Bien culturels volés : cahier d’un retour au pays natal

Les objets, illégalement emportés à l’étranger pendant la colonisation, devraient retrouver le Cameroun dès la fin de cette année.

De source bien informée, plus de 40 950 artéfacts issus du Cameroun sont conservés dans les musées allemands. Des collections constituées entre 1884 et 1919 par des missionnaires, commerçants, militaires, colons planteurs, enseignants, médecins, scientifiques, érudits, artistes et autres voyageurs. Souvent dans la violence et des expéditions punitives contre les populations indigènes. Mais aussi dans la manipulation des esprits des populations locales, dans une guerre de religions sournoise : chrétienté contre cultes traditionnels. Les cargaisons sont disséminées dans 45 institutions publiques bien identifiées. Il n’y a donc pas que le Musée ethnographique du Humbolt Forum à Berlin, le Musée d’Outre-mer de Brême, le Musée des cinq continents de Munich et le Musée ethnographique (Linden Museum) de Stuttgart qu’une délégation du Comité interministériel chargé du rapatriement des biens culturels issus du contexte colonial a visités du 15 au 22 octobre derniers.
De cette quantité énorme de biens culturels, seules quelques centaines de pièces, exposées dans les salles d’exhibition, sont visibles de tout visiteur. Pour le reste, conservé à multiples tours dans des dépôts hautement sécurisés, il faut montrer patte blanche pour y accéder. D’abord parce que beaucoup sont maintenant tellement contaminées que leur manipulation est dangereuse pour la vie humaine. Ensuite, la recherche de provenance n’est même pas entamée pour certaines. Pour rentrer dans les dépôts, le visiteur doit se munir de gants de protection et signer un document certifiant sa connaissance des risques pour sa santé. Pas de quoi rebuter Marie Edjoa Akoa, directeur du Patrimoine culturel au Minac, son collègue Dr Hugues Tchana Heumen, directeur du Musée national sis à Yaoundé, et le Prince de Bangoua, Legrand Tchatchouang, représentant de la société civile au sein du Comité interministériel. « Certaines de ces pièces sont célèbres car objets de réclamations des communautés d’origine depuis des années. L’existence de nombreuses autres n’est même pas connue du grand public. Il y a encore un gros travail d’identification et de provenance à effectuer sur une bonne partie de ce patrimoine », explique Mme Edjoa. 
Une première vague de biens camerounais devrait être restituée dès décembre prochain. Pour ce faire, la délégation du Comité interministériel a travaillé à informer les autorités allemandes de son agenda. Elle a aussi pris connaissance du fonctionnement des différents systèmes gouvernementaux, pour des transactions aisées. « Nous ne sommes pas venus saisir ou arracher les biens du Cameroun. Nous sommes venus lever des doutes, apaiser les cœurs, obtenir un consensus qui aboutira à un processus paisible. Nous sommes venus mettre en place un cadre dans lequel l’information circule correctement et qu’à la fin ce soit la culture qui gagne », ont continuellement précisé les officiels camerounais à la partie allemande. A chaque session d’échanges, celle-ci s’est montrée quelque peu inquiète de voir partir, du jour au lendemain, l’ensemble de ces collections qui font la richesse et la réputation ...

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