Guillaume Wamal: « Nous sensibilisons sur la nécessité de mutualiser nos capacités"

Ingénieur de génie civil, président de l'Association nationale des entreprises de l'entretien routier, bâtiment et travaux publics du Cameroun (ANEER-BTP)

Quelle place occupent les entreprises nationales dans le marché du BTP au Cameroun ?
Il est de notoriété universelle que le secteur privé et plus particulièrement les PME constituent le moteur de la croissance économique. L’importance du secteur du BTP comme levier de croissance n’a pas échappé à l’Etat, qui l’a bien formulée  dans les deux documents majeurs de programmation de l’économie nationale « Cameroun Vision 2035 » et le DSCE. Les trajectoires des pays qui ont connu un développement remarquable de par le monde sont là pour en témoigner, la croissance économique et sociale soutenue a pour corollaire la mobilisation et l’encadrement de capacités nationales, la promotion d’un secteur privé fort et surtout le développement d’un tissu de PME saines et prospères.
De toute évidence, la réalisation des projets structurants aurait un impact limité sur l’économie et sur la croissance si les entreprises privées nationales n’y étaient pas fortement impliquées en raison des bénéfices attendus notamment en termes de professionnalisation, de transfert d’expertise et de retombées économiques locales. Un encadrement institutionnel en constitue un préalable déterminant. Malgré cette volonté politique affirmée, l’on est encore loin des résultats escomptés pour le secteur du BTP en termes de volume d’affaires, de professionnalisation et de développement des entreprises.
Existe-il aujourd’hui des données sur le nombre de PME locales exerçant dans ce secteur en comparaison avec les entreprises étrangères ?
Nous ne disposons pas de données statistiques pertinentes. Les chiffres qui ressortent de la banque des données de l’Institut National de la statistique (INS) feraient état d’un effectif de PME du BTP de l’ordre de 1 000 entreprises. Ces données sont sujettes à caution dans l’environnement actuel, tant que le processus de transparence et qualification initié à travers l’arrêté N°016/PM du 01er février 2016 fixant les modalités de catégorisation des prestataires dans le secteur du bâtiment et des travaux publics ne sera pas à son terme.
Quels sont les types de travaux dans lesquels on les retrouve le plus ?
L’implication des entreprises nationales est imposée par le volume et la complexité des travaux. Les multinationales trônent en maître sur les grands projets. Des dispositions réglementaires existent sur l’implication des entreprises locales à hauteur minimale de 30% sur les grands projets, mais il n’existe aucun mécanisme coercitif à l’endroit des multinationales qui ne s’y conformeraient pas. Des structures de mise en relation entre les multinationales et les entreprises locales y travaillent, mais c’est une disposition qui a un certain nombre de contraintes et ne se fera pas sans une forte implication des pouvoirs publics. La loi sur la sous-traitance en cours d’élaboration devrait apporter des réponses à cette préoccupation. Nos membres disposent des capacités de réalisation de tous les types de bâtiments et en ce qui concerne les travaux routiers, nous sommes présents dans l’entretien, la réhabilitation, les ouvrages d’art et les travaux neufs dont l’allotissement est compatible avec les moyens techniques des PME camerounaises.
Quelles sont les difficultés auxquelles font face les PME locales qui évoluent dans ce secteur, notamment, dans le domaine de l’entretien routier où l’on déplore de nombreux manquements professionnels? 
Les freins à l’émergence des PME performantes dans le secteur du BTP sont divers et variés. Nous citerons l’irrégularité d’activité des entreprises structurées et professionnelles dont le principal client est l’Etat, la concurrence malsaine des entreprises « spontanées » ou non qualifiées, les délais de paiement excessivement longs et les pratiques de corruption. Pour ce qui est de l’irrégularité d’activité et de la concurrence malsaine, les entreprises du BTP naissent au gré des appels d’offres comme des générations spontanées. La justification des capacités exigées dans les appels d’offres (expériences et ressources) étant essentiellement documentaire, tous les subterfuges sont exploités et le faux est une pratique répandue, tant il est matériellement impossible de vérifier l’authenticité de la multitude de documents dans les conditions structurelles actuelles. En ce qui concerne les délais de paiement excessivement longs depuis plusieurs années, le stock des créances des entreprises du secteur du BTP auprès de l’Etat a atteint un niveau insupportable. Cette situation est à l’origine de la frilosité des banques qui se désengagent dans l’accompagnement des PME camerounaises du BTP. Les compressions des effectifs et les faillites des entreprises qui en sont les conséquences saignent progressivement le corps social et délitent le tissu des entreprises. La décision du chef de l’Etat annoncée dans la lettre N°B53/SG/PR du 7 avril 2016 à l’objet de la situation de l’entretien routier au Cameroun, d’ériger le Fonds routier en un organisme de deuxième génération, constitue une avancée déterminante dans la résolution de ce problème.    
Comment les regroupements d’entreprises comme la vôtre s’organisent-ils pour gagner plus de parts de marchés dans un secteur du BTP en plein essor ?
L’ANEER-BTP n’a pas vocation à effectuer des opérations marchandes, mais plutôt à veiller sur l’environnement d’affaires au bénéfice des membres. Nous travaillons ainsi avec le gouvernement et les structures mises en place par les pouvoirs publics, à l’instar de l’APME (Agence de promotion des PME) et la BSTP (Bourse de sous traitance et de partenariat). Cela nous permet de servir de courroie de transmission et de sensibiliser nos membres sur la nécessité de mutualiser nos capacités, nos moyens et sur l’impératif de professionnalisation. Nous travaillons également au sein de notre association à la mise en place de structures dédiées qui ont pour missions d’accompagner les entreprises membres sur les questions administratives, de gestion et à l’encadrement des groupements d’entreprises incluant plusieurs membres.  Notre objectif final demeurant : un Cameroun émergeant construit par des Camerounais.

 

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