Spécial Bâtiment et travaux publics: parole aux acteurs

Simon-Pierre Mbousnoum: « Nos entreprises disposent du savoir-faire»

Délégué régional des Travaux publics pour le Littoral

« Nos entreprises de BTP ne manquent pas de professionnalisme. Leur plus grande faiblesse est qu’elles sont rarement propriétaires du matériel qu’elles utilisent. Beaucoup recourent à la location. Au regard de la quantité de matériels sur le marché, cela ne favorise pas la bonne organisation des chantiers qu’ils peuvent avoir. Même lorsque vous avez des moyens de louer, le loueur tient également compte de ses propres intérêts et peut préférer quelqu’un d’autre. Ce qui ne permet pas d’intervenir à temps, selon le calendrier que vous avez arrêté. A 80% ce sont les opérateurs du secteur routier qui font face à ce problème, la moitié pour ceux du BTP. Il y a ensuite un manque de personnel-maison. Comme pour le matériel, ils migrent alors qu’un employé stable améliore la qualité des prestations, l’esprit d’entreprise et la volonté de progrès. La question de la capacité financière se pose également car nos entreprises ont du mal à emprunter. En revanche, nos sociétés de BTP disposent de savoir-faire, car pris isolément beaucoup de travailleurs sont des gens de qualité ». 

 

Evariste Yameni: « Nous avons révisé notre stratégie »

Directeur de la BSTP du Cameroun

« Nous avons révisé notre stratégie. A partir de 2017, nous organiserons les PME des différents secteurs prioritaires par groupement de PME pilotes sélectionnées suivant les critères préalablement établis par la BSTP. Cette démarche vise à promouvoir la co-traitance et à mutualiser les compétences et les capacités des PME en mettant en commun les moyens (information, formation, veille, logistique, achats, financier, compétences techniques...). La BSTP est en train de constituer les PME de génie civil, de génie mécanique et de génie électrique en grappes industrielles. Cette démarche développera entre les entreprises une coopération horizontale (même taille) et verticale (grands et petits) ; le renforcement des capacités en matière technologique, de ressources humaines, d’organisation, de qualité des produits ou services, d’information sur le secteur, d’accès au marché. Elle ouvrira aussi la voie à l’assistance collective des PME au sein d’initiatives pilotes visant à résoudre des problèmes communs, en construisant un climat de confiance et d’intelligence collective ; de faciliter l’accès de ces PME à l’offre de services financiers (cautionnement mutuel, fonds de garantie…) d’une part, et l’offre de services d’appui non financier d’autre part ; de la mutualisation du capital humain... »

 

Joseph Tasse: « Les PME locales ne sont pas bien organisées »

Sous-directeur chargé des Routes à la délégation régionale des Travaux publics de l’Ouest

« La plupart des PME opérant dans les BTP sont moins performantes, pour plusieurs raisons. Le personnel n’est pas toujours qualifié, et payé moins cher. Certaines PME utilisent du matériel d’occasion, peu performant et le plus souvent en panne. Elles n’ont pas toujours les moyens financiers pour préfinancer les travaux. La plupart du temps, elles sont incapables de livrer les travaux dans les délais prévus par le contrat. Par ailleurs, elles ne sont pas toujours bien organisées ou structurées. Le scénario le plus récurrent, c’est la centralisation à outrance de la prise de décision sur le directeur général. Le promoteur est au début et à la fin de tout, même dans les aspects techniques où il n’a pas forcément l’expertise nécessaire. Et quand le promoteur décède, les ayants-droits ont du mal à maintenir le cap. Le résultat est évident : l’entreprise ne parvient pas à survivre ».

 

Emmanuel Tagne Ngeko: « On retrouve beaucoup de charlatans dans le secteur du BTP»

maire de la commune de Bafoussam II

« Dans le secteur du BTP, on retrouve beaucoup de charlatans. La plupart d’entre eux veulent être les moins-disant. Raison pour laquelle vous allez constater qu’ils abandonnent certains travaux. Et même s’ils travaillent, ce qu’ils ont réalisé n’est pas bien fait ou exécuté au-delà des délais impartis. Ce qui remet en doute leurs compétences, et jette un discrédit sur la qualité des ouvrages réalisés. Vous n’avez qu’à juger la route Sapeurs-pompiers au lieu-dit carrefour mairie rurale jusqu’à baobab Baleng. Elle n’a pas encore six mois d’âge, mais elle est déjà dégradée. C’est pratiquement 100 millions de F qui sont ainsi parties en fumée. L’Etat devrait procéder à un tri, pour faire ressortir une short-list des entreprises qualifiées ».

 

Michel Wafoum: « Il faut que l’Etat paie les décomptes à temps »

Pdg de BETR-Cameroun

« Nous rencontrons des difficultés à plusieurs niveaux dans l’exécution des travaux. Le plus gros étant la corruption. Nous manquons d’informations en ce qui concerne le lancement des marchés car parfois, des avis sont affichés alors que les délais pour acheminer les dossiers pour soumissionner sont pratiquement épuisés. Il faudrait que l’Etat revoie même le système de passation de ces marchés et paie aussi à temps les décomptes, afin que nous exécutions au plus vite les travaux ».

 

Ismaila Hamidou: « Il y a complaisance dans la sélection »

Dg de 'Entreprise des travaux publics et des constructions

« Nous avons de sérieux problèmes à tous les niveaux dans l’exécution de nos travaux. D’abord, au niveau des finances pour non-paiement des factures, mais aussi l’option du moins-disant qui nous gêne. Imaginez-vous que vous soumissionnez pour un marché de 17 millions de F, qu’une autre entreprise vienne avec 8 millions de F et on lui attribue rapidement le marché. L’écart est tellement énorme que l’entreprise retenue parce que moins disant, va mal exécuter le travail, faute de moyens financiers nécessaires. On dira par la suite que les entreprises ne sont pas compétentes alors qu’il y a une complaisance dans la sélection. Il y a aussi le problème des paiements des décomptes. C’est beaucoup trop long et particulièrement complexe. On peut préfinancer, mais il serait bon que l’Etat nous paie plus vite, afin qu’on puisse terminer les travaux à temps ».


Propos recueillis par JBK, Patrice MBOSSA et Gibrile KENFACK TSABDO
 

 

 

 

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