Interview: « Nous avons interdit tout contact avec le monde extérieur »

Père Joseph Désiré Essama Awono, président du comité de gestion du centre d’accueil Béthanie-Viacam.

Quelles sont les dispositions prises à Béthanie-Viacam pour protéger les personnes âgées de la pandémie du Covid-19 ?

Béthanie Viacam est un centre pour les personnes abandonnées du troisième âge au Cameroun. Le contexte sanitaire actuel fait que nous nous isolions du reste de la société parce qu’il s’agit de personnes très fragiles exposées à cette pandémie. Nous avons interdit tout contact avec le monde extérieur. Nous respectons aussi les mesures édictées par le gouvernement : distanciation, port de masque, lavage des mains entre autres. Nous avons aussi recommandé des boissons chaudes pour les protéger.

Depuis quelques mois, le Cameroun vit une forte recrudescence de la maladie. Avez-vous revu votre dispositif ?

Il y a eu renforcement des mesures. Il arrive que le personnel de maison fasse des courses à l’extérieur. Nous leur demandons de faire attention, de garder les distances nécessaires, de garder les masques et se laver totalement avant d’entrer en contact avec les personnes âgées. C’est un peu difficile parce que nous sommes limités. Le plus naturel pour nous, c’est cet isolement des personnes âgées qui sont pour la plupart, grabataires. Si une seule personne est contaminée, ce sera catastrophique pour tout le reste. Au départ, nous avons exigé que toute personne ayant accès au centre présente un test négatif du Covid-19. Nous avons accueilli quelques étudiants venus en stage de gériatrie ou pour avoir une expérience de la vie dans ce type de centre d’accueil.

La protection implique aussi de se couper socialement. Comment comblez-vous le vide créé autour de ces personnes souvent abandonnées ?

La triste réalité que nous impose le Covid-19, c’est de se couper davantage du monde. En temps normal, ils ne sont pas déjà très visités. Il est donc très difficile de combler ce vide. Heureusement, nous avons récemment reçu un don en poste de télévision qui permet à ceux qui pourront se rendre à la salle commune, de regarder des images et avoir ainsi une activité. Pour la plupart, nous avons des émissions sur Radio Maria avec des prières, des messes, de la musique religieuse et autres actualités. Les plus forts s’occupent avec des disputes. Au point où je suis obligé d’intervenir régulièrement. Surtout que les caractères sont très différents. Nous fonctionnons avec les moyens de bord. Juste quatre personnels volontaires et pas encore de personnel de santé dédié. Toutefois, il est arrivé que des amis médecins fassent un check-up des pensionnaires, établissent des ordonnances et que nous prenions le relais pour acheter le nécessaire. Nous avons toujours un cercueil en réserve, sachant que l’un d’entre eux peut partir à tout moment. Et que la famille ne vient pas toujours systématiquement chercher le corps. Nous inhumons dès lors au cimetière de Soa, non loin du centre.

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