« Le moment est venu de basculer vers l’entrepreneuriat »

Pr. Richard Laurent Omgba, recteur de l’Université de Yaoundé II-Soa.

Monsieur le recteur, une nouvelle année académique démarre. L’ins­ titution dont vous avez la charge est aussi baptisée « Technopole des sciences sociales et de l’inno­ vation technologique ». Comment ces notions se traduisent-elles concrètement ? Il y a deux concepts de « Technopole des sciences sociales » qui correspond à notre identité classique, puisque nous n’offrons que des filières de Sciences juridiques, Sciences politiques, Sciences économiques, Sciences de gestion et Communication. Donc, nous sommes vraiment le creuset où s’éla­ bore la pensée sur les sciences sociales au Cameroun. Nous avons voulu assu­ mer cette identité première pour mon­ trer que nous voulons rentabiliser cette section qui donne l’impression à pre­ mière vue qu’elle ne conduit pas à l’emploi. La deuxième notion, qui est toute nouvelle, c’est celle qu’on appelle « Technopole de l’innovation techno­ logique ». C’est un concept nouveau qui traduit notre ambition de nous dé­ ployer maintenant dans le domaine technologique. Nous pensons que nous avons beaucoup à offrir à notre pays pour l’accompagner face aux défis pour son émergence. Nous voulons donc évoluer sur deux pôles : le pôle des sciences sociales et le pôle technolo­ gique, qui renvoient à un certain nombre d’orientations qui ont été données par le Conseil d’administration et qui vont se traduire certainement par des struc­ tures nouvelles dès lors que le chef de l’Etat les aura consacrées. Votre année académique passée était placée sous le signe de la « revitalisation ». Qu’en est-il de celle qui commence ? Cette année est placée sous le signe du « Basculement vers l’entrepreneuriat ». La loi sur l’orientation de l’Ensei­ gnement supérieur date de 2023. Cela fait trois ans déjà et nous pensons que le moment est venu de basculer vers l’entrepreneuriat. Nous avons pris le temps de nous imprégner des prin­ cipes de cette loi et maintenant, nous pensons que nous pouvons poser les premières actions qui permettront que nous nous situons dans la logique de l’université-entreprise. Ceci, pour en­ treprendre dans les domaines qui sont les nôtres, d’abord dans le domaine des sciences sociales. C’est la raison pour laquelle nous avons créé un cabi­ net d’expertise dénommé Magister Ad­ vice. C’est le cabinet des maîtres où ces spécialistes vont mettre leur ex­ pertise pour accompagner le gouver­ nement, les secteurs privés et publics dans leurs différents projets et réaliser des conseils. Ce cabinet est déjà en activité. Ce basculement est consacré par un concept très puissant que nous avons dénommé : « La cité universitaire des affaires ». Notre campus sera dés­ ormais divisé en trois : le Campus aca­ démique où l’on retrouve les amphi­ théâtres, les salles de cours, les labo­ ratoires d’enseignements ; la Cité sociale où l’on retrouve les restaurants, les lo­ gements, les espaces de jeux et de di­ vertissement ; et enfin la Cité univer­ sitaire des affaires qui est une zone économique dans laquelle l’université expose ce qu’elle sait faire. C’est tou­ jours dans cette cité des affaires que l’université accueille des entreprises qui sont compatibles avec ses domaines de formation et implante ses propres entreprises. C’est une zone économique de près de 100 hectares. Une véritable ville universitaire disposant de tous les services qu’on peut imaginer dans une ville. Ce projet a reçu l’approbation de la Banque africaine de développe­ ment. Les études vont démarrer sur un financement de 1,7 milliard de F. Nous bénéficions pour cela de l’appui du ministère de l’Economie, de la Pla­ nification et de l’Aménagement du ter­ ritoire (Minepat) et du gouvernement camerounais. Si cette cité venait à naî­ tre, ce serait une première dans nos universités où on verrait donc, ce qu’on appelle université-entreprise. C’est à dire qu’à l’intérieur d’une université, on retrouve des entreprises, des banques, des hôtels, etc. Un espace de production tel que nos étudiants puissent aller de l’un à l’autre, de l’aca­ démie vers l’entreprise ou dans le sens inverse dans le même camp. Cela est faisable parce que nous avons un cam­ pus immense d’une superficie d’environ 312 hectares, peu exploitée, puisque nous occupons actuellement à peine 12 hectares. Nous pensons donc que ce qui était un handicap dans le passé, à savoir le défaut infrastructurel, le manque d’investissement, devient au­ jourd’hui une aubaine. Le ministère de l’Enseignement supérieur promeut une nouvelle gouvernance universitaire qui s’ar­ ticule autour de l’assurance-qua­ lité, de la professionnalisation des enseignements et de l’employa­ bilité des diplômés. Quelles sont les réalités de la mise en applica­ tion de cette politique dans votre université ? Pour l’assurance-qualité, nous veillons à la qualité des enseignements que nous délivrons. Voilà pourquoi en cette année, nous allons faire une relecture de tous nos programmes pour les adap­ ter aux nouveaux environnements. Ac­ tualiser et intégrer des éléments nou­ veaux comme l’Intelligence artificielle, le numérique, les questions environ­ nementales, les questions énergétiques. Nous comptons au terme de cette éva­ luation, présenter des programmes plus attrayants, compétitifs et en adéquation avec les besoins de notre pays. Le deuxième concept que je retiens, c’est la « professionnalisation ». Elle a débuté timidement avec la création de quelques filières professionnelles. Nous enten­ dons renforcer cette orientation par un soutien plus accru pour faire inter­ venir le maximum d’experts et de tech­ niciens, et de rendre ces filières plus performantes et professionnelles que par le passé. Et pour ce qui est de « l’employabilité », nous pensons que si notre cité universitaire des affaires prend tout son déploiement, nous se­ rons à mesure, dans un premier temps, d’offrir des stages pratiques à nos étu­ diants dans notre ville universitaire. Mais aussi, nous serons à mesure de pouvoir employer certains d’entre eux, comme nous pourrons leur offrir un premier emploi avant qu’ils ne devien­ nent eux-mêmes, employeurs, entre­ preneurs ou autres. Si cette zone éco­ nomique fonctionne, l’université pourra fortement contribuer à l’employabilité de ses étudiants. Bien évidemment, nous ne pouvons pas employer tout le monde, mais une bonne partie sera absorbée et cela va atténuer la question du chômage de nos diplômés. Les ambitions de professionnali­ sation s’accompagnent des infra­ structures de qualité. Celles de votre université répondent-elles à cette notion ? Il n’est un secret pour personne que notre université connaît un grand déficit infrastructurel, du fait qu’elle est née en période de crise, en 1993. Donc, on peut dire qu’elle a subi les contrecoups de sa période de naissance. Et après la crise, les investissements qui ont été faits n’ont pas pu répondre entiè­ rement aux besoins de l’université. Voilà pourquoi nous accordons une im­ portance capitale à cet aspect infra­ str...

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