« Une logique de stabilisation politique»

Dr. Serge Christian Alima Zoa, internationaliste, chercheur au Centre de recherche et d’études politiques et stratégiques (CREPS) de l’Université de Yaoundé II-Soa et enseignant à l’Université catholique d’Afrique centrale.

Dans un contexte socio-politique tendu, le président tunisien, Kaïs Saïed, a accordé la grâce à plus d’un millier de prisonniers. Cette mesure peut-elle calmer de manière durable les tensions dans le pays ? La décision présidentielle d’accorder une grâce à 1187 prisonniers et susciter en sus des instructions afin que 187 prisonniers supplémentaires bénéficient d’une libération conditionnelle, à l’occasion de la fête musulmane de l’Aïd el-Adha peut être comprise au moins à trois niveaux. D’abord comme un geste d’apaisement politique à forte portée symbolique. De manière classique, la liturgie de la grâce présidentielle a trois effets immédiats. Elle envoie un signal de clémence de l’État. Elle peut désamorcer certaines tensions sociales ponctuelles. Elle améliore temporairement l’image du pouvoir. Dans une logique de gouvernance, cette mesure peut être interprétée comme une tentative de désescalade, un instrument homéostatique de communication politique, voire une stratégie pour regagner un peu de légitimité. Et son efficacité dépend de ce qui l’accompagne : réformes économiques crédibles, ouverture du dialogue politique, apaisement institutionnel, réduction des tensions sociales. La volonté de décrispation amorcée par les autorités tunisiennes peut-elle aboutir à la mise en place d’un cadre de dialogue permanent entre pouvoir et classe politique pouvoir et société civile ? La démarche de décrispation amorcée par les autorités tunisiennes s’inscrit dans une logique usitée de stabilisation politique postcrise, c’est-à-dire passer d’une gestion essentiellement institutionnelle et verticale du pouvoir à une gouvernance plus interactive, fondée sur le dialogue structuré. Dans cette typologie, l’idée de mettre en place un cadre de dialogue permanent entre le pouvoir, la classe politique et la société civile répond à trois objectifs principaux. Premièrement, transformer une décrispation ponctuelle en mécanisme durable. Une mesure de libération ou d’apaisement comme les grâces présidentielles ou les gestes politiques symboliques peut réduire temporairement les tensions, mais ne règle pas les causes structurelles de la crise. Le cadre de dialogue permane...

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