« Il faut tendre vers une véritable refondation nationale »

Joseph Vincent Ntuda Ebodé, professeur titulaire des universités hors- échelle et directeur du Centre de recherche, d’études politiques et stratégiques (CREPS) de l’Université de Yaoundé II.

Le dernier rapport du haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme présenté au Conseil de sécurité sur Haïti fait état de 5 700 victimes depuis janvier 2026 du fait des gangs criminels. Comment en finir avec ce fléau ? Depuis environs 6 ans, Port-au-Prince, la capitale d'Haïti fait face à une guerre de gangs entre deux groupes criminels majeurs et leurs alliés : la coalition Viv Ansanm (Vivre Ensemble), créée par l'ancien policier Jimmy Chérizier, surnommé Barbecue, qui rassemble les principales factions criminelles de la capitale : le G9 (Forces révolutionnaires de la fa­ mille du G9 et alliés / FRG9) et le G-Pep, l'autre grande alliance rivale qui s'opposait historiquement au G9 pour le contrôle des territoires de la capitale. En 2023 en effet, ces gangs contrôlaient, selon certaines sources, jusqu'à 90 % de la ville. Pour mettre fin à ce fléau, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme et les experts préconisent d'accélérer le déploiement de la Mission multinationale d'appui à la sécurité et d'appliquer strictement l'embargo sur les armes pour contrer les gangs. Il est également recommandé de lutter contre l'impunité, d'assainir le système judiciaire, de garantir l'accès humanitaire et de favoriser une transition politique inclusive. Mais en réponse à l'escalade des combats entre gangs et à l'incapacité des pouvoirs publics haïtiens, un mouvement d'au­ todéfense armé, connu sous le nom de « bwa kale » (du français bois calé), a également émergé dans le but de lutter contre ces gangs. En somme, une kyrielle de réponses, certaines robustes et d’autres soft sont préconisées. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse survenu le 7 juillet 2021 à Port-au- Prince, ce pays des Caraïbes n’existe que de nom, sans véritable administration. Comment restaurer l’autorité de l’Etat ? D'après de nombreux experts, restaurer l'autorité de l'État à Haïti, après l'effondrement institutionnel et la violence des gangs que connaît ce pays, exige une combinaison de sécurité, de refonte po­ litique et de soutien international. En effet, il faut d'abord rétablir la sécurité, condition nécessaire pour toute réalisation. Et dans cette perspective, il faut un appui opérationnel substantiel à la police nationale, en lui fournissant des moyens logistique, financier, en armement et en formation pour qu'elle puisse contrer l'emprise des gangs armés sur le terrain. En deuxième lieu, une mission multinationale de coopération sécuritaire est impérieuse. Dans cette logique, il y a à maintenir et à renforcer les forces de sécurité internationales pour stabiliser les zones critiques, notamment à Port-au-Prince. Par ailleurs, contrôler les frontières et les flux d'armes pour stopper l'importation illégale d'armes à feu et de munitions qui alimentent les milices et reconstruire l'ordre politique et institutionnel. D'un autre côté, organiser des élections transparentes et inclusives pour doter le pays d'un président et d'un parlement élus, en lieu et place des gouver­ nements de transition ne serait pas une idée mal­ venue. De même que clarifier la répartition des pouvoirs entre le président et le Premier ministre pour éviter les blocages institutionnels qui semblent devenir chroniques. Travailler par ailleurs dans le sens d’un dialogue inter-haïtien représentatif et inclusif, afin de renouer le contrat social rompu peut être une bonne mesure, au même titre que la lutte contre l'impunité et la restauration de la justice ainsi que la lutte contre la corruption, le trafic d'influence et l'infiltration des institutions publiques par les réseaux criminels. Enfin, il faut relancer l'économie et l'aide humanitaire en réou­ vrant les infrastructures critiques et en sécurisant les axes routiers, les ports et les aéroports pour permettre la libre circulation des biens et des per­ sonnes. Bref c'est vers une véritable refondation nationale qu'il faut tendre. L’ONU a prorogé de six mois la présence de la Force de répression des gangs (FRG) à Haïti. Cette solution peut-elle être efficace pour stabiliser le pays et protéger les populations. Bien que cette décision ait été saluée par le gou­ vernement haïtien, son efficacité à long terme pour stabiliser le pays et protéger les civils fait l'objet de vifs débats, en raison des contraintes lo­ gistiques et de sa posture fondamentalement mi­ litaire. Ceux qui sont pour évoquent entre autres ...

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