« C’est un geste politique significatif »
- Par Carine Tsiele
- 27 Aug 2026 12:58
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Dr. Serge Christian Alima Zoa, Internationaliste, Centre de recherche et d’études politiques et stratégiques (Creps) de l’Université de Yaoundé II-Soa, Université catholique d’Afrique centrale.
Après plusieurs années de ten sions socio-politiques, peut-on considérer la grâce accordée à neuf prisonniers politiques par le président tchadien, Mahamat Idriss Déby Itno comme le début d’une véritable réconciliation ? La grâce présidentielle accordée au leader du parti des Transformateurs, Succès Masra, condamné à 20 ans de prison, et à huit dirigeants de la coalition d'opposition du Groupe de concertation des acteurs politiques, constitue incontestablement un geste politique significatif. Mais il faut distinguer l'apaisement de la réconciliation. L'apaisement peut être décrété. La réconciliation, elle, se construit. Cette distinction est essentielle. De manière classique, la liturgie de la grâce présidentielle a trois effets immédiats. Elle envoie un signal de clémence de l’État. Elle peut désamorcer certaines ten sions sociales ponctuelles. Elle amé liore temporairement l’image du pouvoir. Mais trois conditions per mettraient seulement de parler vé ritablement de processus de récon ciliation. Premièrement, il faut que le geste présidentiel s'inscrive dans la durée. Une grâce ponctuelle ne suffit pas si les mécanismes qui ont conduit à l'emprisonnement d'opposants demeurent inchangés. Deuxièmement, il faut restaurer les droits politiques des personnes concernées. Les opposants ont été libérés, mais leurs condamnations demeurent juridiquement en vi gueur. Troisièmement, il faut passer d'une logique de grâce présidentielle à une logique institutionnelle de dialogue. Une véritable réconciliation supposerait la création d'un espace durable de concertation entre le pouvoir, l'opposition, la société civile et, plus largement, les différentes composantes de la société tcha dienne. Dans une logique de gou vernance, cette mesure peut être interprétée comme une tentative de désescalade, un instrument ho méostatique de communication po litique, voire une stratégie pour re gagner un peu de légitimité. Mais son efficacité dépend de ce qui l’accompagne. Jusqu’où peut aller le chef de l’Etat dans cet élan ? D'abord, élargir la décrispation. La grâce de neuf opposants peut constituer le premier acte d'une po litique plus large de détente. Le président pourrait examiner la si tuation d'autres détenus liés à des affaires politiques et favoriser une approche moins strictement pénale des contentieux politiques. Mais il faudrait surtout éviter que la grâce apparaisse comme un geste isolé ou conjoncturel. Ensuite, transformer la grâce en dialogue politique. C'est probablement le principal enjeu. La libération de Succès Masra crée une situation inédite : celui qui a été Premier ministre de Mahamat Idriss Déby et son adversaire lors de la présidentielle peut désormais re devenir un interlocuteur politique. Le président pourrait donc proposer un dialogue politique permanent, associant majorité, opposition, so ciété civile et autres composantes représentatives de la société tcha dienne. Comme le souligne implici tement la situation actuelle, la grâce peut ouvrir la porte, mais seul le dialogue peut permettre de la fran chir. Puis, aller vers une réhabilita tion politique effective. C'est un point particulièrement sensible. Pour transformer la décrispation en ré conciliation, il faudrait donc envi sager, selon les cas, une réhabilita tion juridique et politique permet tant aux personnes concernées de retrouver pleinement leur capacité d'action publique. Enfin, ouvrir le chantier de la réconciliation natio nale. C'est ici que le geste prési dentiel pourrait prendre une dimen sion historique. Le président pourrait donc passer d'une logique de « par don présidentiel » à une véritable politique de « réconciliation natio nale », avec éventuellement une commission de dialogue, de vérité, de mémoire et de réparation. Mais il y a une ligne rouge, la réconcilia tion ne peut pas être assimilée à l'amnistie de toutes les responsa bilités. Du coup, le chef de l'État peut aller très loin, si cette grâce est le point de départ d'un nouveau pacte politique tchadien. Mais pour cela, il devra accepter de passer d'une logique de magnanimité pré sidentielle à une logique de nor malisation institutionnelle. Au-delà de la grâce présiden tielle, y a-t-il selon vous d’autres mesures qui pourraient être prises pour davantage apaiser le climat politique marqué par une accumulation de tensions depuis le décès de l’ancien pré sident Idriss Déby ? La démarche de décrispation amor cée par les autorités tchadiennes s’inscrit dans une l...
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