Tous ensemble contre l’austérité

C’était la grande interrogation de la fin d’année 2016. Disons même carrément la grande incertitude, quand rumeurs de dévaluation du franc CFA et sommet extraordinaire des chefs d’Etat d’Afrique centrale se succédaient dans l’espace public, créant dans l’opinion une espèce de psychose à peine voilée.  « A quelle sauce serions-nous donc mangés ? », semblaient alors se demander les Camerounais, pour qui le souvenir douloureux des années 80-90 a laissé un traumatisme encore bien vivace.
Samedi soir, face à ses compatriotes, le président de la République a apporté une réponse sincère et relativement rassurante : « Le peuple camerounais qui commence à percevoir le bénéfice des sacrifices qu’il a consentis pendant des années, ne veut pas revenir à l’austérité. Je suis en accord avec lui. » La phrase de Paul Biya est une vraie source de soulagement. Après le sommet extraordinaire des chefs de l’Etat, qu’il a lui-même convoqué il y a une dizaine de jours à Yaoundé, le président de la République, a, comme tous ses pairs, ramené le discours aux réalités locales. Car il a bien été dit que les mesures d’ajustement préconisées le 23 décembre au palais de l’Unité devaient connaître des applications différentes selon les situations particulières de chaque pays de la sous-région.
Samedi donc, Paul Biya a clairement dit à ses compatriotes qu’il entendait leurs inquiétudes. Qu’elles étaient amplement justifiées après tant d’efforts, tant de privations. Le chef de l’Etat a souligné qu’il partageait largement le refus d’un retour à l’austérité, au moment où tout le monde s’attend à profiter des fruits de ces années de sacrifices. Car, s’il est urgent de réagir pour sauver et relancer la fragile croissance de la sous-région, le Cameroun qui dispose d’une structure économique beaucoup plus diversifiée que ses voisins, a subi avec moins de dégâts, les effets des chocs qui menacent d’ébranler les efforts de croissance des pays de la zone CEMAC. C’est cette fameuse résilience saluée depuis deux ans par le chef de l’Etat et même les partenaires financiers internationaux, qui lui permet d’envisager la suite avec une relative sérénité.
Que faut-il donc faire aujourd’hui pour consolider ces acquis et poursuivre la dynamique de croissance en marche malgré la morosité ambiante ? Réponse de Paul Biya : « mettre la main à la pâte dans un parfait engagement patriotique » ! La résilience quasi-héroïque affichée par l’économie camerounaise au cours des dernières années, cache malheureusement encore des pratiques malsaines, susceptibles de ruiner sa belle endurance du jour au lendemain. L’inertie et la corruption sont de celles-là, que le chef de l’Etat n’a de cesse de fustiger. Il n’a pas manqué l’occasion de le redire samedi dernier : « diverses manœuvres de résistance et d’inertie freinent nos avancées. Il faudra lever ces obstacles pour générer un environnement des affaires sain et attractif… » Face à la conjoncture, il importe donc de redoubler de discipline budgétaire et financière. Et c’est bel et bien l’Etat qui doit montrer la voie, en augmentant ses recettes, et surtout réduisant son train de vie. Ces dernières années, l’on a bien observé le retour des vieux démons du gaspillage. A titre d’exemple, achats ostentatoires et dispendieux de véhicules administratifs, séminaires aux objets flous et autres frais de missions sans grande pertinence se sont multipliés et imposés comme des dépenses prioritaires, malgré une volonté affichée de les ramener au strict nécessaire.  Le message du chef de l’Etat est clair : si les dépenses désordonnées et non justifiées ont de tout temps été condamnées et combattues, ce moment est encore beaucoup moins propice à ce type d’égarements. L’économie nationale marche sur la corde raide et il est « de la responsabilité de la puissance publique » d’assainir l’environnement, améliorer la gestion de l’Etat pour susciter la création de richesses. Notamment en rassurant les partenaires incontournables du secteur privé.
Eviter l’austérité, c’est aussi développer concrètement et résolument les niches pertinentes de croissance que sont les secteurs aujourd’hui hautement stratégiques. Paul Biya insiste cette fois encore sur le formidable potentiel de l’économie numérique, sur le défi de l’industrialisation et sur le développement agricole. Le chef de l’Etat rappelle aussi qu’il est plus que temps que le Cameroun transforme son indéniable potentiel en « réalité gagnante ». De toute façon, l’appel est lancé à tous et chacun des fils et filles de ce pays. D’accord, nous ne voulons pas vivre une autre période d’austérité. Mais il ne suffit pas de le dire. Le point positif, c’est que nous savons tous ce que nous devons faire pour ne pas avoir à serrer la ceinture jusqu’à la limite de l’étouffement.

 

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