« Nous sommes en mesure de produire des biens »

Pr. Mamoudou Abdoulmoumini, recteur de l’Université de Ngaoundéré.

Monsieur le recteur, quel bilan faîtes-vous de la mise en œuvre effective de la professionnalisa­ tion des enseignements à l'Uni­ versité de Ngaoundéré ? L’Université de Ngaoundéré est, par vocation, une université profession­ nelle. Dès sa création, et même avant que la professionnalisation des en­ seignements ne devienne une don­ née permanente comme c’est le cas aujourd’hui, l'Université de Ngaoun­ déré était conçue pour former des étudiants appelés à s’insérer dans le tissu économique national. Au­ jourd’hui, je puis vous dire que l’es­ sentiel des formations reçues par les étudiants de l'Université de Ngaoun­ déré épouse cette conception ini­ tiale. Il s’agit, autant dans les facultés que dans les Grandes Ecoles, de for­ mer des étudiants qui aient non pas des têtes bien pleines, mais des têtes bien faites. Autrement, nous nous employons à ce que nos étudiants, au sortir de nos écoles et de nos facul­ tés, soient suffisamment autonomes dans leurs différents secteurs. On associe souvent la profes­ sionnalisation aux grandes écoles. Comment cette dyna­ mique s'infuse-t-elle concrète­ ment au sein des facultés clas­ siques ? Dans votre question, vous avez cité tous les établissements de l’Univer­ sité de Ngaoundéré. Et vous avez bien fait de relever que nous avons ici cinq grandes écoles, qui forment dans les spécialités diverses comme l’agro-alimentaire, la médecine vété­ rinaire, les industries minérales ou chimiques. Mais les facultés clas­ siques ne sont en reste pour ce qui est de la professionnalisation. On y trouve des filières absolument por­ teuses, qui ont une prise sur l’exis­ tence quotidienne. Je voudrais vous prendre un exemple simple, celui de la Faculté des arts, lettres et sciences humaines. A priori, l’on pourrait pen­ ser que c’est l’établissement le moins professionnel, parce que la formation peut y paraître théorique. Eh bien, non ! Ici à l’Université de Ngaoundéré, la Falsh a mis sur pied des formations très pratiques, ancrées dans l’envi­ ronnement local et national, et qui sont particulièrement attractives. Des formations dans le domaine du tourisme, de la communication et des médias, du cinéma et de la traduc­ tion, côtoient d’autres formations plus classiques comme celles des langues africaines, de la géographie et de l’histoire. En tout état de cause, les facultés classiques sont autant productrices de savoir et de savoir- faire que les écoles professionnelles. Je puis même dire qu’elles sont plus flexibles et plus inventives, car leurs programmes s’adaptent et se plient plus aisément aux exigences du mar­ ché de l’emploi. La filière biomédicale, la filière sciences et techniques de l’agriculture biologique à la faculté des sciences, la Maintenance des équipements biomédicaux à l’IUT l’attestent à suffisance. Quelle est la stratégie de l’admi­ nistration pour transformer ces travaux de laboratoire en pro­ duits commercialisables sur le marché camerounais ? Vous touchez du doigt un pan essen­ tiel de l’activité universitaire. Com­ ment produire de la richesse avec les résultats de la recherche universi­ taire ? Par le passé, nous étions limi­ tés, du fait que certaines pesanteurs administratives et techniques plom­ baient nos initiatives. Aujourd’hui, avec la loi d’orientation de l’enseigne­ ment supérieur du 25 juillet 2023 qui consacre le concept de l’université- entreprise, nous sommes en mesure de produire des biens et de les com­ mercialiser. Notre projet est non pas de nous substituer aux industriels, mais de partager avec eux les fac­ teurs-risques inhérents à toute ini­ tiative de marché et, par conséquent, de tirer au mieux les dividendes issus des travaux de laboratoire que nous aurons effectués. En plus concret, nous avons des projets et des parte­ nariats bien avancés avec les indus­ triels ; mais nous avons également des initiatives en interne, qui vi...

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