« Cette rupture ouvre une période Dr. Serge Christian Alima Zoa : « Le président conserve encore plusieurs leviers institutionnels et stratégiques pour gouverner, même dans un contexte devenu politiquement délicat ». de recomposition politique »
- Par Sainclair MEZING
- 28 May 2026 10:30
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Dr. Serge Christian Alima Zoa, internationaliste, cherceur au Centre de recherche et d’études politiques et stratégiques (Creps) de l’Université de Yaoundé II-Soa.
Après la rupture consommée entre le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, et son ancien Premier ministre, Ousmane Sonko, qu’est-ce qui pourrait se passer ? Cette rupture ouvre une période de recomposition politique majeure au Sénégal, avec trois conséquences probables. Une lutte pour le contrôle du pouvoir, une fragilisation du projet du Pastef et une montée des incertitudes institutionnelles. Dans cette perspective, plusieurs scénarios peuvent être envisagés. D’abord, une guerre froide politique entre deux légitimités. Le président Diomaye Faye détient la légitimité institutionnelle de chef de l’État, mais Ousmane Sonko conserve une forte légitimité populaire et militante au sein du Pastef. Le problème central est que Diomaye incarne l’État alors que Sonko personnifie encore une frange de la base révolutionnaire du mouvement. Le Sénégal pourrait donc entrer dans une situation de dualité du pouvoir, où le président gouverne officiellement, tandis que Sonko tente d’influencer la rue, le parti et l’Assemblée nationale. Ensuite, une fragmentation possible du Pastef. Le grand risque désormais est la division interne avec un camp institutionnaliste autour de Diomaye et un camp radical souverainiste autour de Sonko. Cette fracture pourrait provoquer des démissions en cascade et il y en a déjà, des recompositions parlementaires, voire une paralysie gouvernementale. Car, beaucoup de cadres du Pastef doivent aujourd’hui choisir entre la fidélité au président ou la loyauté historique à Sonko, considéré comme l’architecte originel de la victoire de 2024. Enfin, une tension sociale possible n’est pas à exclure. Le Sénégal reste un pays où la jeunesse est fortement politisée et émotionnellement attachée aux figures charismatiques. Or, Sonko dispose encore d’une forte influence populaire, d’une capacité de mobilisation de la rue et d’un discours panafricaniste très puissant. Si ses partisans considèrent qu’il a été trahi ou marginalisé, des tensions ou manifestations pourraient apparaître, surtout dans un contexte économique difficile marqué par l’endettement, la suspension de certains appuis du FMI et les frustrations sociales. En sus, sur le plan international, cette rupture peut aussi modifier l’image du Sénégal. Jusqu’ici, le tandem Diomaye– Sonko incarnait des linéaments d’une alternance démocratique africaine, un discours souverainiste et une promesse de rupture avec certains héritages néocoloniaux. Du coup, la séparation entre les deux hommes pourrait à brûle-pourpoint ralentir les réformes, inquiéter les investisseurs et pousser certains partenaires internationaux à privilégier la stabilité plutôt que la transformation. Pensez-vous comme une certaine opinion, que cette tournure était inéluctable, compte tenu du bicéphalisme de fait qui régnait à la tête de l’Etat sénégalais ? En effet, beaucoup d’observateurs considèrent que l’altérité entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko était presque inévitable, en raison du bicéphalisme politique qui s’était progressivement installé au sommet de l’État consécutivement aux mésententes sur la gestion de la crise économique, les relations avec le FMI, la stratégie souverainiste du Sénégal et surtout la question du leadership politique. En réalité, dès l’arrivée au pouvoir du tandem issu du Pastef en 2024, une ambiguïté fondamentale existait sur celui qui détenait le pouvoir politique entre le président constitutionnellement élu ou le leader charismatique et fondateur politique du projet politique. Cette dualité a longtemps été masquée par l’euphorie de l’alternance, mais elle portait déjà les germes d’une confrontation future en ce sens que le problème central du bicéphalisme est qu’il crée souvent deux centres de légitimité à savoir, d’une part, une légitimité institutionnelle, et d’autre part, une légitimité populaire ou militante. Dans le cas sénégalais, Diomaye Faye détient la légitimité de l’État et de la fonction présidentielle, tandis que Sonko conserve la légitimité historique du combat politique, du discours souverainiste et de la mobilisation populaire. Or, dans la durée, deux leaderships forts cohabitent rarement sans tensions, surtout dans la liturgie des régimes présidentiels africains où l’autorité politique tend à être fortement personnalisée. Selon cette approche analytique, plusieurs facteurs rendaient donc la rupture presque structurelle avec en premier lieu, le déséquilibre des rôles. Sonko apparaissait souvent comme le véritable moteur idéologique du régime, tandis que Diomaye cherchait progressivement à affirmer sa propre autorité présidentielle. En second lieu, il est à noter les ambitions politiques futures. La perspective de l’élection présidentielle de 2029 alimentait déjà une compétition implicite entre les deux hommes. En troisième lieu concernant les divergences stratégiques, le Premier ministre limogé incarnait une ligne plus radicale, souverainiste et de rupture, alors que le président de la République semblait évoluer vers une posture plus pragmatique et institutionnelle. En quatrième et dernier lieu, la confusion entre parti et Etat est à observer. Une fraction de l’opinion sénégalaise avait le sentiment que le pouvoir demeurait partagé entre la présidence et l’appareil militant du Pastef, ce qui fragilisait la lisibilité institutionnelle. Au regard de ce postulat, la rupture actuelle peut être interprétée non seulement comme un conflit personnel, mais surtout comme une tentative de clarification du pouvoir. Soit l’État reprend toute son autonomie autour du président, soit le parti cherche à maintenir une influence déterminante sur l’exécutif. Autrement dit, le Sénégal semble être entré dans la phase classique où un duo révolutionnaire doit choisir entre la fusion durable des leaderships ou l’affirmation d’une autorité unique. Et historiquement, dans beaucoup de transitions politiques africaines, une telle coexistence finit souvent par déboucher sur une séparation des trajectoires politiques. De quels leviers Bassirou Diomaye Faye dispose-t-il pour gouverner désormais dans un contexte de cohabitation où il ne dispose ni d’appareil politique propre, ni de majorité à l’Assemblée nationale entièrement acquise à Ousmane Sonko ? Le président conserve encore plusieurs leviers institutionnels et stratégiques pour gouverner, même dans un contexte devenu politiquement délicat après la rupture avec Ousmane Sonko. Toutefois, sa marge de manoeuvre dépendra de sa capacité à transformer une légitimité électorale initialement partagée en une véritable autorité présidentielle autonome. D’emblée comme levier principal, il y a la légitimité constitutionnelle de la fonction présidentielle. Au Sénégal, malgré le poids politique des partis, la Constitution confère au président des pouvoirs importants car il incarne l’État, demeure chef suprême des armées, oriente la diplomatie, nomme à de nombreuses fonctions civiles et militaires et dispose d’une influence majeure sur l’appareil administratif. Autrement dit, même sans appareil partisan personnel, Diomaye Faye reste détenteur de l’humus de la légalité institutionnelle qui dans les systèmes présidentiels africains finit souvent par produire un centre autonome de pouvoir. La possibilité de recompositions politiques est une option à ne pas négliger. Même si un...
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