Interview:  “L’Afrique doit chercher à établir des joint-ventures’’

Maurice Tankou, Ingénieur Agronome Economiste, Expert et Consultant International.

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Comment évaluez-vous les stratégies mises en place par l’Afrique en général et le Cameroun en particulier pour combattre la pauvreté. 

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Tout d’abord je vous remercie de m’offrir cette opportunité de donner mon humble avis sur un sujet qui pour moi doit être le fondement de toute politique et stratégie de développement. La pauvreté peut être définie très simplement comme l’état d’un individu qui ne pas avoir accès aux besoins minimum et décents qui sont : l’habitat, l’éducation, la santé, et la nourriture. Il y a beaucoup d’autres aspects socioéconomiques de la pauvreté que nous ne pouvons tous mentionner ici.

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Les politiques des pays Africains y compris le Cameroun, depuis leurs indépendances, en principe, visent généralementàl’amélioration du bienêtre de leurs populations. Toutefois, force est de constater que les stratégies de mise en exécution de ces politiques n’ont pas toujours été appropriées et n’ont pas abouti aux résultats escomptés. Soit elles ont été mal conçues, insuffisamment implémentées, ou alors elles n’ont pas en réalité cherché à s’attaquer aux causes profondes de la pauvreté.

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Le résultat est qu’après plus de cinq décennies d’effort de développement, l’Afrique reste, comme le confirment tous les rapports, le continent qui a le taux de pauvreté absolu le plus élevé malgré ses abondantes richesses naturelles.D’après lerapport de la Banque Mondiale sur la pauvreté, le nombre de des gens vivant dans l’extrêmepauvreté en Afrique au Sud du Sahara a plus que doublé entre 1981-2010, de 84 à 172 million de personnes, dûlargement à la croissance de la population rurale.

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En effet, globalement, l’extrêmepauvreté est devenueconcentréspécialement en Afrique Sub-saharien, qui n’abritait quejuste 12 pourcent desextrêmes pauvres mondiaux en 1981, mais aujourd’hui représente plus de 75 percent.  Les rapports sur le Cameroun montrent que la pauvreté est assezrependue dans le pays avec 17 pour cent de la population donc les revenus sont inférieurs à un dollar par jour en termes du pouvoir d’achat de parité, et 51 pourcent ont des revenus inférieurs à deux dollars par jour.

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Certes, il faut reconnaitre que dans l’ensemble quelquesprogrès ont été réalisés mais l’’Afrique reste encore très loin de l’objectifprimordial de développement qui est avant tout d’assurer le bienêtre de la population. Vous êtes sans ignorer que les pays Africains sont ceux qui connaissent actuellement les taux de croissance économique les plus élevés dans le monde. Malheureusement cette croissance ne se traduit pas en une amélioration des conditions de vie dans le continent.

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Le dernier rapport sur l’indice de développement humain montre que tous les pays Africains sont loin derrière. Je peux donc dire que les politiques et stratégies de développement de pays Africains a l’heure actuelle, bien que prônant l’amélioration du bienêtre des populations, reste dans la pratique trop focalisée sur la croissance économique, qui est un facteur nécessaire mais insuffisant.

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Pensez vous que les stratégies mises en place peuvent conduire aux expectations ? Si non, que doit t’on faire et comment faire pour réduire la pauvreté dans le continent et dans les pays afin d’éteindre lesobjectifs de développement ?

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Le tableau assez sombre que j’ai présenté ci-dessus sur l’Afrique ne doit pas nous amener à être pessimiste qu’en au devenir du continent. L’Afrique recèle des ressources énormes tant naturelles qu’humaines. Malheureusement, jusqu’ici ces ressources n’ont pas toujours été exploitées de manière rationnelle pour assurer le bienêtredes populations du continent et ce malgré les rhétoriques politiques.

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Les stratégies suivies jusqu’ici ont été celle qui a permis de piller les ressources du continent pour le développement des autres continents. A vrai dire beaucoup de richesses ont été produites en Afrique mais le problèmeest que ces richesses créées dans le continent sont transféréesailleurs et ne contribuent donc pas à l’amélioration des conditions de vie des populations Africaines. Très souvent une partie de ses richesses nous est reversée sous forme d’aides au développement. Mais ces aides sont souvent si minimes comparés aux besoins, très imprévisibles, et souvent conditionnées.

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Dans le domaine de l’agriculture par exemple, les stratégies que l’Afrique aadoptées jusqu’ici ont amené le continent à rester au stade de pourvoyeur des matières premièresagricoles dans le mondes. Ceci a conduit à un développement dualiste du secteur de l’agriculture donc le secteur traditionnel qui occupe plus de 60 pourcent de la population active demeure un secteur essentiellement de subsistance peut productif. Par contre le secteur de productions de produits d’exportation a été très modernisé par la création des grandes plantations industrielles. La conséquence est qu’aujourd’hui l’Afrique importe des produits alimentaires d’une valeur annuelle de 50 milliards de dollars et reçois encore des aides alimentaires pour subvenir à ses besoins.

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On estime que les importations alimentaires de l’Afrique seront de l’ordre de 150 milliards de dollars en 2030 ; ce qui est totalement inadmissible.Ces lacunes des politiques agricoles se retrouvent aussi bien dans tous les autres secteurs de développement, éduction, santé, industrie, ressources minières, etc. Pour réduire la pauvreté en Afrique il faut réviser profondément les politiques et stratégies de développement actuellement en cours.

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Très souvent, les débats sur les politiques de réduction de la pauvreté sont soit exagérément pessimistes quantà la possibilité de maitriser les problèmes, ou tout simplement reste assez superficielle. Entre ces deux extrêmes il convient de diviser les causes qui maintiennent la pauvreté en deux grandes catégories : les facteurs socioéconomiques, et les facteurs liés aux choix des politiques et stratèges de développement. Cette approche permet d’identifier les problèmes qui peuvent êtrerésolu par des politiques gouvernementales appropriées dans un cadre institutionnel bien élargi.

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 En réfléchissant sur les stratégies de réduction de la pauvreté il faut prendre en compte il faut tenir compte à la fois des politiques focalisées directement sur la pauvreté et celle qui cherchent àpromouvoir la croissance économique, augmenter les revenus, et indirectement réduire la pauvreté. En effet aucune réduction substantielle et durable de la pauvreté n’est possible sans croissance économique et comme nous l’avons déjà souligné la croissance seule ne peut pas réduire la pauvreté si elle n’apporte pas des gains aux pauvres.

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Alors comment faire pour réduire la pauvreté dans le continent ? Si les autres continents ont pu réduire la pauvreté il n’y a pas de raison que l’Afrique ne puisse en faire autant. Pour y parvenir, l’Afrique doit être le maître de son destin. C’est à dire être en mesures de définir ses objectifs et stratégies de développement, d’exploiter ses ressources pour le bienêtre de ses populations,  d’établir ses priorités. Les décideurs politiques Africains doivent mettre le développement humain ou centre de leurs préoccupations.  Etant donné que la plupart des pauvres vivent en milieu rural, la réduction de la pauvreté dans le continent passe nécessairement par la transformation structurelle du secteur agricole et la transformation des économies rurales. La transformation structurelle du secteur agricole en Afrique devrait permettre la transition d’une agriculture traditionnelle de subsistance, à un secteur agricole modernisé et orienté vers le marché.

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La transformation structurelle du secteur agricole n’est pas comme beaucoup de gens laperçoivent, une augmentation de la productivitéet de la production agricole. Elle va bien au-delà des activités de champs ; il s’agit d’une stratégie qui lie l’agriculture aux autres secteurs de l’économie : l’industrie, transformation, stockage, transport, distribution, énergie etc. Ce processus entraine le développement des activités en aval et en amont et contribue à la transformation de l’économie nationale ou régionale dans son ensemble.

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Ce faisant elle crée des emplois tant en milieu urbain que rural, permet la transformation des économies rural par la création des emplois ruraux non agricole, et connectent les petits paysans aux marchés. Tout ce processus de transformation structurelle agricole conduit à la réduction de la pauvreté.  Les pays africains doivent l’adopter étant donne la prédominance du secteur agricole dans leurs économies et l’énorme potentiel de développement des agro-industries donc recèle le continent.

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L’intégration régionale estun facteur crucial car elle permet à l’Afrique de bénéficier de la complémentarité de ses zones agroécologiques, de renforcer l’intégration des marchés sous-région afin de bénéficier de économies d’échelles, et de mieux faire face aux phénomènes de globalisation caractérisé par des concurrences féroces sur le marché international.

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Comment le partenariat avec un pays comme la Chine qui a réussi à réduire la pauvreté peut aider l’Afrique et le Cameroun à sortir de la pauvreté et du sous-développement ?

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L’émergence de la Chine comme puissance internationale est le fruit d’un processus de longue haleine, soutenu par une volonté politique consistante et persistante. Il en est de même pour d’autres pays Asiatiques tel que l’Inde. Cet exemple de la Chine montre que l’Afrique peut bien rêver de devenir un jour la prochaine puissance internationale. La Chine dispose des capitaux et d’une main d’œuvre qualifiée et abondante.

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Elle a beaucoup investi dans le développement et la maitrise des technologies. C’est donc sur cette fondation très solide que la Chine peut aujourd’hui tirer profit de la globalisation et faire face aux grandes puissances telles que les Etats Unis et l’Europe. Il y a donc lieu de penser que le partenariat entre l’Afrique et la Chine pourrait permettre à l’Afrique de sortir de son sous-développement.

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Toutefois, ce partenariat doit être stratégique et gagnant gagnant. Dans le domaine agricole par exemple l’Afrique doit éviter de se limiter à la vente des vastes concessions de terrain oùles Chinois peuvent produire et exporter les matières premières pour l’approvisionnement de leurs usines, mais chercher à établir des ‘’joint-ventures’’ avec les entreprises chinoises à travers le développement des chaines de valeurs agricoles qui permettent aux agriculteurs Africains de pénétrer l’immense marché agroalimentaire de la chine.

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L’Afrique peut bien profiter de son partenariat avec la Chine car l’accès au capitaux chinois n’est pas liéà des conditionnalitésqu’ imposent souvent les autres grandes puissances ou les institutions de BrettonWood. Si l’Afrique développement des chaines de valeurs agricoles qui intègrent les pauvres paysans ruraux l’impact sur la réduction de la pauvreté serait très significative et contribuerait au décollage économique global du continent.

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En résumé, je pense que l’Afrique dispose de tous les atouts pour combattre la pauvreté et sortir du sous développement. Les Leadeurs politiques Africains doivent s’engager à développer ces atouts en adoptant des politiques et stratégies appropriées. La bonne gouvernance doit jouer un rôle important. A cet égard, les objectifs des développements durables (ODDs) des nations Unies, et l’Agenda 2063 ‘L’Afrique que nous voulons’’ doivent servir de cadre pour le développement des politiques et stratégies qui vont définir le futur de l’Afrique. Il existe déjà un consensus sur la stratégie de développement de l’Afrique adopté par les Chefs d’Etat et de Gouvernementsau Sommet de l’Union Africaine dans le cadre de l’Agenda 2063.

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 Il s’agit de la ‘Transformation Industrielle et Inclusive des Economies Africaines’’. Il y a lieu d’espérer que l’Agenda 2063 ne connaîtra pas les mêmes sorts que les autres agendas précédents. Plus particulièrement, le développement inclusif de l’Afrique passe obligatoirement pour l’exploitation de la complémentarité entre les secteurs agricole et industriel.

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