Conférence : la littérature africaine selon Calixthe Beyala

Le 6 août dernier à Yaoundé, la romancière camerounaise a animé des échanges nourris autour de la pensée et des lettres du continent.

Deux heures d’échanges avec la romancière, Calixthe Beyala, autour des perspectives de la littérature en Afrique subsaharienne. C’est le menu proposé le 6 août dernier à Yaoundé, au siège des Editions Flore Zoa sis à la Nouvelle Route Omnisports, aux férus des lettres africaines par l’Association « CENE Littéraire ». D’entrée de jeu, l’écrivaine de renommée internationale a souligné l’un des rôles fondamentaux de la littérature, qui n’est pas là pour améliorer le cadre de vie, mais pour faire réfléchir. « Nous ne sommes pas là pour impacter l’industrie. Nous sommes là pour que les êtres humains réfléchissent mieux à leur humanité, à ce qui est bon pour eux, et à ce qu’ils peuvent faire et à se projeter vers un meilleur futur. Et ainsi, nous les poussons à améliorer finalement leurs conditions de vie par la réflexion, par la pensée », clame-t-elle. 
Pour Calixthe Beyala, cette conférence littéraire à laquelle elle prête sa science des mots, est une motivation afin de booster la jeunesse à se réapproprier la littérature faite et nourrie par les écrivains de son continent. Car avec leur plume, ces hommes et femmes ont le don de traverser les époques. « Un enfant qui est capable de parcourir un livre pendant une heure, même s’il ne va pas à l’école, cela lui donne un cran d’avance dans la réussite de sa vie. Tout ce qui est visible dans le monde a déjà été écrit par les écrivains autrefois. C’est pourquoi on ne doit pas négliger le livre, car les écrivains ont une capacité de voyager dans le temps. Mongo Beti par exemple lorsqu’il écrivait le livre sur la France-Afrique, ne savait pas que ses revendications prendraient une telle ampleur. Pourtant, il l’a écrit cela il y a 40 ans et c’est seulement aujourd’hui que ce travail trouve des résonnances. C’est ça un écrivain », a ajouté Calixthe Beyala.
La romancière a également abordé les défis de l’univers littéraire face à la modernisation. Certains auteurs sont paralysés par l’arrivée d’Internet, de Facebook et autres réseaux sociaux. Mais pour la célèbre écrivaine, pas de quoi se sentir frustrés : « La littérature est et demeurera. » Son argumentaire, elle l’appuie sur des chiffres. « Les personnes qui aiment lire représentent à peine 3% de la population dans tous les pays du monde. Il faut continuer à écrire, pour ces 3% de la population qui vont ensuite impacter le destin des autres », a conseillé Calixthe Beyala. Elle a également insisté sur la plus-value qu’obtiendrait l’Etat en s’impliquant dans le secteur littéraire. « Nous sommes des ambassadeurs du Cameroun. Le pays a intérêt à investir dans des maisons d’écrivains, dans des bourses de nos jeunes auteurs », suggère-t-elle. 
La conférence littéraire animée par le modérateur Christian Wangue était également agrémentée par des intermèdes poétiques de l’artiste Marah Slamera. Calixthe Beyala est l’auteure de 19 romans parus pour la plupart chez Albin Michel (France). Détentrice de plusieurs prix littéraires dont le Grand Prix du Roman de l’Académie française, elle est chevalier de la Légion d’honneur française et commandeur de l’Ordre de la valeur camerounais. 
 

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