« La réplique locale est bien implantée »

Jean Maurice Noah, musicologue.

Après une longue période de grande extraversion, on assiste à la montée en puissance d’un nouveau type de musique urbaine portée par des jeunes et mettant en valeur les rythmes authentiques du terroir. Qu’est ce qui explique ce retour aux sources plutôt heureux ?
Effectivement, après une longue période où le Cameroun était un télé-protectorat musical étranger, avec des scènes, des plateaux et des platines sous mandat et sous tutelle, on assiste aujourd’hui à un processus réactionnaire de décolonisation de l’espace musical national. Un retour aux sources, fruit de la révolte des jeunes qui, par une créativité débordante, puisent dans le patrimoine culturel national à la fois vestimentaire et musical, intègrent la lutherie numérique et digitale et produisent de la musique authentiquement camerounaise. Dans le fond et la forme, cette véritable lutte de libération musicale nationale a été initiée par la déferlante du « Mbolé » issue du mbala du patrimoine Batanga de l’Océan, popularisé par Petit Malo, Happy d’Efoulan, les Kan Kan Boys etc. Puis, le Kpaloum des Bamoun propulsé par Fadil le Sorcier, Amina Rasta, Gerry Land, Assatou la star. L’assiko bassa revue et corrigé par le Ridimz de Phil Bill, le bendskin et le mangambeu remis au goût du jour par Kris M, le balafon « Mendjang » par Blacky Star, Armel Diamant et le bantu Jazz etc. Cette soif de la musique typique identitaire n’est pas nouvelle. Dans les années soixante par exemple, le makossa et le bikutsi se sont constitués en réaction contre l’impérialisme musical congolais et euro-américain. L’intéressant ici est que ça marche très fort, la réplique locale est la bien implantée. 

Ce courant vous semble-t-il suffisamment fort pour préserver, pérenniser et même exporter le patrimoine musical national ? 
Ce mouvement est assez fort parce qu’il est mené par des jeunes dont la moyenne d’âge est de 25 ans. Ils sont bien enracinés dans leurs cultures patrimoniales et maîtrisent le numérique et la rationalité du Show-bizz. Il faut également signaler que le retour aux sources concerne d’autres aspects de la culture nationale comme les habitudes vestimentaires et alimentaires. Je pense à l’odyssée nationale du tissu Ndop, les plats comme le Eru et le Ta...

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