« Ces acteurs doivent être formés de manière permanente »

Dr Jean-Pierre Loïc Nkulu Atangana, politologue, Université de Bertoua.

La semaine dernière, le ministère de la Jeunesse et de l’Education civique a entrepris de former des leaders religieux et des chefs traditionnels pour améliorer leur action dans la prévention et la gestion des tensions en période électorale. Que représentent ces acteurs dans la préservation de la paix et de l’unité nationale ? Les chefs traditionnels, chefs de communautés et leaders religieux occupent dans l'architecture socio-politique camerounaise une position structurellement irremplaçable dans la préservation de la paix et de l'unité nationale, en raison de trois facteurs fondamentaux indissociables. Le premier est leur légitimité symbolique et historique. Fondée sur la filiation, la tradition et la confiance communautaire intergénérationnelle, cette légitimité constitue, comme le montre Bayart, une ressource d'influence sociale incomparablement plus puissante que l'autorité légale rationnelle, car elle parle un langage que les communautés reconnaissent et auquel elles accordent une valeur normative intrinsèque. Le deuxième facteur est leur proximité et leur enracinement territorial. Partageant quotidiennement l'espace de vie de leurs communautés, ils détectent précocement les tensions naissantes et désamorcent les conflits potentiels, jouant un rôle d'amortisseurs sociaux qu'aucun acteur institutionnel extérieur ne peut reconstituer. Le troisième facteur est la transversalité de leur audience. Capables de rassembler des publics hétérogènes au-delà des clivages ethniques et politiques, ils créent les conditions d'un dialogue social permanent qui préexiste aux tensions électorales. Les expériences comparées du Kenya, du Rwanda et du Niger confirment que ces acteurs constituent des composantes indispensables de toute architecture viable de paix électorale. Qu’est-ce qui pourrait être fait, d’après vous, pour améliorer l’impact de ces acteurs sur les comportements des populations dans le sens de l’apaisement en période électorale ? L'amélioration de l'impact des chefs traditionnels, chefs de communautés et leaders religieux sur l'apaisement électoral requiert une action structurée autour de quatre axes complémentaires et indissociables. Le premier axe est l'institutionnalisation durable de la formation. Une formation ponctuelle étant insuffisante, il faut un programme pérenne couvrant la médiation, le droit électoral, la communication non violente et la gestion des rumeurs, adossé à un cadre institutionnel stabl...

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