Afrique – Etats-Unis : une opportunité, si…

Quelques jours après l’épilogue du sommet Afrique-Etats-Unis dans la capitale fédérale américaine, les chroniqueurs et les éditorialistes esquissent les bilans. Les Camerounais ne sont pas en reste : quel bilan pour Paul Biya et le Cameroun ? Ici, un constat s’impose : le président de la République, qu’accompagnait son épouse, Chantal Biya, a pris une part très active au sommet, où il aura laissé une empreinte et un souvenir remarquables. En assistant aux diverses articulations du programme plutôt chargé, en se prêtant volontiers aux sollicitations des organisateurs (qui tenaient à consigner la vision du sage de l’Afrique qu’il est sur des thématiques majeures de la conférence), mais aussi à celles de certains de ses pairs africains en quête de conseils ou d’écoute. De son côté, la première dame du Cameroun a honoré de sa présence attentive les sessions de travail et d’information organisées pour les conjoints sur des sujets ayant une résonnance certaine avec ses combats quotidiens au Cameroun. Une participation incontestablement réussie donc. 
Mais ce que le public camerounais retient par-delà les cérémonies officielles et protocolaires, ce sont d’abord les prises de parole présidentielles sur la finance et sur la coopération commerciale et spatiale avec les Etats-Unis d’Amérique. Largement médiatisé, ce discours saisissant a plu et suscité moult commentaires. Parce que le président de la République est resté égal à lui-même. C’est le Paul Biya que le Cameroun et l’Afrique aiment voir : vrai, abordant avec assurance et sans pédanterie les sujets qui tournent autour du développement de l’Afrique, une cause à laquelle il a voué sa propre vie. Dans les nombreuses réactions à sa prise de parole, certains pour se faire remarquer prennent ostensiblement les positions contraires, en particulier sur le marché africain de capitaux pour lequel plaide le chef de l’Etat. 
C’est là qu’on réalise que les réseaux sociaux sont souvent un cache-misère, l’empire du bruit et de l’image, qui attire comme un aimant tous ceux qui sont fascinés par l’exposition publique. De fait, ces savants virtuels n’ont pas compris que Paul Biya ne prétend pas délivrer une parole d’évangile, mais une vision. Il s’exprime comme un visionnaire, qui a rêvé d’une autre Afrique, libre et forte ; il donne son point de vue, éclairé par sa longue expérience. Il parle comme un familier de la vie et de la politique, qui a acquis l’autorité d’un maître-à-penser, lorsqu’il déclare que l’Afrique doit créer les moyens de son émancipation économique, si elle ne veut pas continuer à mettre en gage toutes les richesses de son sol et de son sous-sol. Sans aucune certitude de se développer, même à ce prix. 
Certains autres « penseurs » se sont gaussés des quatre minutes de l’intervention, parce que dans une totale ignorance des modalités d’organisation de ce type de conférences de très haut niveau, avec des dizaines de délégations nationales, auxquelles se joignent des experts. Toute prise de parole y est calibrée. Car imaginons que 20 des 49 délégations africaines se retrouvent dans un panel. Si la prise de parole d’une seule dure 20 minutes, comment gère-t-on le temps, qui n’est pas élastique, sauf en Afrique ? Dieu merci, la plupart de ceux qui ont suivi attentivement le message de Paul Biya ont compris l’essentiel, et la question lancinante qu’il pose aux Africains : de quels vœux caresser l’avenir, notre avenir, si ce sont d’autres qui l’inventent ? 
Et que retenir du sommet en lui-même ? Ce second rassemblement, huit ans après celui initié par l’ancien président américain, Barack Obama, aurait pu s’inscrire dans la routine d’une diplomatie ronronnante, que personne n’y aurait trouvé à redire. N’est-ce pas, après tout, le destin de ces fora intercontinentaux dont la participation hétéroclite impose un agenda de convenance ? Et pourtant, d’aucuns croient y déceler les marques d’une rupture, voire d’un renouveau. Le temps nous dira s’ils avaient raison. 
Toujours est-il qu’il n’est pas besoin d’être un spécialiste des relations internationales pour capter ces signaux épars. En premier lieu, l’aptitude, la capacité nouvelle d’écoute de l’Amérique ! En règle générale, les leaders africains subissent dans ces grands-messes diplomatiques de rudes leçons de gouvernance, de démocratie, voire d’économie ; sur le respect des droits de l’Homme ; sur le trop d’Etat susceptible de gêner un secteur privé consacré moteur de l’économie et créateur de richesses ; sur la supposée marginalisation de la société civile et des associations, que nos partenaires n’ont de cesse de récompenser par de nombreux prix, les unes après les autres, pour leur « résistance » aux régimes « autoritaires » de leur propre pays !
Pour une fois, ô surprise, des chefs d’Etat africains ont été invités à exprimer leur opinion sur les sujets brûlants de l’heure, inscrits dans l’agenda et mis en discussion lors de l...

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