est une réalisation de Wilfried Nakeu. Ce spectacle permet d’entrevoir la lutte de ces femmes pour plus de considération, en restant optimistes sur sa finalité.  
 

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