Musique: Ces « superstars » du village...

Véritables vedettes dans leurs fiefs, certains artistes ne connaissent pas la même popularité hors de leur zone de confort.

Ils animent les mariages, les baptêmes, les veillées, les meetings politiques et les matchs de football de leur quartier. En Afrique, et particulièrement au Cameroun, il existe tout un circuit de musiciens dont la notoriété, bien que solidement établie, demeure strictement locale. Ils sont les piliers des réjouissances populaires, les maîtres de cérémonie d’une culture vécue de l’intérieur, sans pour autant franchir les frontières de leur bastion. Le phénomène n’est pas nouveau. Il y a soixante ans, en 1963, Richard Ze Ngbwa créait l’un des plus vieux groupes de musique traditionnelle du Cameroun. Aujourd’hui, 25 ans après sa disparition, le Richard Band de Zoétélé fait toujours danser les foules et les officiers de la gendarmerie en voyage d’étude dans la région du Sud. Leur réputation n’a pas flétri dans la commune du Djaet- Lobo, où ils sont devenus un symbole, au même titre que la statue de l’éléphant debout qui trône au coeur de la ville de Zoétélé. Ce rayonnement local est souvent le berceau des plus grandes légendes. C’est le cas de feu Messi Martin, considéré comme le père du bikutsi moderne. Dans les années 1960, il commence sa carrière dans la partie septentrionale du Cameroun, au sein des orchestres Jazzy Garo, les titans de Garoua puis Los Camaroes à Maroua, avant de rejoindre la légendaire scène du Mango Bar au quartier Élig-Effa à Yaoundé. Son histoire est emblématique : après avoir révolutionné la musique camerounaise en faisant sonner sa guitare électrique comme un balafon, il est devenu une idole dans son pays. Pourtant, Messi Martin est resté relativement inconnu à l’étranger, ayant notamment décliné une tournée nord-américaine qui aurait pu changer le cours de sa carrière. Cet écosystème musical repose sur un circuit quasi communautaire, une économie parallèle au show business international. De nombreux artistes se contentent d’une notoriété établie à l’échelle de leur quartier ou de leur région. Ils répondent aux invitations des élites locales et animent les fêtes de la diaspora, qui recherche les sensations de la terre natale. Ce modèle a évolué av...

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