« Les enjeux vont au-delà de l’Afrique »

Dr Simon Pierre Omgba Mbida, ministre plénipotentiaire et internationaliste.

L’armée est aux commandes au Niger après le renversement du président Mohamed Bazoum le 26 juillet dernier. Comment en est-on arrivé là ?
Les militaires nigériens reprochent au président démocratiquement élu, Mohamed Bazoum, la mauvaise gestion sécuritaire, économique et sociale de son régime socialiste au pouvoir à Niamey depuis quelques années. Au plan sécuritaire, les putschistes ont énuméré les nombreuses et meurtrières attaques des terroristes contre des unités de l’armée nigérienne et des populations civiles. Ils ont décrié la libération de certains chefs terroristes par le président Mohamed Bazoum tout en dénonçant certains propos tenus par ces derniers qui sont de nature à saper le moral des troupes. Il faut souligner que ces libérations de terroristes  sont le résultat de la politique de « dialogue » voulue par le président Mohamed Bazoum et qui n’a visiblement pas plu aux militaires nigériens. Au surplus, les putschistes dénoncent, entre autres, le refus du président Bazoum de coopérer militairement avec le Mali et le Burkina Faso, alors que les groupes armés évoluent entre les trois Etats, sans oublier le soutien accordé aux milices dans le seul but de défendre les intérêts propres donc privés des gens au pouvoir. Au plan de la gestion économique et sociale, le nouvel homme fort, le général Abdourahamane Tchiani, a évoqué les détournements des deniers publics, l’impunité et l’incapacité du régime déchu à garantir un bien-être aux populations. Il faut cependant avouer que tous ces griefs étaient déjà bien connus des nigériens. Ainsi donc, pour un observateur averti, tout ça n’est pas nouveau et ce n’est pas ceux qui arrivent au pouvoir par la force cette fois-ci encore qui vont pouvoir changer quelque chose à la situation malgré tous leurs discours enflammés déjà entendus plusieurs fois par le passé comme une ritournelle avec toujours les mêmes revendications de changer les choses en faveur du pauvre peuple innocent, manipulé et pris en otage par la corporation des militaires pouvoiristes. Ce scénario rappelle les épisodes précédents de coup d’État au Niger, notamment en 1999 et 2010, où une unité des forces armées prend le pouvoir pour ensuite se faire rallier par le reste des forces de défense et de sécurité, au nom de la nécessité d’éviter la confrontation entre frères d’armes. Malgré ce phénomène classique, on est en droit de penser qu’il y’a néanmoins une dynamique nouvelle avec ces bouleversements politiques à répétition dans la région à cause des enjeux nouveaux sur le continent au plan économique.

Chose curieuse, ce coup d’Etat a la particularité de mobiliser un nombre important d’acteurs, à la différence d’autres perpétrés au cours des trois dernières années dans cette sous-région. Quels en sont les enjeux et que cache cette crise ? 
On doit analyser les enjeux de la crise globale dans le Sahel du point de vue des intérêts des Africains et ne pas s’égarer dans d’autres considérations qui pourraient nous éloigner des objectifs de développement économiques harmonieux et véritable poursuivis par nos Etats. L’enjeu ici est l’industrialisation de l’Afrique et la transformation complète des économies africaines à partir de l’exploitation judicieuse de nos propres ressources naturelles, dont les nombreux minerais âprement recherchés par les puissances occidentales comme asiatiques d’ailleurs, avec des partenaires librement choisis par les Africains eux-mêmes pour un partenariat gagnant-gagnant et bénéfique pour toutes les parties. Il s’agit donc pour nos pays qui regorgent d’importantes ressources minières d’être les maitres de leur sol et de leur sous-sol en se débarrassant de tous les oripeaux du passé colonial pour être enfin libre de leur destin et de leur avenir. Il faut savoir que depuis quelques années l’Union africaine a adopté un certains nombres de mesures salutaires pour le développement du continent dont nombre d’africains ne mesurent toujours pas l’importance, à savoir le Code minier africain adopté en 2009 et l’Agenda 2063 adopté en 2015 qui comporte des projets phares tels que la Zone de libre échange continentale africaine (ZLECAF), la taxe de 0,02 % sur les importations éligibles hors Afrique pour le financement des programmes et projets de l’UA adoptée en 2016. Tout cela n’a pas plu à nos amis occidentaux qui ont manœuvré depuis lors par moult stratégies pour casser cette dynamique afin de poursuivre allègrement l’exploitation de nos ressources à notre détriment. C’est pourquoi les enjeux de cette crise au Niger sont multiformes et vont au-delà de l’Afrique de l’Ouest, au-delà du continent tout entier pour aller bousculer de nombreuses puissances occidentales en les poussant dans leur dernier retranchement comme on peut l’observer aujourd’hui avec la France qui pou...

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