« La paix est une quête permanente »

Laurent Mbassi, analyste politique.

Après six années de guerre, un gouvernement d’union nationale a été mis en place au Soudan du Sud en mars 2020. Quel regard jetez-vous sur la cohabitation entre le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar ? 
Celui d’un relatif optimisme. Il serait prématuré au stade actuel de l’évolution de la situation de porter un jugement de valeur à résonnance définitive tant cette région du continent globalement saisie (le voisin du nord, la Centrafrique... etc.) est sporadiquement en proie à des remous socio-politiques qui relèvent à la fois de facteurs historiques, c’est-à-dire lointains et de stratégies du moment. Il convient de noter ici qu’au-delà des deux figures que vous évoquez, la crise du Soudan du Sud se cristallise sur deux facteurs majeurs : l’équilibre politique entre des factions ethniques, d’une part et le partage des réserves du sous-sol, d’autre part. Ce pays est un laboratoire édifiant des mirages de la division comme mode de vécu national. Les accords antérieurs ayant été dénoncés, notamment par le groupe de Riek Machar, l’on devrait s’attendre à ce que le plus récent s’inscrive dans la durée et dans l’intérêt du peuple. L’exigence de la paix étant une quête permanente, au-dessus des complexes régionaux et des ambitions personnelles.          
Certes, la majorité des armes se sont tues à travers le pays, mais les réformes acceptées de tous tardent à prendre corps. A quel niveau se situe le blocage ?
L’essentiel des reformes auxquelles vous faites allusion tiennent à la constitution d’une armée de fusion intégrant les entités rebelles, d’une révision de la législation électorale et du rapport de force entre les différents blocs institutionnels (présidence, parlement, justice) et en surplomb, d’une répartition équitable des recettes de l’État et des positions publiques entre les deux principales formations politiques locales. Soulignons à ce sujet que tout processus de réformes implique un déplacement de frontières mentales et entraîne non pas nécessairement des blocages, mais un apprentissage du nouveau dispositif et un encadrement légal de celui-ci. Le nouvel État se mettra en place progressivement. Le temps a vocation à défaire ce qui se fait sans lui.  
Comment sortir définitivement du climat de méfiance actuelle entre les frères ennemis d’hier et se mettre résolument sur le chantier de la reconstruction ?
Il n’existe pas de panacée en la matière. Les sorties de crises en contexte belligène, indépendamment d’une ou de plusieurs spécificités du lieu, reposent sur le sens de l’équité politique et sociale autant que de la lucidité ou la conscience éthique des leaders. Une sortie de crise est prioritairement d’impulsion et d’objectivité internes avant l’apport éventuel des partenaires extérieurs. Les États africains gagneraient à s’y accommoder. Il y va de la pertinence et de la crédibilité de notre démarche sur la scène internationale.  
 

Reactions

Comments

    List is empty.

Lead a Comment

Same category