Blanchiment de capitaux : les réseaux d’argent sale

Malgré un dispositif de lutte de plus en plus resserré, ce fléau continue d’étendre ses tentacules au Cameroun. Mais les poches résistance sont clairement identifiées.

Le blanchiment de capitaux désigne l’action de faire passer de l’argent ou des biens acquis frauduleusement (via la corruption, le détournement de deniers publics, le trafic de stupéfiants et autres produits interdits, le proxénétisme, la fraude fiscale et douanière, le faux monnayage, la banqueroute frauduleuse, etc.) pour des produits d’une activité normale. Parmi les techniques de blanchiment de capitaux, telles que définies par la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale, il y a la conversion ou le transfert des biens provenant d’un crime ou d’un délit dans le but de dissimuler ou de déguiser l’origine de ces biens; la dissimulation ou le déguisement de la nature, de l’origine, de l’emplacement, de la disposition, du mouvement ou de la propriété de biens provenant d’un crime ou d’un délit. On peut également citer l’acquisition, la détention ou l’utilisation de biens provenant d’un crime ou d’un délit.
Au Cameroun, le phénomène se veut rampant, touchant de nombreux secteurs de l’économie nationale. Selon la toute première évaluation nationale de risques (ENR) de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme menée entre 2018 et 2020, « l’afflux de capitaux nécessaires aux investissements directs et la multiplication des produits financiers constituent, au-delà des apports positifs en terme de croissance économique, des vecteurs potentiels de recyclage des masses financières illicites.» Les ressources provenant de ces actes délictueux sont recyclées dans les domaines tels que l’immobilier, le déplacement de fonds vers des paradis fiscaux, les transferts de fonds dans les comptes bancaires à l’étranger, l’achat de biens de valeur. Les prises de participations dans le capital des grandes sociétés, les investissements dans les domaines industriel et agropastoral sont d’autres moyens de blanchir les capitaux. Par ailleurs, la faible inclusion financière (moins de 20%) et l’utilisation généralisée et quasi illimitée des espèces dans les transactions facilitent le fléau.
Conscients de cette situation, les pouvoirs publics ont pris une série de mesures pour lutter contre le blanchiment de capitaux et parallèlement, le financement du terrorisme. C’est dans cette optique que plusieurs institutions ont vu le jour. L’Agence nationale d’investigations financières (ANIF), créée en 2005, est chargée de recevoir les déclarations d’opérations suspectes émanant des professions assujetties (banques, établissements de microfinance, assurances, commerces de matériaux de construction, notaires, avocats, etc.), de les analyser et de transmettre des rapports d’investigation aux juridictions et autres autorités compétentes. Il y a également la Commission nationale anticorruption (2006), dont la mission est de mettre en place, suivre et évaluer le plan gouvernemental de lutte contre la corruption ; le Tribunal criminel spécial (2011) avec pour mission de connaître les cas de détournements de deniers de montants supérieurs à 50 millions de F.
Mais cet arsenal dissuasif ne semble pas vraiment entamer la témérité des blanchisseurs, puisque certaines activités continuent de les attirer, selon des modes opératoires plus ou moins spécifiques. La bataille est donc de longue haleine. 
 

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