« La réponse doit être systémique »
- Par Alexandra TCHUILEU N
- 29 May 2026 10:58
- 0 Likes
Pr. Eugène Sobngwi, professeur titulaire des Universités, directeur de l’Organisation des soins et de la technologie sanitaire au ministère de la Santé publique.
L’Ordre national des médecins du Cameroun vient de prendre des sanctions pour erreurs médicales et négligence entre autres. Plusieurs cas ont ainsi été traités et il s’est avéré que le personnel médical a eu des manquements. Quelle est votre appréciation de cette situation ? L’Ordre national des médecins du Cameroun exerce une mission essentielle de régulation professionnelle, de veille déontologique et de discipline ordinale. Dans tout État de droit, il est normal que les institutions ordinales puissent se prononcer lorsqu’il existe des présomptions de manquements aux obligations éthiques et professionnelles des praticiens. Cela étant dit, le dossier auquel vous faites référence revêt également une dimension particulièrement délicate, dans la mesure où plusieurs des personnes mises en cause sont des agents publics, donc des personnels relevant de l’État employeur, représenté par le ministère de la Santé publique. Dans ce contexte, il est important de rappeler que l’exercice du pouvoir disciplinaire ordinal s’inscrit dans un cadre juridique précis, notamment celui prévu par l’article 42 de la loi régissant l’exercice de la médecine au Cameroun, qui appelle à une coordination appropriée avec l’autorité administrative compétente lorsque les praticiens concernés relèvent de la fonction publique. Autrement dit, l’Ordre doit jouer pleinement son rôle, mais il est tout aussi important qu’il l’exerce dans le cadre institutionnel et procédural prévu par les textes, conformément à l’esprit du pouvoir de régulation qui lui est délégué par l’État. À ce stade, et compte tenu des questions préjudicielles que soulève la gestion procédurale de certains dossiers, notamment sur les articulations entre compétence ordinale et autorité administrative, il serait intellectuellement imprudent de porter une appréciation définitive sans disposer de l’ensemble des éléments du dossier. En revanche, cette situation a le mérite de remettre au centre du débat des questions fondamentales de la qualité des soins, la sécurité des patients, l’encadrement de la pratique médicale et la confiance entre les populations et le système de santé. Nous devons collectivement avancer avec responsabilité, sérénité et rigueur sur ces sujets. La population attend légitimement de nous, des prestations empreintes de professionnalisme, de rigueur, de compassion. Un décès fait mal, un décès évitable ou perçu comme tel, fait encore plus mal. Au regard des plaintes de familles, parfois avec des preuves ou pas assez, les erreurs médicales semblent se multiplier. Comment comprendre cela ? Les plaintes appellent à la remise en question permanente, bien qu’il faille éviter les analyses émotionnelles ou les généralisations hâtives. Il n’est pas établi scientifiquement que les erreurs médicales se multiplient de manière exponentielle. En revanche, elles sont aujourd’hui davantage visibles, médiatisées et documentées. Nous assistons à une évolution profonde du rapport entre les citoyens et le système de santé. Les patients et leurs familles sont plus informés, plus exigeants et plus enclins à demander des comptes. Les réseaux sociaux et les médias contribuent également à une amplification extrêmement rapide des situations médicales complexes, parfois avant même que les expertises nécessaires aient été réalisées. Par ailleurs, il faut rappeler une distinction fondamentale entre la complication inhérente à un acte médical, l’aléa thérapeutique, l’événement indésirable et la faute professionnelle. Toutes les évolutions défavorables ne relèvent donc pas nécessairement d’une négligence médicale. Mais au-delà, la question de la sécurité des patients constitue aujourd’hui un enjeu mondial majeur. L’Assemblée mondiale de la Santé a adopté la résolution WHA72.6 sur l’action mondiale pour la sécurité des patients, qui a conduit à l’adoption du Plan d’action mondial pour la sécurité des patients 2021-2030, avec pour vision : « un monde dans lequel personne ne subit de préjudice dans le cadre des soins de santé et où chaque patient reçoit des soins sûrs et respectueux, à tout moment et en tout lieu ». L’OMS rappelle d’ailleurs que, même dans les pays à revenu élevé, environ un patient hospitalisé sur 10 subit un événement indésirable lié aux soins, et qu’une proportion importante de ces événements est évitable. Le Cameroun, comme l’ensemble des États membres de l’OMS, est donc engagé dans cette dynamique internationale de renforcement de la sécurité des patients, qui constitue à la fois une exigence scientifique, éthique et régalienne. Comment peut-on concrètement réduire, voire éradiquer les erreurs médicales ? La première chose est de reconnaître avec lucidité que les erreurs médicales constituent un défi national et universel de santé publique. Aucun système de santé au monde, y compris les plus performants, n’en est totalement exempt. La littérature scientifique internationale montre d’ailleurs que les événements indésirables liés aux soins représentent une cause importante de morbidité et de mortalité à l’échelle mondiale. C’est précisément pour cette raison que la sécurité des patients est devenue un champ majeur de recherche, d’innovation organisationnelle et de transformation des systèmes de santé. La réponse ne peut donc pas être uniquement punitive, elle doit être systémique. Il faut renforcer la qualité de la sélection, de la formation initiale et continue, la standardisation des pratiques et protocoles thérapeutiques, les systèmes de supervision clinique, et de façon plus importante que par le passé, les mécanismes de retour d’expérience. Nous devons développer une culture institutionnelle de sécurité, capable d’anticiper, détecter et corriger les défaillances avant qu’elles ne produisent un dommage grave. La sécurité des patients ne doit plus dépendre uniquement de l’excellence individuelle d’un praticien. Elle doit être garantie par la robustesse du système lui-même. La rigueur des parcours de formation aux professions de santé, la digitalisation des parcours de soins, les dossiers médicaux électronique...
Cet article complet est réservé aux abonnés
Déjà abonné ? Identifiez-vous >
Accédez en illimité à Cameroon Tribune Digital à partir de 26250 FCFA
Je M'abonne1 minute suffit pour vous abonner à Cameroon Tribune Digital !
- Votre numéro spécial cameroon-tribune en version numérique
- Des encarts
- Des appels d'offres exclusives
- D'avant-première (accès 24h avant la publication)
- Des éditions consultables sur tous supports (smartphone, tablettes, PC)



Commentaires