Redressement du secteur électrique : le défi de l’heure

Les objectifs stratégiques de la création, le 04 mai 2026, de la Société camerounaise d’Électricité (Socadel), précédée de la nationalisation en novembre dernier de l’entreprise « Energy of Cameroon » ou Eneo, étaient il y a huit jours à Yaoundé, au coeur de la conférence de presse conjointe du ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, et de son collègue de l’Eau et de l’Énergie (Minee), Gaston Eloundou Essomba. Désormais, les 51% d’actions qui étaient jusque-là détenues par le fonds d’investissement britannique ACTIS appartiennent à l’État du Cameroun qui les a rachetées. Ce qui fait de lui le principal actionnaire de cette entité publique avec un capital qu’il contrôle à hauteur de 95%, les 5% restants revenant au personnel de l’entreprise. Dorénavant donc, c’est la Socadel qui est chargée d’assurer la production, la distribution, l’importation et l’exportation de l’énergie électrique. Ce qui marque la reprise en main par l’État de ce secteur hautement névralgique. Selon le narratif officiel, cette réforme majeure décidée par le président de la République, Paul Biya, est un virage à 360°. Elle est le vecteur et le catalyseur de plusieurs ambitions : stabiliser le secteur de l’électricité et le réseau sur des bases plus saines ; renforcer la souverainement de l’État dans ce domaine essentiel de l’économie nationale ; améliorer la gouvernance, les performances de la distribution de l’énergie électrique et, ce faisant, mieux répondre aux attentes des ménages et opérateurs économiques. Il est aussi question d’améliorer la qualité du service et de réduire les pertes d’énergie ; de lutter contre la fraude électrique qui impacte négativement les recettes et fait perdre à l’entreprise environ 60 milliards de F par an. Il est également attendu de la Socadel l’assainissement des finances de l’entreprise en recherchant des solutions urgentes en vue de résorber l’importante dette qui pèse lourdement sur sa trésorerie et plombe sa capacité d’investissement. Il lui revient en outre d’améliorer la rentabilité de l’entreprise à travers des politiques de recouvrement plus offensives notamment vis-à-vis des entités publiques et institutionnelles. Dans un contexte où, comme l’a relevé le Minee, le secteur de l’électricité est confronté à plusieurs difficultés : déséquilibre financier structurel, tensions de trésorerie persistantes, dégradation de la qualité du service, perte progressive de confiance des usagers. Autres illustrations des problèmes du secteur, la fermeture momentanée, début juin 2026, de l’usine Cimencam de Figuil dans le Nord, qui a évoqué une crise énergétique majeure. Mentionnons également le retrait annoncé le 1er juin dernier des capacités de production des centrales thermiques de Kribi (216 MW) et de Dibamba (88 MW) du Réseau interconnecté sud (Ris) dans un environnement de tensions de trésorerie liées aux impayés persistants du concessionnaire chargé de la distribution. Ce retrait a entraîné une réduction des capacités de production, avec pour le corollaire, des perturbations dans l’alimentation électrique et des délestages affectant 40% des usagers des régions du Littoral et de l’Ouest. De source proche du Minee, toutes les entreprises concernées ont repris leurs activités. En installant les premiers dirigeants de la Socadel le 05 mai 2026 à Yaoundé, Gaston Eloundou Essomba a présenté la feuille de route à Antoine Ntsimi, président du Conseil d’administration, Oumarou Hamandjoda, Directeur général et Basile Ekobena, Directeur général adjoint. Les compétences et l’expérience de ce trio ne sont guère à démontrer, compte tenu de leurs qualifications académiques et professionnelles respectives. Cependant, pour produire des résultats palpables à court terme, il leur a été notamment demandé de rompre avec les pratiques du passé pour traduire dans les faits l’acte de souveraineté posé par le chef de l’État. L’enjeu est de taille : montrer que ceux qui ne soutiennent pas l’option de la nationalisation ont tort. Et ceux-là, nombreux, ne manquent pas d’arguments, connaissant l’écosystème à l’origine des contreperformances de la majorité de nos entreprises publiques. Dans les 100 premiers jours suivant la prise de fonction des dirigeants, il est question d’engager des actions fortes pour augmenter les revenus, réduire les charges et améliorer l’efficience. Mais, un saut qualitatif et quantitatif en matière de recouvrement des recettes issues de la vente d’électricité, n’est possible que si tout le monde paye dans les délais. La position du gouvernement à ce sujet est claire : « Tout le monde doit payer sa facture », a martelé le Minee. Les ménages, les opérateurs économiques et toutes les administrations publiques parce que la production de l’énergie électrique a un coût. Les factures doivent désormais par exemple être traitées et payées en même temps que les salaires des agents...

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