Cinéma : Maka Kotto, le regard sur l’avenir

Dans une autre vie, Maka Kotto a crevé l’écran à travres ses rôles dans « Blanc d’ébène » en 1992, « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer » en 1989 ou encore « Lumumba » en 2000. L’ancien pensionnaire du Collège Libermann se dit officiellement en retraite. Sur le plan politique, c’est une certitude après 15 années au cours desquelles, il a occupé les fonctions de député de l’Assemblée nationale, puis ministre de la Culture et des Communications du Québec.  Sur le plan artistique, les choses sont moins sûres puisque la frimousse de Maka Kotto est encore présente sur le petit écran au Canada, sa terre de sédentarisation depuis bientôt 34 ans. En septembre dernier, il est intervenu dans la première saison de la série « La candidate », où il joue le rôle d’un beau-père. Ce mois, le comédien-acteur-poète de 62 ans jouera un moine énigmatique dans une autre série intitulée « La faille ». Entre quelques projets choisis, Maka Kotto a eu le temps de faire quelques escapades au Cameroun dans le cadre de deux rendez-vous cinématographiques. Dans nos colonnes, il exprime son émerveillement sur l’éveil de la jeunesse camerounaise au cinéma, fait son diagnostic du cinéma africain et évoque quelques projets avortés sur la terre qui l’a vu naître à Douala.  

Vous étiez à l’honneur l’an dernier au Ciné-club Nkah, puis invité d’honneur du festival Yarha tout récemment. Qu’est-ce qui vous a particulièrement marqué durant ces deux séjours ?  
On n’a pas toujours eu l’occasion de venir à cause de nos occupations respectives et les opportunités offertes à cet effet. Fort heureusement, ça s’est fait et à cet effet, je suis allé à la rencontre du public jeune. C’était tellement touchant. Je me souviens de l’époque où j’étais dans un pensionnat à Douala. Quand on avait la chance de rencontrer des artistes professionnels locaux ou étrangers, on était subjugué et accroché à leurs paroles. Ce qui nous laissaient une trace indélébile. J’ai revu dans ce public cette empreinte qui a nourri nos passions. Il y a une maturité qui est impressionnante chez des jeunes qui n’ont pas encore 16 ans et qui vous analysent un film en direct. Il y a des diamants bruts ici, tout ce qu’il faut c’est créer un environnement pour les laisser briller. Si demain ou après-demain, j’ai l’occasion d’interagir intellectuellement avec les grands décideurs, je vais attirer leur attention sur ce potentiel énorme.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le cinéma africain ?  
J’ai travaillé pendant plus de 25 ans dans le domaine entre l’Europe, la Guinée, le Sénégal, les Antilles et l’Amérique du Nord. A part des films comme « Blanc d’ébène » dans lequel j’ai eu l’opportunité de travailler en Afrique, je n’ai pas eu d’autres opportunités. Parce que accaparé par des séries Tv, des films, etc. Depuis que j’ai pris ma retraite, bien que la retraite d’un artiste ne soit jamais définitive, j’ai été de gauche à droite au Maroc, notamment pour des festivals de films. Et j’ai vu des films africains en provenance d’Afrique du Sud jusqu’en Afrique du Nord. Le potentiel est là, mais ce sont les moyens qui manquent. On a des histoires, des sujets, des contenus qui valent la peine d’être soutenus et d’être encadrés par une structure industrielle cinématographique. Ça manque parce que probablement les décideurs politiques ne voient que dans ce domaine que le volet artistique. Il y a un volet économique non négligeable. A l’époque où je dirigeais un ministère au Québec, la part du Produit intérieur brut de la culture correspondait à 4.5 %. C’était plus de 400 000 employés. Selon toutes les études concordantes à cette époque, un dollar investi à l’entrée rapportait sept dollars à la sortie parce qu’il y avait un impact dans plusieurs domaines. Ce n’est pas innocent. C’est parce que ça sert à quelque chose. La culture est le ciment d’une nation à cause de l’imagerie qu’elle génère, du sentiment d’appartenance au sein d’une nation et des gains économiques.  Au-delà de l’exercice artistique, il faut veiller à ce que le volet économique soit relevé. A cet effet, ça nécessite une vision, un cadre, un plan stratégique. Tous ces préalables installés vont stimuler tous ces diamants bruts que j’ai vu. Si on n’y arrive pas en tant que seule nation, on peut toujours mutualiser les efforts.

Que sont devenus vos projets cinématographiques au Camerou...

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