« Notre épargne est en grande partie dormante »

Stanislas Zézé, Pdg de l’agence de notation Bloomberg Group.

Quel est l’intérêt pour vous, pro­ moteur d’une agence de notation financière, de prendre part à un événement comme la Diamond Capital Convention ? Cet événement a pour objectif de traiter des questions de financements et de capitaux et nous, en tant qu’agence de notation financière, nous sommes au cœur des marchés de capitaux, parce que c’est nous qui établissons la confiance. Les mar­ chés de capitaux ne fonctionnent pas sans confiance. La confiance est l’ADN même du marché de capitaux. Je voudrais dire, parlant de cette convention, qu’elle est une des meil­ leures auxquelles j’ai participé au sein de la Cemac. Elle est très bien organisée, très bien structurée, et cela montre bien qu’il y a une vraie évolution au sein de la Cemac sur la question de marché des capitaux. Les sujets abordés sont extrêmement pertinents, qui mettent les vraies questions sur la table. Comme je le dis toujours, on ne peut pas résoudre un problème si on ne sait pas le poser. Cette convention pose bien les problèmes de développement du marché des capitaux de la Cemac, et nous sommes justement en train de parler de pistes de solution, parce qu’on a la possibilité de bien poser le problème. Justement, à ce stade, quels sont selon vous, les premiers fruits de cette convention ? On a vu qu’on avait affaire à un mar­ ché trop réglementé. Et trop de ré­ glementation tue un marché. Un mar­ ché se fait accompagner par les ré­ gulateurs pour son développement. Si vous avez une réglementation trop rigide pendant que vous voulez développer un marché, ça pose un vrai problème. Parce que dès le dé­ part, la majorité de vos acteurs seront toujours dans des situations assez complexes. Donc, aujourd'hui, il est important de comprendre qu'il faut alléger la réglementation sur ce mar­ ché pour lui permettre de se déve­ lopper. On voit des évolutions, natu­ rellement, mais la rigidité observée doit être atténuée. Cette rigidité contribue peut-être au manque de culture boursière décrié en zone Cemac. À votre avis, que faire pour y remédier? De la pédagogie. Et cette convention fait partie de la pédagogie. Créer, organiser des plateformes de dis­ cussions sur le marché des capitaux fait partie de la pédagogie. Il faut continuer à éduquer les gens sur le marché des capitaux. Il y a autre chose : on a relevé dans les discus­ sions que nous sommes sur un mar­ ché dont la typologie n’est pas tou­ jours en adéquation avec les instru­ ments financiers proposés. Les éco­ nomies sont, pour la plupart, infor­ melles, à 80 % à peu près. Mais les produits financiers proposés ne concernent que les 20 % formels. Ça veut dire qu'il y a une épargne dor­ mante, sur laquelle on ne capitalise pas parce qu'on n'a pas les outils nécessaires pour cela. Aujourd'hui, il faut penser aux outils qui adressent toute la typologie des économies de l'Afrique centrale. C’est le même pro­ blème en Afrique de l'Ouest et dans beaucoup de marchés émergents. Les outils doivent correspondre à la typologie de l'environnement éco­ nomique, de sorte à pouvoir capter toute l'épargne disponible. Je pense que l’introduction en bourse de Dan­ gote peut être prise en exemple. Avec le coût de l'action, on voit bien que ça s'adresse à tout le monde. Même à la dame du marché. Et c'est ça, adresser la typologie de votre marché pour capter toute l’épargne disponible. Ce sont des choses aux­ quelles nous devons commencer à penser. Créer des outils et des ins­ truments correspondant à toutes les couches de l'économie, de sorte à pouvoir capitaliser sur l'épargne dis­ ponible. L'Afrique a de l'argent. C'est juste que ce n'est pas bien organisé. Qu’est-ce que cela représente en chiffres ? On nous dit qu'il nous faut 400 mil­ liards de dollars par an pour notre développement, pendant qu'on a 4 000 milliards de dollars d...

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