Allocations familiales : la digitalisation ou le gouffre financier

L’opération d’assainissement en cours portant sur les allocations familiales est salutaire pour les finances publiques. Selon les données disponibles, l’Etat perdrait l’équivalent de 20 milliards de F dans la gestion des allocations familiales. Soit 240 milliards de F par an. Une perte sèche pour le Trésor public. Cette tricherie est devenue un sport national pour certains agents publics et travailleurs sans scrupules. Les manoeuvres sont connues. En fait, le système de gestion des allocations familiales présente beaucoup de failles. Beaucoup de fonctionnaires véreux l’ont compris et s’y engouffrent. Presque tout se fait à la main. Résultats des courses : les travailleurs du secteur privé et les agents publics déclarent plus d’enfants qu’ils n’en ont réellement. Avec la complicité de certains préposés au service des allocations familiales, des dossiers fictifs passent. Un enfant réel devient deux, voire trois. Un enfant majeur reste encore à charge. Personne ne vérifie, parce qu’il n’y a pas de base de données croisées, ni de fichier unique des bénéficiaires. L’opération révèle des curiosités ahurissantes : un fonctionnaire aurait déclaré 28 enfants dont trois seraient attribués à une mère ayant accouché à différentes dates, au cours d’une année civile ! Des incongruités qui pouvaient être vite décelées par une simple vérification ou vigilance de l’agent commis à la tâche. La fraude est grossière ! 20 milliards de F de perte par mois, c’est plus que le budget de plusieurs ministères. Ce sont des centaines de salles de classe, des centres de santé non construis, des dizaines de kilomètres de routes… C’est de l’argent qui devait nourrir, soigner et scolariser de vrais enfants et qui finit dans des poches des individus véreux. La solution ne réside pas seulement dans l’augmentation des contrôles humains, mais de supprimer toutes les poches d’opacité, de corriger la faille numérique. Il faut mettre en place un fichier biométrique unique des bénéficiaires. Un enfant doit avoir un matricule national. On pourrait envisager une interconnexion entre la Caisse nationale de Prévoyance sociale et les administrations publiques telles que les ministères de l’Administration territoriale, de la Santé publique, de l’Education de base, des Enseignements secondaires… A la déclaration en ligne systématique, il faut toujours procéder à la vérification automatique des pièces exigées : acte de naissance numérisé, recoupement avec l’état civil, désactivation automatique à 21 ans ou en cas de décès. Il faut privilégier le paiement par le virement traçable et éviter la manipulation des espèces sonnantes et trébuchantes. Le système national pourrait par exemple s’inspirer du modèle marocain en matière de gestion des allocations familiales. Ce pays a réussi à mettre en place un système de gestion de transferts sociaux efficaces totalement digitalisé. Cela lui a permis de faire chuter les fraudes de manière considérable dès la première année de son implémentation. Aujourd’hui, la digitalisation n’est plus une simple option. Elle doit être une urgence nationa...

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