Incivisme fiscal: Qui a peur des impôts ?

Avec une pression fiscale estimée à 14%, le Cameroun souffre de ces agents économiques qui, pour une raison ou une autre, se jouent du fisc, au détriment du développement du pays.

Chaque agent économique est appelé, à un moment ou un autre de l’année ou de sa vie, à verser, directement ou indirectement, un impôt à l’Etat dans lequel il vit et produit des revenus. Certains, bon gré mal gré, le font de manière correcte et sont encouragés à poursuivre cet acte de civisme fiscal. D’ailleurs, au Cameroun, durant de longues semaines, un communiqué du ministre des Finances saluant ces agents économiques exemplaires en règle avec le fisc au cours de l’année précédente a été abondamment relayé dans la presse. Par contre, une traque permanente est menée contre les adeptes de l’incivisme fiscal qui, par divers moyens, se jouent des impôts, sous le prétexte que la pression est forte. On parle d’un taux de 14% au Cameroun. Du coup, l'incivisme fiscal au Cameroun est un phénomène rampant dont les manifestations sont diverses et variées. Parmi ces actes répréhensibles qui ont fait leur nid dans le quotidien des contribuables de tous acabits, l’on peut citer : la fraude fiscale qui est comprise comme le détournement illégal d'un système fiscal afin de ne pas contribuer aux contributions publiques. Il y a également l'optimisation fiscale ou l’évitement fiscal qui est l'utilisation de moyens légaux ou de vides juridiques afin de réduire le montant de l'imposition, souvent en jouant de la concurrence entre les pays en matière d'imposition (dumping fiscal). L’évasion fiscale quant à elle, comprend à la fois la fraude et l'optimisation fiscale. A côté, la corruption des agents des Impôts, la violence que certains subissent lors des opérations de recouvrement, sont également à inscrire au tableau de l’incivisme fiscal, sans oublier le jeu de cache-cache, notamment entre opérateurs économiques et agents percepteurs lorsque vient le moment de payer les impôts connus d’avance. Tout ceci fait perdre à l’Etat d’importantes ressources, chiffrées en milliards de francs chaque année, qui auraient pu être investis dans la réalisation de projets contribuant au mieux-être des populations. Si certains se lancent dans des actes d’incivisme fiscal par cupidité, d’autres, ne paient pas leurs impôts uniquement parce qu’ils ne savent pas quoi ni où et quand payer. Une troisième catégorie le fait par défiance des autorités, parce qu’elle pense ne pas ressentir l’impact des impôts préalablement versés sur son quotidien ou parce qu’elle estime être sous pression, alors que d’autres agents économiques produisant des richesses ne sont pas « inquiétés » par le fisc. C’est pourquoi il est nécessaire de tout mettre en oeuvre pour rétablir la confiance entre les contribuables et le fisc. Cela passe, avant toute répression, par une éducation fiscale, qui fort heureusement, a fait ses premiers pas récemment. Il serait également judicieux que la politique d’élargissement de l’assiette fiscale sorte de la volonté des politiques pour se traduire en actions concrètes. D’ailleurs, comme le rappelait encore le Directeur général des Impôts le 31 mars dernier à l’occasion de l’assemblée générale de l’Ordre national des conseils fiscaux, le Cameroun a des marges pour atteindre les taux de pression fiscale des pays de niveau de développement comparable. « Mais, nous ne devons pas continuer à aller chez les mêmes. Nous devons élargir l’assiette fiscale et promouvoir la conformité fiscale », relevait Roger Athanase Meyong Abath. Des choses sont donc encore possibles pour limiter la saignée financière dont souffre le pays du fait de l’incivisme fiscal. Un phénomène peut-être aussi vieux que le monde et qui, au fil du temps, s’enrichit de nouvelles prat...

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