Chaînes de valeur intégrées, maîtrise technologique et gouvernance des données au service de la SND30.
IV — Les Incubateurs de transformation économique et industrielle : une hypothèse à éprouver La difficulté n’est donc plus seulement de définir les composantes d’une politique industrielle, mais de déterminer dans quels espaces et selon quels mécanismes elles peuvent être effectivement articulées. Plusieurs formes institutionnelles sont envisageables : plateformes technologiques, cen tres techniques sectoriels, districts industriels, pôles de compétitivité ou dispositifs territoriaux de production et de formation. Parmi ces possi bilités, la proposition des Incubateurs de trans formation économique et industrielle (ITEI) mérite d’être examinée. Les ITEI ne seraient ni une administration sup plémentaire, ni une zone industrielle généraliste. Il s’agirait de plateformes technico-industrielles réunissant en un même lieu des fonctions au jourd’hui dispersées. On y transformerait des ma tières premières, mais on y fabriquerait aussi les machines et les équipements nécessaires, et l’on y entretiendrait le parc installé. La formation technique s’y ferait en produisant, aux côtés d’ateliers de prototypage et de services de certi fication ouverts aux PME du territoire, que le dispositif aurait vocation à accompagner dans leur mise à niveau. L’énergie, les outils numériques de traçabilité et les dispositifs d’économie circulaire y seraient traités comme des services communs plutôt que comme des équipements propres à chaque usine. Produire, former, maintenir, certifier, innover et incuber cesseraient ainsi d’être des fonctions séparées pour devenir les composantes d’un même système productif. Ce que montrent les expériences existantes Le Cameroun compte déjà plusieurs initiatives publiques, universitaires, entrepreneuriales et pri vées qui témoignent de capacités locales en ma tière de conception, de prototypage, d’intégration technologique et de transformation productive. Leur diversité ne masque pas des difficultés lar gement communes. Le financement industriel est difficile à mobiliser, la certification longue à obtenir, la commande publique ou privée rarement au rendez-vous. S’y ajoutent l’approvisionnement en composants, la maintenance, la protection de l’innovation et, au bout du compte, le passage du prototype à une production durable. L’expérience d’InnoTechLab peut être examinée dans cette perspective. Elle a permis d’expéri menter la formation par la production, l’intégration de technologies industrielles et la réalisation de démonstrateurs dans un environnement came rounais. Présenté en 2021, le prototype DTA- 001 illustre la capacité d’équipes locales à conce voir, intégrer et assembler un système technolo gique complexe. Comme d’autres initiatives na tionales, il rappelle aussi qu’une réussite technique ne garantit pas, à elle seule, l’industrialisation : celle-ci dépend d’un environnement capable d’as surer le financement, la certification, l’approvi sionnement, la maintenance, l’accès au marché et la continuité de la production. Le défi n’est donc plus de démontrer une faisabilité technique, mais d’en organiser le passage à l’échelle. Un pilote, évalué avant toute généralisation Une étude exploratoire non publiée a examiné l’hypothèse d’une implantation de ce type à Men gong, dans la région du Sud. Elle ne constitue ni une décision d’implantation ni une étude de fai sabilité achevée, mais une première formalisation de ce qu’un tel dispositif pourrait associer. Il s’agirait d’adosser la transformation productive à la formation technique et à l’innovation appliquée, tout en valorisant la pharmacopée locale et en inscrivant l’ensemble dans une économie verte au service du développement du territoire. L’intérêt potentiel des ITEI tient précisément à cette capacité d’articulation. Elle pourrait faciliter la montée en gamme des produits destinés à l’exportation, renforcer les services nécessaires aux zones économiques spéciales et favoriser la constitution de chaînes de valeur en aval des ac tivités agricoles, forestières ou minières. Les ITEI offriraient ainsi un cadre d’expérimentation ter ritoriale des orientations portées par la SND30 et l’IDDA IV, sous réserve que leur pertinence économique, leur gouvernance et leur capacité de passage à l’échelle soient établies. Sous réserve d’une étude de faisabilité, d’un mo dèle économique soutenable et d’une gouvernance associant les administrations compétentes, les collectivités territoriales, le secteur privé, les universités et les partenaires techniques, un pre mier dispositif pilote pourrait être expérimenté. Son évaluation porterait notamment sur sa ca pacité à créer une production viable, à développer les compétences locales, à accompagner les en treprises et à structurer durablement une chaîne de valeur territoriale. Un tel pilote ne constituerait pas l’aboutissement de la réflexion, mais le moyen d’en éprouver les hypothèses. Conclusion — Construire la confiance productive La période 2026-2030 représente un moment décisif pour la trajectoire industrielle du Cameroun. Les résultats encore inférieurs aux ambitions de la SND30 n’invitent ni à renoncer à la stratégie, ni à multiplier indistinctement les projets. Ils ap pellent un réajustement de la méthode, une hié rarchisation des priorités productives et une meil leure articulation entre les investissements déjà engagés. L’enjeu central réside dans la mise en cohérence. Les ressources, les infrastructures, les technologies, les compétences et ...
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