« La formation des gestionnaires est importante »

Marc Mendouga Alima, administrateur civil principal hors échelle, inspecteur d’Etat émérite, ancien secrétaire permanent du Conseil de discipline budgétaire et financière.

En dépit de toutes les mesures prises par l’Etat, des ordonnateurs continuent d’être épinglés dans le cadre des fautes de gestion. Qu’est-ce qui pourrait l’expliquer selon vous ? Plusieurs raisons pourraient être évoquées. Mais la principale réside dans le fait que nombre de gestionnaires publics, aidés par la société et l’entourage, continuent de considérer les postes de responsabilité comme des lieux d’enrichissement. Lorsqu’il y a une promotion, le premier réflexe est de se demander ce que l’on pourrait en tirer en termes d’avantages et de volume du budget à gérer, lui-même créateur d’opportunités d’opérations plus ou moins licites. Dans les communautés, le gestionnaire public n’est pas jugé sur la performance réalisée dans le cadre des missions et des objectifs assignés à l’organisme public à lui confié, mais par le volume d’aides accordées aux membres de sa famille, du village, aux amis et connaissances ou de réseaux plus ou moins mafieux. Or, ce qui précède est aux antipodes des règles de bonne gestion. D’où la récurrence des fautes de gestion qui ne sont, ni plus ni moins, que le fait de s’écarter des règles édictées par le régime financier de l’Etat ou de la législation Ohada, en ce qui concerne les organismes publics soumis au régime des sociétés commerciales. Les ordonnateurs et les surveillants de crédits publics doivent, en effet, respecter une certaine discipline dans la gestion, laquelle ne s’accommode pas des écarts évoqués plus haut. A notre sens, le challenge pour un gestionnaire public est par conséquent, au premier chef, de s’affranchir de cette pression sociale pour ne respecter que les règles de gestion publique et de bonne gouvernance. Certains ordonnateurs épinglés, à différents niveaux, plaident souvent l’ignorance. Pour pallier ce problème, le Contrôle supérieur de l’Etat organise régulièrement des formations rapides, le cas de Bamenda la semaine dernière. Est-ce qu’il ne faudrait pas davantage multiplier ce type d’initiatives ? Le président de la République, à travers l’organigramme du Contrôle supérieur de l’Etat publié en 2013, a permis à cette structure de renforcer les capacités des gestionnaires publics, en plus de ses missions traditionnelles de contrôle des finances publiques, pour répondre à l’argument de déficit de connaissance par les ordonnateurs sus évoqué. Vous parlez de formation rapide. Il importe de préciser à cet égard qu’il y a deux types de formation : la formation initiale qui est dispensée dans les écoles de formation, les universités et la formation continue qui est une sorte de mise à jour dans des domaines précis pour les professionnels. Le Consupe fait de la formation continue dans son domaine de compétence. Ces formations sont assorties de cahiers de participants ou de guides pratiques qui permettent aux apprenants de continuer à se former en dehors des séminaires-ateliers. Il faudrait en effet multiplier les initiatives de formation, mais jusqu’à plus ample informé, le Consupe est limité par le budget alloué à cette opération qui demeure insuffisant. Un effort supplémentaire en termes de ressources mérite d’être fait par les instances appropriées de l’Etat. Car, la formation ou la bonne information des gestionnaires de crédits publics est un pan important pour l’instauration de la bonne gestion. Certains observateurs estiment que le concept de « fautes de gestion » est trop large et que des personnes sont parfois sanctionnées alors qu’elles n’ont tiré aucun bénéfice personnel de leur action qui visait simplement à résoudre un problème urgent dans la structure qu’ils gèrent. Faudrait-il modifier la loi à ce niveau pour régler ce problème ? Il y a lieu de reconnaître que la notion de faute de gestion est effectivement large, mais préciser ensuite que c’est à dessein. Le législateur a évité de la circonscrire avec précision, ce, pour éviter que des pans d’irrégularités de gestion soient facilement contournés. La loi énumère sans limitation les irrégularités qui en tiennent lieu et cela englobe les actions et les omissions ou négligences. Il faut comprendre qu’il est question de protéger la fortune publique qui est le patrimoine commun de tous. Il convient également de préciser que le gestionnaire n’est pas sanctionn&eac...

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