« La femme du fossoyeur » : l’Etalon crève-cœur

Le film somalien vainqueur du trophée le plus convoité du Fespaco, est une aventure déchirante, un reflet saisissant de la société et des effets du véritable amour.

Un film pour les laissés-pour-compte, un film pour les sans-voix. « La femme du fossoyeur », Etalon d’or de Yennenga de ce 27e Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) est un vibrant hommage aux populations vivant avec les chaînes d’une vie de souffrance et d’errance. Une existence se construisant au jour le jour, sans espoir d’un lendemain meilleur. Et quand la maladie survient dans le quotidien de cette famille qui tire chaque jour le diable par la queue, le moindre instant devient une course contre la montre. 
Guled est fossoyeur. Il vit grâce à la mort des autres. Sa pelle, comme un prolongement de sa personnalité, il la trimballe dans les rues, les artères, les marchés. Bref partout où elle peut être utile, quand il ne trouve pas une tombe à creuser. Sa femme Nasra est malade. Si malade qu’il n’y a qu’une opération de 5000 dollars (près de 3 millions de F) pour la tirer d’affaire. Comment trouver une pareille somme quand la survie s’aiguise une pièce après l’autre ? Toute la sensibilité de ce long-métrage réside dans ce pari. Pendant 82 minutes, le réalisateur somalien Khadar Ahmed conte un récit dur, insoutenable, qu’il réussit à recouvrir contre toute attente, d’un voile d’espoir. Espoir emporté par les liens d’amour, de loyauté et de fidélité indestructibles unissant Guled et Nasra malgré la profondeur de leur misère. Pour savourer leur idylle, ils ont fait face à leurs familles et récolté leur haine. Qu’importe, tant qu’ils peuvent compter l’un sur l’autre… 
En même temps qu’il livre une histoire d’amour à faire rêver plus d’un, « La femme du fossoyeur » se révèle un plaidoyer social en faveur de l’amélioration des politiques de soins et de leurs coûts dans les hôpitaux d’Afrique. Sans assurance santé, le pauvre n’a qu’à aller attendre la mort, bien tranquille sur son lit de fortune. Une détresse loin d’être vécue uniquement par les populations somaliennes. La beauté de « La femme du fossoyeur » se niche également dans ces petites parcelles de bonheur qui jaillissent face au désespoir. De l’humour, le réalisateur somalien en injecte dans quelques séquences, car il veut garder allumée une flamme d’optimisme. Cette joie de vivre au-delà de toutes les souffrances.
 

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