Biblio : entre le visible et l’invisible

« La fille de Chibok… » Une poignante histoire, mêlant habilement le fantastique à l’actualité, est servie aux lecteurs par un auteur inattendu…Joseph Pierre Abah, médecin et militaire.


On est souvent un peu surpris de voir un soldat écrire, plus encore un médecin-militaire ! Pour Joseph Pierre Abah, médecin et militaire, la faute, celle qui le pousse à la production littéraire, revient à ces deux métiers. L’écriture, pour cet auteur, se révèle être une « tentative » de s’évader de la rigidité de l’armée et l’austérité de la médecine, qui, l’une et l’autre, l’avaient enfermé…sans raison aucune. La caserne et l’hôpital sont de si fortes sources d’inspiration qu’ils viennent de favoriser une nouvelle tentative d’évasion. « La fille de Chibok et le royaume maudit », paru aux Editions Jets d’Encre, en février 2021, est un roman abouti qui se lit avec patience et délectation.
L’histoire plonge le lecteur en plein dans le royaume de Bouatou. Ici, les héritiers mâles de la famille royale meurent jeunes et souvent violemment. Fatalité et malchance sont alors fortement évoquées par les uns et les autres, pour expliquer l’étrange phénomène. Pour la reine Tchouala, il s’agit d’une malédiction dont elle compte bien sauver son fils, quitte à piétiner les traditions et bouleverser l’ordre établi. C’est sur cette toile de fond que se tricote une intrigue mêlant habilement fantastique, philosophie et actualité. Qui ne se souvient de ces filles de Chibok enlevées par la secte obscurantiste du Boko-Haram ? Qui ne se souvient de ce vaste mouvement planétaire lancé spontanément sous le slogan : « Bring Back Our Girls » ? Cette actualité cuisante a eu un effet inspirateur sur Joseph Pierre Abah qui propose alors une saga historique prenante, portée par des personnages charismatiques : Noussi et son fils Siteu, les innocents jumeaux Kamni et Kenne, Divine et la reine Tchouala…. Une histoire originale et captivante.
« La fille de Chibok et le royaume maudit », divisé en trois parties avec un prologue et un glossaire, de lecture facile et entraînante sur ses 397 pages, semble être une réelle quête de vérité sur des thèmes aussi divers que sont la rivalité, la sorcellerie, l’amour, l’amitié…Pourquoi ne même pas attirer l’attention du lecteur sur des rencontres grisantes avec les cruelles péripéties qu’engendrent des fléaux humains, tels la pauvreté, le trafic des êtres humains, le racisme. Bref, même si l’auteur s’en défend, « La fille de Chibok et le royaume maudit » est une subtile invitation, écrite en français facile, suffisamment métaphorique, à la découverte de la culture traditionnelle africaine et camerounaise. Un chef-d’œuvre, un abîme de connaissances.
 

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