Suspension des importations : le maïs et plus

vApriori, la décision gouvernementale du mois dernier, de suspendre les importations de maïs est une aubaine pour les producteurs locaux. Tous les stocks de cette année seront certainement écoulés et les vendeurs se frotteront les mains, saluant un protectionnisme qui leur a évité la débâcle. En mi-mai, en effet, le Cameroun a décidé de bloquer, avec effet immédiat, l’importation du maïs. En amont, la mesure touchait aussi la délivrance des permis d’importation, ceci pour sauver la production nationale victime de la mévente. Du coup, les agriculteurs nationaux ont été sauvés de la concurrence déloyale, car face à l’abondance de cette céréale sur le marché, les entreprises agroalimentaires privilégiaient le produit importé, moins cher. Pour en arriver à la suspension des importations, un plaidoyer avait été initié par le ministre du Commerce, soutenu par plusieurs acteurs de la filière, sur la base des plaintes des producteurs asphyxiés par les entrées massives de maïs. Au cours du Conseil de cabinet du mois de mai, le Premier ministre avait entériné la proposition de suspension. Pour le marché local, c’est une aubaine. Mais pour qu’elle soit pérenne, il faudrait aller jusqu’au bout de la décision. Dans cette perspective, il faudrait regarder loin, par exemple, activer des réflexions et agir sur des leviers fondamentaux pour, non seulement écouler les productions nationales, mais aussi les booster de manière à faire exploser les récoltes en vue de satisfaire la demande et surtout améliorer les variétés. A ce sujet, la suspension des importations devrait s’imposer comme une opportunité de restructuration de la filière maïs au Cameroun. Il ne faudrait pas se croiser les bras en ce moment où les agro-industries et les provenderies n'ont plus d'autre alternative que se tourner vers la production nationale. De vraies questions méritent d’être posées pour aider à faire bouger les lignes. Si tous les stocks invendus sont absorbés, vont-ils au moins satisfaire la demande en cours ? Il est question de profiter de la décision pour mener des réflexions afin de bien négocier un tournant qui peut être décisif et historique. Depuis longtemps, des diagnostics ont été faits sur la filière maïs au Cameroun. On connait ses problèmes, des solutions ont été proposées pour en faire un poumon économique. On sait par exemple que le maïs pousse dans toutes les régions du Cameroun, sans exception. Du fait qu’il peut jouer un rôle crucial dans la sécurité alimentaire, il serait malheureux que la décision de suspension de l’importation se limite à résoudre un malaise ponctuel. Des statistiques fiables indiquent que le maïs fait vivre plus de six millions d'acteurs le long de sa chaîne de valeur. Troisième denrée agricole après le manioc et la banane- plantain, son importance se structure autour de ce qu’il représente dans le régime alimentaire des millions de ménages. Au niveau agro-industriel, le maïs est le « moteur » qui fait tourner les firmes brassicoles et les provenderies. Plus la production est grande, mieux les fermes avicoles et porcines se portent et son incidence dans le panier de la ménagère le rend consistant. La mesure gouvernementale du mois de mai dernier, pour être complète, devrait envisager à court terme, des actions concrètes pour éviter d’être rattrapée par les dures réalités d’une filière porteuse mais latente qui peine à se développer. Parmi elles, le défi de l’augmentation de la production nationale. La moyenne oscille entre 2,2 et 2,8 millions de tonnes par an selon des statistiques fiables. Les brasseries et les provenderies qui ont un besoin annuel de près de 2,8 millions de tonnes craignent des ruptures d'approvisionnement et des perturbations de leurs activités qui pourraient déboucher sur d’autres types de crise aussi inquiétantes. De son côté, l'Etat ambitionne d'atteindre le seuil de quatre millions de tonnes via la Stratégie nationale de développement à l’horizon 2030 (SND30) afin de réduire la dépendance extérieure. Cela est faisable. Aller jusqu’au bout de la suspension des importations, peut être un nouveau départ, celui de se rappeler qu’il est temps d’abandonner les techniques culturales de l’époque de Mathusalem. Le Cameroun peut-il rêver d’atteindre quatre millions de tonnes de récoltes de maïs avec la ...

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