« La realpolitik l’emporte sur les rancoeurs politiques »

Dr. Mariette Edimo Mboo, chercheure / enseignante permanente à l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC).

Après le retrait effectif des pays de l’AES le 28 janvier 2024 de la CEDEAO, les deux organisations se sont retrouvées le 22 mai 2025 à Bamako au Mali et le 17 Octobre 2026 à Dakar au Séné­ gal. Que vise, à terme cette série d’échanges ? Formalisé le 28 janvier 2024, le re­ trait des trois pays membres de l’Al­ liance des Etats du Sahel (AES) re­ groupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger de la CEDEAO scelle une rup­ ture géopolitique majeure, nourrie par le rejet de sanctions jugées liber­ ticides et par l’impérieuse nécessité pour ces Etats souverains de réin­ venter leur sécurité et leur destin hors d’une tutelle communautaire inopérante face au terrorisme. Ainsi, ces deux organisations se sont re­ trouvées les 22 mai 2025 à Bamako au Mali et le 17 Octobre 2026 à Da­ kar au Sénégal pour le passage pro­ gressif de la rupture politique à la re­ cherche d’un compromis pragmatique, afin d’atténuer les conséquences négatives de la sépa­ ration sur les populations et les éco­ nomies de la sous-région. Le 22 mai 2025 à Bamako au Mali, il s’est agi de consultations préparatoires de haut niveau (réunissant des ministres de l’AES et des représentants de la CE­ DEAO). L’objectif était de renouer le fil du dialogue, de sonder les posi­ tions de part et d’autres et de baliser le terrain pour de futures négocia­ tions malgré le gel des relations ins­ titutionnelles. Le 17 Octobre 2026 à Dakar au Sénégal, une autre réunion s’est tenue et a constitué une étape charnière avec l’ouverture des pre­ mières négociations formelles. Afin de poser les bases d’un nouvel ac­ cord-cadre de coopération et de re­ définir les relations entre la CEDEAO et l’Alliance des Etats du Sahel (AES). Nous analysons cette série d’échanges entre la CEDEAO et l’AES non pas comme un retour en arrière, mais comme la recherche pragma­ tique d’un équilibre nécessaire. Après le divorce institutionnel de jan­ vier 2024, ces rencontres de Bamako puis de Dakar prouvent que la real­ politik l’emporte sur les rancœurs po­ litiques. A terme, ces discussions vi­ sent à organiser une cohabitation pacifique et fonctionnelle. L’objectif est donc double : préserver les inter­ dépendances économiques vitales, notamment l’accès aux corridors ma­ ritimes pour les Etats enclavés du Sa­ hel et maintenir un minimum de coor­ dination sécuritaire face aux défis communs. En clair, l’Afrique de l’Ouest apprend sous nos yeux à ré­ inventer ses relations en acceptant que la souveraineté des uns et l’inté­ gration des autres doivent désor­ mais coexister par le dialogue per­ manent. Les rapports entre les pays de la CEDEAO et ceux de l’AES restent toujours marqués par des soup­ çons de déstabilisation et d’ac­ cusations mutuelles, de soutien à l’ennemi et de régimes de put­ schistes. Ces contacts peuvent- ils dissiper les malentendus et le climat délétère ? Nous ne pensons pense pas que ces contacts de Dakar et Bamako puis­ sent dissiper d’un coup de baguette magique les soupçons et le climat dé­ létère entre la CEDEAO et l’AES. Les accusations mutuelles de déstabili­ sation, le soutien prêté aux ennemis communs et le rejet politique des ré­ gimes issus de coups de force tou­ chent à des questions de survie et de légitimité des pouvoirs en place. Ils ne s’effacent pas autour d’une table de négociation. Ces rencontres ne fe­ ront pas disparaître la méfiance pro­ fonde. En revanche, elles ont le mé­ rite d’instaurer un canal de communication minimal indispensa­ ble. Dans notre approche de l’intégra­ tion et des institutions communau­ taires, le dialogue ne sert pas à réconcilier des visions opposées du jour au lendemain, mais à gérer le contentieux pour éviter l’escalade militaire ou l’asphyxie économique totale. C’est donc moins une solution miracle qu’un outil de gestion de crise : un moyen pragmatique de co­ habiter malgr&e...

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