Burkina Faso : François Compaoré sera extradé

Le Conseil d’Etat français a entériné vendredi le transfert vers Ouagadougou du frère de l’ancien président, Blaise Compaoré, suspecté d’avoir commandité l’assassinat du journaliste Norbert Zongo en 1998.

La plus haute juridiction française a rendu vendredi son verdict dans l’affaire François Compaoré. Le Conseil d’Etat a décidé de l’extradition vers le Burkina Faso du frère cadet de l’ancien président, Blaise Compaoré, poursuivi pour « incitation à assassinat » du journaliste d’investigation Norbert Zongo. Ce dernier avait été tué le 13 décembre 1998 en compagnie de trois de ses compagnons, Blaise Ilboudo, Ablassé Nikiéma et Ernest Zongo. Les dépouilles des victimes avaient été retrouvées calcinées dans le sud du pays. Leur disparition avait provoqué une vague d’indignation au-delà du « Pays des hommes intègres ». Même si dans le camp de l’accusé l’on redoute des traitements inhumains contre le désormais extradé, l’on se veut rassurant tout de même en indiquant que ce dernier est disposé à affronter la justice de son pays. « Celui-ci prend acte ; il est prêt à faire face, dans la dignité, l’honneur et avec responsabilité, à la justice burkinabè », soulignent ses avocats. Mais, ces derniers affirment avoir d’ores et déjà saisi la Cour européenne des droits de l’Homme afin qu’elle fasse échec à l’extradition annoncée. « Elle est la seule juridiction qui pourra statuer avec une vraie et juste distance dans ce dossier. En France, il y a une pression politique sur la justice dans cette affaire. La preuve, c’est la réponse faite par Emmanuel Macron lorsqu’il avait dit aux étudiants burkinabés [le 28 novembre 2017 à l’université de Ouagadougou] qu’il allait leur livrer François Compaoré », a indiqué Me Pierre-Olivier Sur, conseil de François Compaoré.
Interpellé en octobre 2017 à l’aéroport de Roissy en France en exécution d’un mandat d’arrêt émis par le Burkina Faso, François Compaoré avait saisi le Conseil d’Etat pour demander l’annulation « pour excès de pouvoir » d’un décret, datant du 21 février 2020 et accordant son extradition aux autorités judiciaires du Burkina Faso. Malheureusement, le Conseil d’Etat a rejeté cette demande au motif que « M. Compaoré n’est pas fondé à soutenir que son extradition aurait été demandée dans un but politique et que le risque d’être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en raison des conditions de détention dans les prisons burkinabés et de sa condition personnelle » pouvait être écarté en raison de certaines dispositions légales françaises et des engagements internationaux de l’Hexagone. 
Dans la famille du journaliste assassiné, l’on garde espoir que François Compaoré fera face à la justice du Burkina Faso où ce dossier a été classé en 2006 après un « non-lieu » en faveur du frère cadet de l’ancien chef de l’Etat. « D’appel en appel, François Compaoré utilise tous les recours, mais je sais qu’un jour il se retrouvera devant un juge burkinabé, comme n’importe quel citoyen, et qu’il devra rendre des comptes », lance Robert Zongo, frère du défunt. 
 

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